Sabina Spielrein, la patiente de Jung qui est devenue une psychanalyste de renom

01 juin, 2020
Bien que méconnue pendant de nombreuses décennies, Sabina Spielrein est aujourd'hui considérée comme une figure importante de la psychanalyse. Comment est-elle passé du statut de patiente psychiatrique à celui de psychanalyste extraordinaire ? Voyons ça dans notre article.
 

Sabina Spielrein a été une éminente psychiatre et psychanalyste russe qui a elle-même été une patiente en psychiatrie. Bien que ses contributions à la psychiatrie et à la psychanalyse soient nombreuses, son nom reste encore à tort largement méconnu aujourd’hui.

Sigmund Freud s’est largement inspiré de Spielrein pour élaborer sa notion de “pulsion de mort”. Elle avait en effet décrit avant Freud cette théorie sous le nom de “pulsion destructive et sadique”. Sabina a également contribué à la définition du concept de schizophrénie développé par Eugène Bleuler. Elle a enfin apporté une contribution majeure à la connaissance de la psychologie de l’enfant.

Son travail est d’une grande richesse. En effet, elle est d’abord tombée malade. Par la suite, elle a fait de sa maladie le principal sujet d’étude de son travail. Après avoir été totalement oubliée pendant des décennies, il a fallu attendre 1977 pour que son oeuvre soit redécouverte à l’occasion de la publication de son journal personnel et de plusieurs de ses écrits. Elle est aujourd’hui considérée comme une personnalité de premier plan de la psychanalyse, au même titre qu’Anna Freud ou Melanie Klein.

Une photo de Sabina Spielrein
 

L’enfance de Sabina Spielrein

Sabina Spielrein est née à Rostov-sur-le-Don (Russie) le 7 novembre 1885. Elle vient d’une famille juive de classe aisée. Elle est la première d’une fratrie de cinq enfants. Sabina Spielrein a reçu une excellente éducation au cours de son enfance. Il semble que son père ait été très exigent avec elle afin qu’elle obtienne de bons résultats scolaires. De fait, elle a toujours été brillante dans ses études.

Ce que l’on sait de la vie personnelle de Sabina Spielrein provient principalement de son journal intime et de ses dossiers médicaux en tant que patiente. Dans ces documents, on la définit dès son plus jeune âge comme une “enfant difficile”. On la punissait fréquemment. Elle était néanmoins imaginative et très intelligente. D’après un commentaire laissé dans un de ces documents, elle semble avoir eu “un intérêt sexuel très précoce et non refoulé”.

À 18 ans, son père l’envoie dans un hôpital psychiatrique à Zurich, en Suisse. Elle y restera pendant près d’un an. On sait qu’elle souffrait souvent de phases dépressives et a qu’elle eu un épisode psychotique sévère. Elle était souvent victime de crise de pleurs ou de rires compulsives. Cela a provoqué son internement.

Sabina Spielrein et Carl Jung

Au début, Sabina a reçu un traitement d’électroconvulsivothérapie. Cependant, cela n’a apporté aucune amélioration. Elle a donc été transférée dans un nouvel hôpital, lui aussi à Zurich. Sabina Spielrein a alors été prise en charge par Carl Gustav Jung. Il l’a traitée, sur le plan psychanalytique, comme une patiente hystérique. C’était la première fois qu’il traitait une personne sous cet angle. Dans ses notes, il dit considérer également ses parents ainsi que ses frères et sœurs comme hystériques.

 

Le traitement suivi auprès de Jung a porté ses fruits. Sabina a réussi à surmonter les symptômes qui l’avaient conduite à Zurich. De plus, elle et Jung sont tombés amoureux et sont devenus des amants. La relation entre eux deux a duré de 1904 à 1909. Sabina Spielrein a également marqué le début de la relation entre Jung et Freud à l’occasion d’échanges épistolaires entre eux.

Selon les spécialistes, Sabina a également été le sujet de différences qui allaient plus tard sceller irrémédiablement leurs divergences théoriques. Freud s’est beaucoup intéressé à la relation entre Jung et sa patiente. Il s’en est inspiré par la suite pour théoriser le concept de “contre-transfert”.

Carl Jung était le psychiatre puis l'amant de Sabina Spielrein

 

 

Une psychanalyste brillante et talentueuse

Lorsqu’elle a terminé son traitement avec Jung, Sabina Spielrein s’est lancée dans des études de médecine. Elle a obtenu son diplôme avec les honneurs. Sa thèse s’intitulait “Le contenu psychologique d’un cas de schizophrénie.” Elle a pu compter sur la collaboration de Jung et Bleuler pour réaliser ce travail réellement innovant et remarquable dans ce domaine. Il obtint par la suite un diplôme honorifique d’étude en psychiatrie.

 

Elle a longuement hésité avant de quitter Jung. Ce dernier était déjà marié et ne souhaitait pas se séparer. Elle a finalement rompu et s’est installée à Munich, puis à Vienne. Là, elle est entrée en contact avec Freud. Ensuite, elle a rejoint l’Association psychanalytique de Vienne et en 1911, elle a publié l’un de ses ouvrages majeurs : La Destruction comme cause du devenir. Freud a apporté du crédit à cet écrit dans son ouvrage intitulé Au-delà du principe de plaisir.

Par la suite, elle a travaillé comme psychanalyste, notamment à Genève. Sabina a été l’analyste de Jean Piaget. Elle s’est également intéressée à la psychologie de l’enfant. Elle a ensuite épousé un médecin russe et eu deux filles. En 1923, elle retourne dans sa ville d’origine, qui faisait désormais partie de l’Union soviétique. Elle a continué à y pratiquer la psychanalyse, bien que celle-ci soit interdite. Ses frères sont morts lors des purges de Staline. Sabina et ses deux filles ont été assassinées par les Nazis en 1942.

 

 
  • Braun, J. (2013). Mi nombre era Sabrina Spielrein. Rev. Soc. Argent. Psicoanálisis, (17), 301-306.