Rêverie excessive : lorsque rêver éveillé se convertit en un problème

15 juin 2018 dans Psychologie clinique 0 Partagés
rêverie excessive

La rêverie excessive est un trouble à cause duquel les personnes passent une grande partie de leur vie à être soumises aux fantaisies les plus complexes et les plus variées. Cette déconnexion, cet éloignement absolu de la réalité interfère complètement avec l’adhésion aux responsabilités propres telles que le travail, l’hygiène, et même l’alimentation.

Nous rêvons tous éveillés, il n’y a aucun doute. Au cours de la journée, nous nous échappons de notre routine et de la pression des problèmes au travers de la rêverie, de ces portes que nous pouvons traverser entre cinq et six fois par jour au gré de nos besoins. Le faire, nous permettre ces fuites ponctuelles mais gratifiantes, loin de répondre à quelque chose de pathologique, est en réalité un exercice sain et nécessaire.

« La rêverie excessive est souvent un mécanisme de défense, une stratégie à laquelle recourir pour fuir d’un fait traumatique. »
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Notre cerveau a besoin de ces fantaisies, de ce monde imaginaire auquel recourir parfois pour soulager le stress et trouver des espaces pour réfléchir et étendre sa créativité. L’esprit adore divaguer. Il convient même de rappeler que nous disposons de plusieurs aires cérébrales telles que le cortex cérébral et le système limbique, qui nous poussent à rêver pour pouvoir mieux gérer nos émotions et nous permettre de prendre de meilleures décisions.

Généralement, la majorité d’entre nous sait comment contrôler ces moments où l’esprit est instable. Cependant, une petite partie de la population est incapable de réguler cette pulsion de rêverie. Ces personnes passent alors une bonne partie de la journée séparées de la réalité, en étant soumises à un monde intérieur et incapables de se responsabiliser dans leur vie. Nous faisons face à une condition clinique qu’il vaut mieux connaître.

homme souffrant de rêverie excessive

Rêverie excessive, attrapés dans des fantaisies compulsives

Fantasmer n’est pas mauvais, mais lorsque cette conduite se transforme en quelque chose de compulsif, cela le devient. Le faire, mener cette pratique basée sur la fantaisie et la rêverie continue répond bien souvent à un trouble sous-jacent qu’il est important d’éclaircir. Y parvenir et cohabiter avec ce type de condition n’est pas chose facile. Pour cela, il existe de nombreux forums et groupes d’aide tels que le « Wild Minds Network » dans lesquels de nombreux patients partagent leurs expériences, des informations et des conseils.

D’autre part, il est important de signaler qu’aujourd’hui, le manuel diagnostic et statistiques des troubles mentaux (DSM-5) ne prend toujours pas en compte la trouble de la rêverie excessive. Néanmoins, au vu de la documentation et des cas décrits, il est fort probable que ce trouble apparaisse dans le manuel au cours des prochaines années et ce, de manière définitive grâce au travail d’une personne : le docteur Eliezer Somer, de l’université de Haifa en Israël.

Cadre clinique

Ce médecin psychiatre décrit depuis 2002 des cas, des symptômes, des approches thérapeutiques positives. Voyons donc le cadre clinique que semblent avoir les patients atteints de rêverie excessive.

  • Les personnes atteintes de rêverie excessive créent des narrations internes très complexes, au point de donner vie à des personnages concrets et très bien définis dans leurs fantaisies.
  • Ces fantaisies se vivent de manière très réaliste. Il est même commun que les personnes gesticulent ou présentent des expressions faciales en accord avec ce qu’ils ont l’impression de vivre, en accord avec leur rêverie.
  • Une grande partie du temps est dédié à cela, au fait de rêver, de créer un monde parallèle. Souvent, ces personnes ne prennent pas soin de questions basiques telles que l’alimentation ou encore l’hygiène.
  • Comme nous pouvons le déduire, les patients atteints de rêverie excessive sont incapables de se responsabiliser vis-à-vis de leurs études, de leur travail ou des relations sociales, etc.
  • Ces fantaisies agissent donc comme d’authentiques processus addictifs. Lorsque les patients doivent cesser ou interrompre un moment de leur fantaisie pour retourner vers la réalité et mener une tâche, ils se fâchent et un taux élevé d’anxiété se développe, associé à du mal-être.

les fantaisies de l'esprit

Comment se traite la rêverie excessive ?

Le docteur Eliazer Somer précédemment cité développa une échelle afin de diagnostiquer ce type de condition clinique. Il s’agit du « Maladaptive Daydreaming Scale (MDS) » qui se montre aussi valide qu’efficace pour faire un bon diagnostic. N’oublions pas que ce trouble peut parfois se confondre avec d’autres conditions telles que la schizophrénie ou la psychose, des maladies dans lesquelles des fantaisies constantes associées à la sensation d’irréalité apparaissent également.

D’autre part, avant de décider du traitement utile pour une personne souffrant de rêverie excessive, il est nécessaire de savoir ce qui l’a provoquée. Souvent, la rêverie excessive est liée à des réalités psychologiques très complexes qu’il faut prendre en compte et délimiter.

  • Les personnes ayant souffert d’un quelconque évènement traumatique ont souvent recours à la rêverie comme une issue de secours.
  • La dépression est également associée à cette condition.
  • Les personnes souffrant du trouble du spectre de l’autisme (TSA) peuvent également fantasmer très souvent.
  • Le trouble obsessionnel-compulsif et le trouble limite de la personnalité présentent également cette symptomatologie.

traitement de la rêverie excessive

Une fois que le professionnel de santé a délimité cette condition en comprenant les antécédents et les besoins de chaque patient, il optera pour une approche pharmacologique et/ou psychothérapeutique. Généralement, on a observé de bons résultats avec la fluvoxamine, un type d’antidépresseur. En ce qui concerne la réponse psychologique, la thérapie cognitivo-comportementale s’est également montrée utile.

Travail du psychologue

Les points travaillés par le psychologue avec le patient seront donc les suivants :

  • Promouvoir chez la personne de nouveaux intérêts, des objectifs motivants pour réveiller l’illusion et le contact avec la réalité.
  • Etablir des horaires en schématisant ce que l’on attend de chaque moment pour apprendre à contrôler et à gérer le temps.
  • Identifier les déclencheurs provoquant la rêverie.
  • Améliorer la capacité de concentration.

Pour conclure, bien que ce trouble puisse nous paraître étrange, il convient de rien ne peut être plus fragilisant pour une personne que le fait de vivre éloignée de sa réalité. Ne pas être participant de la vie nous éloigne également de nous-même et personne ne mérite de vivre ainsi.

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