Qu’est ce que le paradoxe du bonheur et comment fonctionne-t-il ?

· 14 décembre 2017

Le mot « bonheur » est l’un des plus utilisés au monde. Dans la culture actuelle, il représente l’objectif ultime de nombreuses personnes. Cela ne fut pas toujours le cas.  Au cours d’époques lointaines, le but essentiel reposait sur la vertu, la descendance ou la propriété. Dans l’ère moderne en revanche, le paradoxe du bonheur a obtenu un rôle de protagoniste.

Le paradoxe du bonheur repose sur le fait que nous souhaitons quasiment tous être heureux ; en revanche lorsque l’on nous demande à quoi correspond le bonheur, nous avons d’importantes difficultés à le définir. Si nous allons au-delà et nous demandons pourquoi nous souhaitons être heureux, il est fort probable que la réponse soit un silence ou une hésitation. Compte tenu de l’objectif souhaité, la réponse serait apparemment évidente.

« La joie de vivre repose sur le fait de toujours avoir quelque chose à faire, d’avoir quelqu’un à aimer et d’avoir quelque chose à espérer. »

-Thomas Chalmers-

Or, si nous souhaitons continuer de nous compliquer la vie, nous pourrions nous poser une troisième question : comment le bonheur s’atteint-il ? De nombreuses réponses peuvent être données, selon les désirs de chacun. Nous parlerions surtout d’objectifs professionnels, de succès et de plénitude au sein du couple, mais sans jamais définir concrètement comment est en fait ce bonheur que nous recherchons ou que nous espérons ressentir lorsque nous le trouverons.

Pour résumer, nous vivons à une époque où nous recherchons quasiment tous le bonheur, mais la majorité des individus est incapable de le définir, de savoir pourquoi elle veut l’atteindre et n’a que des idées légères concernant le chemin à suivre pour l’atteindre. C’est donc cela le grand paradoxe du bonheur.

bonheur

Le paradoxe du bonheur et l’insatisfaction

Le docteur Iris B. Mauss, professeure à l’université de Denver, mena deux recherches afin de comprendre le fonctionnement du bonheur chez les personnes. Les résultats de ces études sont réellement déconcertants et nous rapprochent de la définition du paradoxe du bonheur.

Dans la première étude, une analyse de trois aspects fut menée :

  • Le degré d’importante attribué au bonheur par chaque personne
  • Les conditions externes dans lesquelles vivaient les participants. C’est-à-dire la position sociale et professionnelle, la satisfaction des besoins basiques…
  • La relation entre de bonnes conditions externes et la sensation de bonheur

Le résultat fut que les personnes qui accordaient énormément de valeur au bonheur se sentaient davantage insatisfaites, même lorsqu’elles disposaient de conditions extérieures excellentes dans leur vie. Au contraire, celles qui étaient plus neutres ou donnaient moins d’importance à la recherche du bonheur se sentaient plus satisfaites ; même lorsque leurs circonstances vitales étaient plus difficiles. Ces conclusions font surgir l’essence même du paradoxe du bonheur.

solitude et bonheur

Le bonheur et la solitude

Dans la deuxième recherche menée à l’université de Denver, quelque chose de similaire à l’étude précédente fut réalisé. Dans ce cas, on ne mesura cependant pas la satisfaction, mais la manière d’expérimenter la solitude par ceux qui accordaient beaucoup d’importance au bonheur et ceux qui lui en accordait une nettement moindre.

Le résultat fut similaire à celui de la première étude. Ceux qui étaient à la recherche constante du bonheur se sentaient davantage seuls, tandis que ceux qui accordaient peu d’importance à cet objectif n’expérimentaient pas cette sensation. En fait, ils ne se sentaient pas particulièrement seuls.

La conclusion initiale de cela est que ceux qui cherchent inlassablement à atteindre le bonheur se focalisent sur eux-mêmes de manière excessive. Leur recherche de réussite et de succès se reflète sur les liens qu’ils entretiennent avec les autres. Cela renforce la sensation de solitude. Une nouvelle fois, le paradoxe du bonheur est vérifié.

les clés du bonheur

Les coordonnées du bonheur

Des conclusions intéressantes ont pu être tirées à partir de ces études. La première, et certainement la plus importante, est que les réussites externes ne constituent pas une source de bonheur en tant que telle. C’est pour cela que lorsqu’elles obtiennent quelque chose qu’elles désiraient énormément et après une satisfaction brève, de nombreuses personnes ressentent un mal-être qui les oblige à se fixer un nouvel objectif, dans un cycle infini.

Le bonheur est un processus qui se créé en notre propre intérieur. C’est une réalité qui est très partiellement liée aux réussites externes. De nombreuses personnes cherchent peut-être de manière inlassable ce bonheur avec le désir secret d’en finir avec cette « éternelle » insatisfaction qui les habite. Ils ne se rendent pas compte qu’il est dans leur intérieur, et non pas externe, là où se trouve le paradis qu’ils recherchent ou l’enfer qu’ils fuient.

D’autre part, les études permettent de faire la conclusion suivante : l’idéalisation du concept de bonheur entraîne uniquement de la frustration. Ceux qui acceptent le fait que ce que nous appelons « bonheur » soit uniquement une partie de la vie avancent d’un pas plus léger et parviennent à se sentir plus satisfaits. Ils sont conscients du fait qu’on ne peut désirer un état permanent de bonheur car cette envie est précisément la première condition pour que le bonheur n’existe pas. Cela nous aide en fait à accepter plus facilement la réalité telle qu’elle est, et ainsi à nous sentir satisfaits plus fréquemment.

Ce que nous appelons imprécisément le bonheur, ce sentiment de plénitude, est en fait quelque chose qui se présente de manière occasionnelle. Dans tous les cas, il est plus probable qu’il nous rende visite lorsque nous avons pris la décision d’être la meilleure version de nous-même.

« Ceux qui acceptent le fait que ce que nous appelons bonheur soit uniquement une partie de la vie avancent d’un pas plus léger et parviennent à se sentir plus satisfaits. Dans tous les cas, il est plus facile que le bonheur nous rende visite lorsque nous avons pris la décision d’être la meilleure version de nous-même ».