Qu’est-ce que le syndrome de Madame Bovary?

8 décembre 2017 dans Curiosités 568 Partagés
tableau de madame bovary

Le syndrome de Madame Bovary ou bovarysme est un trouble du comportement qui est apparu avec les livres romantiques du XIXème siècle. Dès lors, l’idéalisation de l’amour a conduit des milliers de personnes (fondamentalement des femmes) à une frustration et une déception perpétuelle. La recherche de cet “amour idéal” finit toujours par contraster avec la perception réaliste d’une relation de couple.

Nous parlons d’une pathologie psychologique qui a été décrite pour la première fois en 1892 par le philosophe Jules de Gaultier. Dans son essai, basé sur l’oeuvre de Madame Bovary, il fait référence à la protagoniste, Emma, comme étant le stéréotype parfait de la personne qui souffre de ce qu’il appelle “une insatisfaction affective chronique“.

Qui est Madame Bovary ?

Emma Bovary est un personnage littéraire créé par Gustave Flaubert en 1857. L’oeuvre parle de son mariage avec Charles Bovary, un médecin de province qui l’adore mais qui ne lui correspond pas. C’est ce qui provoque en partie sa passion pour les livres romantiques de l’époque, qu’elle dévore férocement depuis son adolescence.

La recherche constante des relations passionnées et obsessives qu’elle découvre dans ses livres provoque en elle un état d’insatisfaction émotionnelle terrible et constante. Après une dépression, Charles décide de déménager dans une petite ville où ils connaîtront une série de personnages de tous genres.

Emma se laissera séduire par deux d’entre eux, d’abord par un jeune étudiant puis par un Casanova qui s’appelle Rodolphe. Sa relation avec les deux hommes est pleine de possessivité, de jalousie et de dépendance. Face à l’abandon de ses amants, elle finit par se suicider en avalant de l’arsenic.

Madame Bovary, de la même façon que d’autres personnages littéraires comme Anna Karéninerenonce à sa famille et à son rôle d’épouse pour partir à la recherche de l’amour. Cela peut sembler très revendicatif, mais c’est en réalité une grande critique de l’amour idéalisé. Emma est si obsédée par la satisfaction de ses désirs qu’elle n’hésite pas à endetter sa famille, négliger sa fille ou faire du mal aux gens qui l’entourent.

“Attention avec la tristesse : c’est un vice.”

-Gustave Flaubert-

madame bovary avec son amant

Quelles sont les caractéristiques du syndrome de Madame Bovary ?

1. Une addiction aux romances

Les personnes qui souffrent du syndrome de Madame Bovary ne savent pas être seules. Elles vivent avec l’idée perpétuelle qu’un être aimé idéal arrivera pour changer leur vie et les sortir de la routine ou de leurs problèmes. Quand elles terminent une relation, elles en commencent rapidement une autre. Leur unique but est de trouver une personne comme celles que décrivent les livres, les séries ou les films romantiques.

Chaque fois qu’elles connaissent une nouvelle personne, elles ont tendance à en devenir obsédées. Elles l’idéalisent tellement qu’il est impossible de leur faire changer d’idées, même si la personne en question ne leur correspond pas ou ne leur convient pas.

2. Des relations impossibles

En raison de leur incapacité à maintenir une relation réelle, ces personnes ont souvent recours à des amours impossibles. Cela peut se produire alors qu’elles sont déjà en couple : elles continuent quand même à poursuivre l’idée d’un amour idéal avec une autre personne.

Cela les pousse à l’infidélité car, étant donné qu’elles ne savent pas être seules, elles ne vivront que rarement des romances si elles n’ont pas un autre as dans la manche. Les relations compliquées ou avec des personnes tourmentées les attirent car elles les considèrent comme romantiques et passionnelles.

3. Une insatisfaction constante

Au moment de commencer une relation, elles commencent à découvrir que leur compagnon/compagne est un être humain et qu’il/elle a, par conséquent, des défauts. L’idéalisation disparaît et cette dissipation apporte à nouveau la frustration. Elles ne considèrent plus cette personne comme adéquate et commencent à montrer des symptômes de désintérêt.

Elles ne se sentent jamais satisfaites parce qu’elles ne comprennent pas ce qu’est l’amour au-delà de la première étape qui consiste à tomber amoureux. Leur vision des relations est biaisée et basée sur des histoires ou des personnages qui n’ont jamais fait l’expérience de la tranquillité, des problèmes ou de la monotonie.

4. L’imitation de la personne aimée

En raison de leur obsession pour leur compagnon/compagne, elles commencent à copier ses goûts, ses passions et même sa façon de penser. L’imitation se produit à cause de l’admiration exagérée qui est ressentie pour l’autre, mais aussi par peur. Le syndrome de Madame Bovary provoque une crainte immense : celle que l’autre personne les abandonne. Cela peut les faire réagir d’une très mauvaise façon au moment d’une rupture.

film madame bovary

Qui est affecté par le bovarysme ?

Même si, il y a deux siècles, il s’agissait d’une psychopathologie plus récurrente chez les femmes, cette incidence s’est désormais équilibrée. Cela est dû au fait que, par le passé, les hommes étaient ceux qui travaillaient, tandis que les femmes restaient à la maison, consacrant leur temps libre à des activités comme la lecture. Cela les faisait s’évader de la réalité et les transportait dans des endroits où les problèmes quotidiens n’existaient pas.

Les personnes qui en souffrent ont habituellement connu des problèmes d’abandon ou des carences affectives au cours de l’enfance. Cela les pousse à ressentir ce besoin exacerbé de réussir à capter l’attention de leur compagne/compagnon, afin de ne pas ressentir une nouvelle fois ces sentiments.

Le syndrome de Madame Bovary a, pour principal symptôme, un état mélancolique. Les personnes qui souffrent de ce mal peuvent être soignées avec l’aide de spécialistes qui se chargeront d’évaluer le cas et d’établir le protocole d’intervention le plus adéquat. Ce syndrome peut aussi être lié à d’autres troubles plus graves comme les troubles obsessionnels, qui rendent l’intervention encore plus nécessaire.

Bibliographie recommandée

Gaultier, J, (1892), Le Bovarysme, la psychologie dans l’œuvre de Flaubert, Paris, France.

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