La préoccupation sans contrôle ne sert à rien

2 juin 2017 dans Psychologie 117 Partagés

Certaines personnes sont installées dans la pièce de la préoccupation. Elles imaginent le futur comme un grand champ de mines, de dangers, et cette attitude les empêche de vivre tranquillement. Elles ont peur qu’une montagne de malheurs se précipite soudainement sur elles.

Ces personnes sont sûres que leur enfant n’aura pas son examen la semaine prochaine. Elles croient qu’elles ont un infarctus dès qu’elles ressentent un pincement dans la poitrine. Elles ont peur d’avoir un cancer si elles ont une verrue. Elles craignent que leur enfant souffre d’un accident dès qu’il prend la voiture etc.

“Dans ma vie, j’ai souffert de beaucoup de malheurs qui ne sont jamais arrivés”.

-Mark Twain-

Les prophéties auto-réalisatrices, un effet psychologique curieux

Il est étonnant de voir que les événements négatifs que ces personnes anticipent ont un risque beaucoup plus faible d’arriver que ce qu’elles pensent, même si la probabilité n’est pas nulle. De plus, le plus curieux c’est qu’elles-mêmes font que leurs prédictions se réalisent, donnant lieu à des prophéties auto-réalisatrices, comme les nomment les psychologues. Leur manière de penser les fait ressentir et agir en direction de leurs peurs.

Prenons un exemple de prophétie auto-réalisatrice : un conducteur a très peur quand il prend la voiture car il pense qu’il va avoir un accident. Quand il prend la voiture, il est dans un tel état d’anxiété que cela l’empêche de conduire avec sécurité, ce qui augmente le risque d’accident dont il a si peur.

“Tâche de vivre au jour le jour, attends que les choses arrivent avant de souffrir à cause d’elles.”

-Carmen Serrat-Valera-

En définitive, certaines personnes passent leur vie à souffrir pour des choses qui n’arriveront jamais. Ainsi, elles évitent des expériences qui pourraient même être positives par peur des possibles dangers et contrariétés qu’elles pourraient entraîner. Leur préoccupation pathologique fait qu’elle attendent et souffrent de catastrophes qui n’auront en fait jamais lieu.

4 Caractéristiques des personnes préoccupées pathologiquement

L’insécurité

La personne insecure cherche la certitude, pas la vérité. Ainsi, elle ne se rend pas compte que la vérité se trouve vers l’avant, en se risquant à l’erreur, à l’aventure, en renonçant aux sécurités, d’une certaine manière.

La personne insecure, ainsi, cherchera toujours des preuves que ce qu’elle craint ne va pas arriver, augmentant toujours l’intensité de la préoccupation.

La faible estime de soi

La faible auto-estime peut contribuer au composant de préoccupation excessive de la personnalité. De plus, elle est souvent associée à l’insécurité. La personne qui souffre d’une faible auto-estime a tendance à penser à ce que l’on attend d’elle plutôt qu’à ce qu’elle veut faire.

Quand nous pensons à ce que l’on attend de nous, nous perdons notre essence et nous devenons des marionnettes. Vouloir plaire à tout le monde fait augmenter notre préoccupation de manière exponentielle.

La dépendance émotionnelle

Les personnes qui ont une forte dépendance émotionnelle ont peur de la séparation dès qu’elles se trouvent près de la personne dont elles dépendent. Ainsi, elles doivent cohabiter avec cette tension, qui les incite à ne rien faire qui puisse provoquer une rupture décidée par l’autre personne.

C’est aussi une importante source de préoccupation, car nous vivons dans une société et nous sommes entouré-e-s de personnes précieuses pour nous. Si nous sommes dépendant-e-s émotionnellement, n’importe quel indice de perte ou de rupture raffermira le besoin de l’hyper-vigilance.

La tendance à l’évitement

La personne qui a tendance à utiliser l’évitement comme une manière d’affronter ses peurs aura des peurs de plus en plus intenses et incapacitantes. Et même, puisque la réalité ne dément pas ses peurs, des fantasmes s’y accumuleront à l’intérieur, ainsi que des illusions qui survivront précisément car elles ne sont jamais contredites.

L’évitement de l’expérience est un problème très commun aujourd’hui. Nous vivons plus centré-e-s sur le futur ou le passé que sur le moment présent. Nous sommes donc en permanence préoccupé-e-s par ce qui peut arriver ou ce qui est arrivé. Et nous ne vivons pas pleinement le présent.

“Souviens-toi, aujourd’hui est le demain dont tu te préoccupais hier.”

-Dale Carnegie-

Que faire pour cesser de se préoccuper en permanence pour tout ?

Chassez les préoccupations n’est pas chose simple. Mais, voici quelques idées qui peuvent vous être utiles :

  • Essayez de définir clairement ce qui vous préoccupe. Demandez-vous : “De quoi est-ce que j’ai peur ?” Pensez à chaque préoccupation et écrivez-la. Essayez d’écrire les préoccupations avec le plus de clarté possible.
  • Décidez si vous pouvez faire quelque chose pour cela. Si la réponse en non, vous n’avez pas à vous préoccuper autant : rien ne va changer. Acceptez-le et essayer de vous distraire. Si la réponse est oui, dirigez-vous vers la troisième étape.
  • Élaborez une liste de choses que vous pourriez faire pour résoudre votre préoccupation ou votre problème. Pensez : y-a-t-il quelque chose que je puisse faire maintenant ? Si oui, faites-le immédiatement. Sinon, élaborez un plan spécifiant quand, où et comment vous allez le faire.
  • Apprenez à vous distraire. On peut prêter pleinement attention qu’à une seule chose, alors si vous vous occupez, vous ne pourrez pas vous focaliser sur votre préoccupation.

Comment peut-on se distraire si tout nous préoccupe ?

Prêtez pleinement attention à ce qui se trouve autour de vous. Vous pouvez mémoriser les numéros des plaques d’immatriculation des voitures. Vous pouvez aussi deviner les activités des gens dans la vie. Vous pouvez additionner les prix des articles d’un magasin, écouter les oiseaux chanter etc. Il y a des casse-têtes, des mots croisées, des sudokus, des chansons, des comptes à faire dans sa tête de cent à zéro, les livres etc. Faire des exercices physiques et se maintenir physiquement actif est une bonne manière de prévenir des maladies de tout type et c’est un magnifique antidote contre la préoccupation pathologique.

Cependant, souvenez-vous de quelque chose de très important : n’utilisez pas les techniques de distraction comme une manière d’éviter de faire face à vos préoccupations. Faites l’analyse de vos préoccupations avant de recourir aux techniques de distraction.

Que faire si les préoccupations m’empêchent de dormir ?

Normalement, nous sommes plus préoccupé-e-s la nuit. Quand nous sommes dans le lit, à essayer de nous endormir, la stimulation environnementale se réduit drastiquement et nous avons tendance à nous concentrer sur nos propres pensées et sensations corporelles.

Il semble clair que ce n’est pas une bonne idée d’aller au lit avec la tête pleine de préoccupations. Pour remédier à cela, il suffit de noter dans un carnet tout ce qui vous inquiète et ses possibles solutions, laissant de côté la préoccupation pour le jour suivant. Vous vous sentirez plus en sécurité et vous dormirez mieux.

Une autre technique qui donne de bons résultats est celle du “moment poubelle”. Cela consiste à consacrer 20 minutes quotidiennes à uniquement se préoccuper. Vous devez avoir prévu-e votre “moment poubelle” et pendant ces minutes, vous ne pourrez penser qu’à vos préoccupations, à rien d’autre. Et quand nous disons à rien d’autre, c’est véritablement rien d’autre. Pendant le reste de la journée, vous serez tranquille car vous savez que vous avez ces 20 minutes, et vous n’aurez qu’à attendre ce moment. Bien sûr, il est interdit de se préoccuper pendant le reste de la journée.

Ces conseils n’ont pas pour vocation de remplacer l’aide spécialisée d’un psychologue compétent. Quand on souffre de trouble d’anxiété généralisée (préoccupation pathologique excessive), l’idéal est de consulter un-e spécialiste le plus tôt possible.

Lisez aussi : Où se trouve la frontière entre l’inquiétude et l’obsession ?

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