Peut-on aimer pour toujours ?

16, mars 2017 dans Emotions 550 Partagés

Aimer, c’est toucher l’infini et, en même temps, découvrir que les bras ne l’atteignent jamais, aussi loin puisse-t-il s’étendre. Tel est le grand paradoxe de l’amour : on le vit comme éternel, mais il prend fin. Il prend fin, mais ne meurt jamais. Quand on aime, on découvre une nouvelle logique, où le tout et le rien flirtent constamment entre eux.

Le verbe «durer» peut résulter imprécis pour parler d’amour ; c’est un mot qui correspond mieux aux objets qu’aux sentiments. Car aimer, c’est une réalité dynamique qui change, se modifie, se transforme et se métamorphose avec le temps. Or, si on vit tous ces processus, c’est précisément parce que l’amour persiste, parce qu’il ne meurt pas, mais qu’il change.


«Dans un baiser, vous saurez tout ce qui a été tu.»

– Pablo Neruda –


Si on parle d’aimer ses enfants, ses parents, ses frères et soeurs, à ses ami-e-s ou ses rêves, le degré de stabilité est généralement plus grand. En revanche, c’est autre chose lorsqu’on parle d’amour au sein d’un couple, surtout si cela se fait depuis la perspective de l’idéal d’amour romantique, qui est statique et immuable pour toujours. Or, généralement, cela finit par se terminer assez vite. C’est le fameux amour pour lequel on dit : «l’amour dure trois mois». C’est la phase la plus intense, mais aussi la plus passagère de l’amour.

Aimer, c’est un instant infini

Nous parlons d’abord de l’amour au sein du couple, car généralement, c’est un des attachements les plus problématiques. Nous sommes les héritier-ère-s d’une idée romantique de l’amour, qui s’est construite entre le XVIIIe et le XIXe siècle et qui gravite encore dans notre culture. Cette perspective, à son tour, provient de l’idéalisme que a tant influencé l’Occident. C’est celle qui nous parle d’ «âmes soeur» et de couples qui vivent heureux pour toujours.

Et il est vrai qu’il y a un moment en amour où chacun-e de nous pourrait jurer que ce sera un sentiment éternel. On ne peut pas imaginer comment cette façon d’aimer l’autre pourrait changer. Dans cet état que l’on pourrait presque apparenter à de folie, on perd, inconsciemment, le sens des proportions. C’est pourquoi on le promet et on le jure : ce sera pour toujours.

Ce genre d’amour génère des attentes assez élevées ; même si les promesses ne le disent pas particulièrement, c’est comme si ce que l’on offrait et ce que l’on attendait était de maintenir un état de plénitude et de forte présence de l’amour romantique entre les deux membres du couple. De ces attentes surdimensionnées proviennent les premières désillusions, car l’amour, ce n’est pas un sentiment qui fait disparaître les misères, les mesquineries et les limites.

Tôt ou tard affleurent toutes ces réalités qui détruisent l’idéal romantique que l’on avait forgé auparavant. Le coup de foudre finit par être un obstacle pour aimer. Il est certain que l’amour est délicieux, mais il peut aussi tellement élever le ton de nos émotions qu’il nous empêche de voir clairement les grandeurs et les restrictions de ce que l’on ressent. Si on surmonte cet écueil sans traumatismes, alors on emprunte le véritable chemin vers l’amour.

L’amour est un comme un arbre : éternel

La métaphore de l’arbre est très heureuse ; il suffit de voir la façon qu’il a de naître et de grandir à partir d’une petite graine pour se rendre compte que le destin de tout ce qui porte la vie consiste à s’étendre et à atteindre le ciel. L’arbre mature a des fleurs, des fruits et donne de nouvelles graines pour que tout ce qu’il est puisse se semer ailleurs et entamer un nouveau départ, une nouvelle histoire.

L’amour fonctionne de la même façon ; une fois qu’il germe, alors plus rien ne l’arrête. Il continuera à grandir et à porter ses fruits, pour renouveler le cycle pour toujours. A mesure qu’il s’étendra, vous parviendrez à savoir si cet amour est comme un chêne, un cerisier ou bien d’une autre espèce. N ‘attendez pas qu’il reste immuable : bien au contraire. Chaque jour, quelque chose changera, mais rien ne mourra ; ce sera le germe de quelque chose de nouveau.

Lorsqu’on aime vraiment, c’est pour toujours. Les parents aiment leurs enfants et les enfants leurs parents, même s’ils ne sont pas ensemble, même s’ils sont morts. On aime nos ami-e-s dans les bons comme dans les mauvais moments. On aime nos frères et soeurs et les membres de notre famille, malgré toute la vicissitude pouvant se manifester. On aime, même quand on déteste ; le contraire de l’amour, ce n’est pas la haine, mais l’indifférence.

Lorsque l’on aime notre compagnon/compagne, on écrit une histoire sans fin. Malgré tout, malgré les ruptures, les divorces ou les abandons, celleux qui ont été dans notre coeur pour de bon y auront leur place pour toujours. Chacune de ces relations écrit au moins une ligne d’une histoire qui est irréversible : l’histoire qui mène vers les chemins les plus profonds de ce que nous sommes et de ce que nous ne sommes plus.