Neurobiologie de l’alcoolisme

12 août 2019
Tout comme il existe un cadre neuroanatomique et neurofonctionnel pour expliquer tout comportement humain, il existe une neurobiologie de l'alcoolisme. Nous vous expliquons ce qu'il se passe dans le cerveau d'une personne alcoolique.

L’alcool est la drogue légale la plus consommée. Elle entraîne une grande charge sociale et économique pour la société et elle est capable de provoquer une dépendance physique et psychologique. Selon l’OMS, l’alcoolisme touche 140 millions de personnes dans le monde. C’est en outre la cinquième cause de mort prématurée. Cet article évoquera la neurobiologie de l’alcoolisme.

Il existe un grand nombre de maladies associées à la consommation d’alcool. Cela va de la tuberculose au SIDA en passant par les infections. Cependant, que se passe-t-il dans le cerveau après la consommation d’alcool et surtout, lorsqu’il existe un problème de dépendance à cette substance ?

La neurobiologie de l’alcoolisme expliquée à partir de son étiologie

L’étiopathogénie ou étiologie de l’alcoolisme implique une interaction complexe entre des facteurs biologiques, psychologiques, sociaux et environnementaux.

L’un des éléments prédicteurs les plus fiables de l’installation de la dépendance chez une personne sont les facteurs génétiques ou héréditaires. En effet, le patrimoine génétique d’un individu peut expliquer jusqu’à 60 % des cas d’alcoolisme.

Un homme se cache le visage avec les mains

D’un point de vue biochimique, le risque de souffrir d’une dépendance à l’alcool a été associé à des variations dans les gènes qui codifient les protéines intégrantes de deux enzymes en particulier : l‘alcool déshydrogénase (ADH) et l’aldéhyde déshydrogénase.

Outre les possibles origines génétiques, on évoque également d’éventuelles causes d’origine neurologique telle qu’une réduction du taux d’expression de l’enzyme MAO-O (monoamine oxydase type A). Certains sujets expérimentent cela après avoir vécu des évènements traumatiques.

De faibles taux de MAO-A sont liés à une augmentation du comportement antisocial. Ce dernier représente à son tour un facteur de risque d’alcoolisme.

Il existe évidemment d’autres explications possibles sur l’étiologie de l’alcoolisme d’ordre comportemental. Celles-ci font appel à des expériences d’apprentissage et à des traits de personnalité. Il s’agirait en réalité essentiellement de la même explication, non à un niveau neurobiologique mais en relation directe avec celui-ci.

Hormones et neurotransmetteurs dans la neurobiologie de l’alcoolisme

On a démontré que, d’une forme directe ou indirecte, l’alcool peut interagir avec un large éventail de neurotransmetteurs du système nerveux. Cette interaction survient en raison de la nature liposoluble de l’éthanol. Cela lui permet de traverser la barrière hématoencéphalique (BHE) et d’arriver ainsi au cerveau.

Voici les neurotransmetteurs et hormones susceptibles d’interagir avec l’alcool éthilique :

  • GABA
  • Glutamate
  • Opioïdes endogènes
  • Dopamine
  • Adrénaline y noradrénaline
  • Acétylcholine
  • Sérotonine
  • Cannabinoïdes
  • Facteur libérateur de corticotrophine (FLC)
  • Neuropeptide Y

La dépendance à l’alcool se caractérise par un déficit de la capacité de régulation physiologique des systèmes de motivation et de récompense endogènes. Plusieurs structures du cerveau sont suspectées responsables de ces systèmes qui ont un impact sur le comportement humain. Citons par exemple le système limbique, l’amygdale, l’hippocampe, le noyau caudé, le noyau accumbens et le lobe frontal.

Un dysfonctionnement des systèmes mentionnés pourrait être à l’origine de phénomènes liés à l’alcoolisme comme la dépendance éthylique, l’intoxication par l’alcool ou le syndrome d’abstinence.

Les effets de l’alcoolisme

La consommation de l’alcool produit un effet désinhibiteur et un effet suppresseur du système nerveux central. Le premier effet bloque et altère les structures et les processus du cerveau liés à la pensée, à la réflexion ou les valeurs éthiques, entre autres. En outre, il favorise l’impulsivité et favorise certaines émotions.

Ainsi, quelques fonctions cognitives très importantes se voient affectées d’une manière plus ou moins permanente. Citons notamment les fonctions exécutives des lobes frontaux, des problèmes mnésiques -de la mémoire, des dysfonctionnements des facultés visuo-spatiales et des problèmes de contrôle moteur et oculomoteur.

L’altération des fonctions exécutives par la consommation d’alcool se manifeste généralement sous forme d’impulsivité, de dépendance affective, de manque de discernement, de problèmes de concentration, de désinhibition et de perte de motivation.

Un schéma du cerveau

L’effet désinhibiteur est en soi motivateur et un renfort secondaire. En effet, il permet à la personne d’adopter des comportements qu’elles n’auraient pas exécuté en état de sobriété. L’alcool peut ainsi fournir une sensation transitoire de liberté, d’empathie et une exacerbation de l’émotivité.

Il faut normalement une consommation éthylique substantielle et prolongée dans le temps pour que le cerveau adopte une attitude de dépendance à ladite substance.

En règle générale, le développement de l’alcoolisme peut s’expliquer par les effets de renfort positif que la consommation d’alcool produit dans le cerveau. La consommation de cette substance active le système de récompense du cerveau. De plus, elle entraîne des sensations agréables qui incitent le cerveau à souhaiter une plus grande consommation postérieurement.

Pour le traitement de l’alcoolisme, il existe une grande quantité de ressources d’aide et de soutien offerts par l’État. La consultation médicale peut être un premier pas pour commencer le processus de désintoxication éthylique.

Tel que nous l’avons vu, la neurobiologie de l’alcoolisme nous explique le comment et le quand du comportement d’abus éthylique. Le pourquoi peut s’avérer plus complexe à savoir. Quoi qu’il en soit, on doit continuer à espérer que les multiples traitements existants puissent être utiles.

 

  • Herrero Carcedo, C. (2018). Alcoholismo y epigenética. Publicación independiente.
  • Rey-Buitrago, M. (2915). Genética molecular del alcoholismo. Revista de la Facultad de Medicina de la Universidad Nacional de Colombia, 63, 483-94.