Madame Butterfly, un opéra sur l'amour et la perte

18 mai, 2020
Madame Butterfly raconte l'histoire d'amour, de douleur et de mort d'un couple qui n'était pas destiné à rester uni. Accompagnez-nous dans la découverte des clés et des secrets de l'un des opéras les plus acclamés et immortels de l'histoire.
 

Madame Butterfly est un opéra incroyable sur l’amour et la dévotion. Il aborde également les problèmes sociaux profonds entraînés par la Seconde Guerre mondiale. Les personnages principaux sont un officier de l’armée américaine et une jeune Japonaise.

Cet opéra est l’une des pièces les plus truculentes dans l’art lyrique occidental. Ainsi, Madame Butterfly surprend ses spectateurs depuis plus d’un siècle grâce à un scenario incroyable et à une mise en musique exceptionnelle.

Représenté pour la première fois en 1904, Madame Butterfly est un opéra du grand compositeur italien Giacomo Puccini. Il s’intéresse à l’histoire de Pinkerton, un officier américain à Nagasaki. Avec l’aide d’un proxénète, il trompe Cio-Cio San pour que celle-ci se marie avec Pinkerton.

L’officier s’en va peu de temps après, en laissant Cio-Cio San seule et enceinte. Pendant trois ans, la jeune femme élève son enfant en attendant le retour de son amour. Quant à lui, Pinkerton n’a fait que mentir à la jeune fille. Il n’a jamais pensé se marier réellement avec elle, ni revenir la chercher pour l’emmener en Amérique.

 

De cette manière, lorsqu’il finit par revenir, Pinkerton est avec son épouse américaine, Kate. Emplie de douleur, Butterfly confie son fils à Pinkerton dans l’espoir que le couple l’emmène aux États-Unis et qu’il grandisse avec davantage d’opportunités. Le reste n’est que de l’histoire, on mâche la tragédie et le spectateur ne peut s’empêcher de ressentir la douleur et l’agonie que l’oeuvre évoque.

Une scène de Madame Butterfly

Dans la dernière scène, pleine de drame et d’affliction, Butterfly se suicide. Elle ne peut pas supporter la trahison de Pinkerton et la séparation avec son fils.

Émouvante, gênante, tragique et douloureuse, Madame Butterfly est l’un des opéras qui ont le mieux survécu au fil du temps. Il n’a cependant pas été tout le temps vu de la sorte. Comment pouvons-nous comprendre cet opéra aujourd’hui ? Comment a changé la vision de l’oeuvre au fil du temps ?

 

Un aperçu du libretto de Madame Butterfly

Au-delà de la beauté de la musique, Madame Butterly est une histoire de désespoir et de mensonge. Le public de l’époque l’a hué et s’en est moqué. Ils considéraient que du fait de son comportement, Cio-Cio était responsable de la situation.

Le public pensait que Butterfly était une libertine et qu’elle considérait sa douleur comme une juste rétribution de ses péchés. Néanmoins, Puccini a clairement établi dès l’acte premier que Cio-Cio était innocente, qu’elle avait été victime d’un mensonge et qu’elle croyait être bel et bien mariée avec Pinkerton.

Puccini a conçu le personnage de Pinkerton comme le méchant de l’histoire. Le compositeur a fait l’effort de montrer comment Pinkerton séduit et trompe la jeune fille pour abuser d’elle.

L’espoir d’une vie meilleure

Après la Seconde Guerre mondialebeaucoup de soldats américains ont emmené leurs épouses étrangères vivre aux États-Unis. De cette manière, de nombreuses Japonaises avaient l’espoir de partir vers le nouveau continent pour y vivre une vie meilleure.

 

Dans ce contexte, Cio-Cio apparaît comme une jeune fille pauvre, qui se marie avec un Américain dans l’espoir d’un avenir meilleur. Pinkerton, le personnage mauvais de l’officier étranger, personnifie tous les hommes qui abusent de leur pouvoir.

Pendant le second acte, déjà « mariés », Cio-Cio et Pinkerton doivent se séparer. Pinkerton s’apprête à retourner aux États-Unis avec le reste des troupes. Par conséquent, Butterfly est dévastée, mais Pinkerton lui promet qu’il reviendra pour elle.

Dans l’une des plus belles arias de l’histoire de l’opéra, nous écoutons Butterfly expliquer à sa servante ce qu’il se passera quand Pinkerton reviendra la chercher. Puccini transforme la douleur de la jeune fille en une pièce maîtresse de la musique académique.

À la fin de l’opéra, après avoir vu son fils partir, le coeur de Cio-Cio est brisé. Emplie de douleurs, Cio-Cio se donne la mort au travers d’un rituel de sacrifice japonais.

Adaptations

La douleur de Madame Butterfly a été la source d’inspiration d’innombrables artistes au fil du temps. Parmi les adaptations les plus célèbres du libretto de Puccini, nous trouvons Miss Saigon de Boublil et Schönberg.

 

L’une des adaptations les plus curieuses du merveilleux opéra fut celle de Sidney Olcott. La première adaptation de Madame Butterfly au cinéma fut un film muet. C’est quelque chose d’incroyablement ironique si on considère que la beauté de l’histoire repose en grande partie sur sa mise en musique.

Madame Butterfly avec une ombrelle

Dans le monde de la musique pop, de nombreux artistes ont réalisé des hommages à Madame ButterflyDes Sex Pistols au groupe d’indie Wheezer. Les différentes interprétations et adaptations réinventent les personnages et sont une démonstration de l’héritage incontesté de l’oeuvre de Puccini et de la manière dont celle-ci a survécu au fil du temps et demeure d’actualité.

Dans la littérature, plusieurs romans illustrés se sont inspirés de cette histoire. Certains d’entre eux revendiquent le personnage de Pinkerton et le convertissent en un homme incompris. D’autres versions s’intéressent de plus près à la situation de maltraitance de Butterfly et l’injustice de son destin.

 

Qu’est-ce qui fait que Madame Butterfly est une histoire aussi émouvante ? C’est peut-être la tragédie immense dans son histoire ou l’immortalité de sa musique.

Tout au long de l’opéra, le public peut percevoir la luxure et l’amour, le besoin de croire aveuglément dans quelques idées, la beauté du sacrifice et de la mort. Madame Butterfly semble ainsi une tragédie digne de l’époque classique, une poésie qui mêle musique et scène.

En conclusion, voici les mots de l’auteur, Puccini, qui a toujours été très clair pour expliquer ce qui place cet opéra parmi les plus grands de l’histoire :

« Grand deuil dans une petite âme – ce n’est pas de la psychologie, c’est la compréhension de la douleur humaine. La capacité à faire pleurer le monde. »

-G. Puccini-

 
  • Martín Triana, José María (1992). El libro de la ópera (2.ª edición). Alianza Editorial, S.A. p. 391.