Les psychologues pleurent aussi

5 avril 2017 dans Psychologie 99 Partagés

Les psychologues parlent toujours de l’importance des émotions, de les accepter telles qu’elles sont, de les observer et de laisser advenir. Iels invitent leurs patient-e-s à les exprimer telles qu’iels les ressentent. Iels ouvrent la porte de leur cabinet pour que les gens y entrent et leur ouvrent leur cœur. Iels leur donnent la permission de ressentir et face à cela, les patient-e-s parlent, rient, pleurent ou s’énervent s’iels en ont besoin.

Lorsqu’on commence la formation de psychologue, on n’imagine pas le nombre d’émotions qui peuvent entrer entre les quatre murs d’un cabinet.

À l’université, les psychologues apprennent à évaluer les troubles et des techniques mais il n’y a que très peu de temps passé à apprendre les émotions et la manière dont on peut les gérer. Même si, si l’on est sincère, tout le temps du monde ne serait pas suffisant pour se préparer à ce tourbillon émotionnel auquel les psychologues sont confronté-e-s.

Avant d’être psychologue, on est humain-e

Les psychologues sont humain-e-s, ce qui est source de grande vertu mais aussi de nombreuses difficultés. Cette partie humaine est celle qui leur permet de comprendre et de se mettre à la place de l’autre et c’est celle-là même qui parfois décide de se manifester sous forme de pleurs, sans préavis.

En thérapie, les psychologues laissent de côté leurs besoins pour donner la priorité à leurs patient-e-s. Mais iels ne sont pas indifférent-e-s à la réalité de l’autre. Iels ressentent forcément des émotions face à quelqu’un qui partage ses mots et ses expériences intimes.

Et parfois, face aux histoires des autres, les psychologues pleurent. Cela peut arriver en consultation, devant le/la patient-e, ou dans la sphère intime.

Le/La patient-e se divise toujours en trois parties

Quand le/la patient-e sort du cabinet, son histoire et son poids se divise en trois : une partie repart avec lui/elle, une autre reste dans la consultation et la dernière repart avec le/la thérapeute.

Les professionnel-le-s emmènent chez elleux une partie de la vie du/de la patient-e. Après la rencontre en face à face, iels réfléchissent à ce qu’on leur a raconté et à ce qu’iels ont ressenti. Iels essaient de prendre de la distance, iels essaient mentalement toutes les possibilités thérapeutiques, iels pensent à la personne et à la meilleure manière de lui apporter du soutien.

Iels ne pensent pas uniquement d’un point de vue professionnel, car les consultations affectent aussi souvent leurs émotions et leurs sentiments. Face à certains cas, iels sont frustré-e-s, se sentent coupables et emmêlé-e-s par les “peut-être” et le “et si…”.

Le poids d’un verre d’eau

On dit souvent que ce n’est pas le poids qui influe sur le corps, mais plutôt le temps pendant lequel on le porte. Comme la métaphore du verre d’eau dans laquelle, l’important n’est pas le poids du verre mais le temps que la personne passe à le tenir dans sa main.

Si je porte le verre pendant une minute, aucun problème. Si je le porte pendant une heure, le bras commencera à faire mal. Si je le porte pendant un jour entier, le bras s’endormira et s’engourdira.

Parfois, les psychologues portent un verre qui n’est pas le leur, mais qu’iels s’approprient pendant longtemps. Pour elleux, il peut être difficile de le lâcher et de cesser cet engourdissement, et souvent, il est nécessaire de demander de l’aide pour lâcher ce poids.

Plus est moins

Concernant le poids du sac à dos, plus on le partage avec d’autres personnes, plus le poids est allégé. Les professionnel-le-s ont aussi besoin de se sentir écouté-e-s, de parler de leurs inquiétudes et de mettre leurs besoins en avant.

Beaucoup de psychologues se rendent chez d’autres psychologues, pour qu’iels les conseillent, mais aussi pour partager leurs émotions et leurs inquiétudes.

On dit que “partager c’est vivre”, et c’est certain lorsqu’il s’agit de telles émotions. Car les psychologues sont aussi des personnes qui pleurent et qui ressentent des émotions. La vie ne les laisse pas indifférent-e-s et tout comme les autres, iels font face à leurs histoires et à celles des autres, à leur manière.

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