Les « nécessiteux compulsifs » : un profil toujours plus fréquent

· 1 mars 2018

Les nécessiteux compulsifs virevoltent autour de nous comme des insectes persistants à la recherche d’aliments. Ils ne parlent qu’une langue, celle du « je veux, j’ai besoin, je dois te dire… ». Nous parlons en fait de personnes incapables de gérer leur frustration, de personnes qui manquent d’autonomie personnelle et de l’habilité leur permettant de se rendre responsables de leurs vies de manière cohérente et mature.

De nombreux psychologues disent que cet excès de « besoin » est l’authentique trouble du 21ème siècle. Peut être que c’est la société qui nous a poussés à ce type de comportement. C’est une manière d’agir guidée dans de nombreux cas par une certaine anxiété consommatrice et par un besoin quasiment constant de remplir nos vides existentiels.

« Tout ce dont vous avez besoin est de cesser d’avoir besoin. »

Nous manquons de « quelque chose » et nous ne savons pas de quoi il s’agit, en fait nous nous convertissons parfois en âme en peine flânant dans nos scénarios sociaux à la recherche d’une aide ou d’une stimulation qui puisse nous libérer de notre envie inexplicable. Parfois nous le faisons, nous cherchons un amour impossible, nous cherchons de nouvelles expériences, nous cherchons un nouveau téléphone, de nouveaux vêtements, une nouvelle série télévisée qui nous permette d’oublier le stress, de la nourriture qui soulage notre angoisse, etc.

Nous avons tous besoin de quelque chose, nous avons tous besoin de personnes, nous sommes tous d’une certaine manière des nécessiteux quotidiens. En revanche, le problème apparaît lorsque cette carence nous convertit en nécessiteux compulsifs. Nous faisons en fait référence à ce type de profil qui cherche avec désespoir quelque chose qu’il ne sait pas définir, en perturbant les autres et en les obligeant à combler ses carences et à satisfaire ses demandes.

aller de l'avant

Les nécessiteux compulsifs remplissent les agendas des psychologues

C’est un phénomène en croissance qui mérite d’être pris en compte, et surtout d’être compris. Les nécessiteux compulsifs sont plus que jamais présents et sont également l’un des profils les plus présents dans les consultations de psychologues. Ils arrivent perdus, avec un niveau élevé de frustration et ils sont souvent révoltés de la manière qu’a le monde de les traiter, tout comme de la manière qu’ont leur famille et leurs amis de les traiter.

Personne ne paraît être à la hauteur de leurs attentes. Personne n’est non plus parvenu à leur donner l’affection qu’ils méritent. Les personnes qui sont toujours là pour eux peuvent à peine se compter sur les doigts de la main, et parfois moins que cela. Les nécessiteux compulsifs voient et comprennent le monde depuis leur propre perspective. Ils ne sont donc pas capables de percevoir à quelle extrémité peuvent arriver leurs demandes constantes, leurs demandes égoïstes, leurs exigences totalitaires.

Leur attitude est si puérile et exigeante que le psychologue se voit dans l’obligation de faire tomber premièrement cette barrière ou cette palissade afin de leur faire comprendre que derrière le besoin constant, se cache un vide sans fond. Y parvenir est loin d’être facile, car nous sommes face à un manipulateur secret habitué depuis longtemps à réaliser le moindre effort, à se faire nourrir par les autres, se faire soutenir, se faire soulever les poids de la vie, des craintes ou des problèmes.

psychologue

Les nécessiteux compulsifs ont besoin de « consommer » pour vivre. Ils consomment nos énergies et nos motivations, consomment leur argent et leur temps dans des expériences leur permettant d’atteindre un substitut de bonheur. En revanche, tout ce qu’ils parviennent à faire au final, c’est se consommer eux-mêmes en intensifiant leurs carences et leur désespoir.

Comment aider les nécessiteux compulsifs

La qualité de vie d’une personne qui a la claire sensation du fait qu’il lui manque toujours « quelque chose » peut être terrible. Albert Ellis l’a dit « les pensées de besoin constant nous font perdre le contrôle et dérivent en émotions négatives ». Si c’est le cas, c’est à cause de quelque chose d’aussi simple qu’évident : le sentiment « d’avoir besoin de quelque chose » est lié à notre instinct de survie.

En fait, ce vide que nous avons besoin de remplir nous permet de penser que nous allons aller de l’avant. S’ils ne m’aident pas, s’ils ne me soutiennent pas, si je n’ai pas ceci ou cela j’obtiendrai autre chose, cela viendra à moi. Ainsi, la sensation de carence génère de la peur, la peur nécessaire et la nécessité désespérée. Nous sommes face à un cercle vicieux qu’il est nécessaire de désactiver pour travailler de manière plus logique, plus saine, remplie de sens.

Les clés pour cesser de nécessiter

La première chose à faire consiste à travailler sur ses besoins authentiques. Pour cela, cela vaut la peine de faire un exercice de clarification permettant de remplacer le « Je veux » par le « J’ai besoin ». Par exemple :

  • Passer de « Je veux que les autres s’occupent de moi » à « J’ai besoin de me sentir valorisé car je ne m’aime pas suffisamment moi-même »
  • Passer de « Je veux que les autres m’aident à résoudre mes problèmes » à « J’ai besoin d’aide car je me sens incapable de faire face à ce qu’il se passe. »

Une fois que la personne a clarifié ses vides authentiques ou ses points faibles : faible estime d’elle-même, insécurité, incapacité à résoudre les problèmes, manque de décision, etc. c’est le moment de travailler en profondeur sur chacun de ces aspects.

avoir besoin

Un autre point déterminant dans ce processus, est le fait de parvenir à ce que le nécessiteux compulsif applique une règle simple dans son quotidien : « chercher par moi-même ce dont j’ai besoin de la part des autres. »

  • En fait, si j’ai besoin que quelqu’un m’aide à résoudre quelque chose, je peux tenter de le faire par moi-même. Si je souhaite que quelqu’un me soutienne pour un aspect déterminé, je peux tenter de me motiver personnellement, de trouver des forces et des mots positifs en moi pour mettre des mots sur l’objectif que je souhaite atteindre.
  • Ainsi, ce profil se caractérise par la possession d’une croissance personnelle incomplète. Il est conseillé de favoriser les nouvelles expériences pour faire réfléchir la personne, lui permettre de relativiser les choses et de travailler sur son ouverture émotionnelle.

Une dernière information, et pas des moindres, il n’est jamais trop de travailler avec ces personnes sur l’empathie, la conscience sociale afin qu’elles comprennent que les autres ont également des besoins et que dans la vie, on ne doit pas uniquement savoir conjuguer les verbes « vouloir ou nécessiter », il en existe d’autres tout aussi importants, comme « offrir ».