Les mèmes et les coronavirus : l'humour comme mécanisme de survie ?

Rire avec des mèmes dans les circonstances actuelles n'est pas un acte de frivolité. Le sens de l'humour est plus nécessaire que jamais, il soulage le stress et nous fait aussi nous sentir plus unis en nous identifiant aux mêmes situations et à des problèmes communs.
 

Il semble presque impensable qu’un sens de l’humour existe encore dans les circonstances actuelles. Mais que deviendrait un être humain sans sa capacité à rire ou à susciter le sourire des autres ? Nous mourrions de chagrin, sans doute. C’est pourquoi nous assistons ces derniers temps à une symbiose plutôt étrange et fascinante, dans laquelle les mèmes et les coronavirus nous réconfortent presque involontairement tout au long de nos journées.

Dans un monde en ligne et hyperconnecté, ce type de ressources et d’interactions soulagent l’anxiété de nombreuses personnes. Ce sont de petites bouffées d’air et d’esprit que nous partageons sur nos murs, dans nos stories ou par message WhatsApp. Tout cela est-il peut-être un acte de frivolité face à ce qui se passe ?

La réponse est simple : non. Nous ne sommes pas frivoles et nous ne minimisons pas la perception de ce qui se passe autour de nous. Nous essayons seulement de survivre, et l’humour est un mécanisme idéal et plus nécessaire que jamais dans ces circonstances. Tant que ces ressources sont respectueuses, ne génère pas plus de mal-être par un humour méprisant ou véhiculant de fausses informations ou idées.

 

Allons un peu plus loin sur ce sujet.

La Création d'Adam fait partie des mèmes pour le coronavirus

Mèmes et coronavirus : l’humour dans les contextes de crise

Neil Diamond a publié il y a quelques jours une version alternative de son classique Sweet Caroline. Maintenant, cette chanson est devenue virale en changeant les paroles pour « wash your hands« . Dans une église de Providence, dans le Rhode Island, le prêtre a placé devant la porte une grande pancarte qui dit : « Je n’avais pas prévu de renoncer à tant de choses pendant le Carême« .

Chaque fois que nous ouvrons les réseaux sociaux, nous trouvons des commentaires originaux. Au milieu des mauvaises nouvelles et des images déchirantes, il y a des petites touches d’humour. Par conséquent, nous ne devrions pas nous sentir mal si nous finissons par rire ; car le rire est synonyme de santé. Le rire et le sens de l’humour sont un mécanisme de bien-être pour notre cerveau.

Les mèmes et le coronavirus sont désormais un phénomène courant auquel nous nous sommes habitués. Ce à quoi nous ne nous sommes pas habitués, ce sont les effets de la pandémie, le nombre de personnes infectées, les pertes humaines et l’angoisse.

 

Dans un scénario où nos esprits sont suspendus dans un état d’incertitude permanente, l’humour agit comme un point d’ancrage et comme une stratégie momentanée pour réduire les tensions et les craintes. Ce n’est qu’un pansement, un pansement éphémère, mais en tant que tel, il est nécessaire.

Un exemple de mèmes sur le coronavirus inspiré d'Harry Potter

L’humour dans les scénarios d’adversité, une ressource commune

Bien que le phénomène des mèmes et du coronavirus soit un fait qui germe en ce moment, nous avons déjà connu des situations similaires dans le passé.

Pendant la Première et la Seconde Guerre mondiale, les gens ont peint sur les murs des phrases et des dessins ironiques sur la situation et, en particulier, se moquant de l’ennemi. Les bandes dessinées publiées dans les journaux de l’époque étaient nos mèmes aujourd’hui.

Leur but était de ne pas sous-estimer du tout la situation. L’humour était un radeau de survie et du carburant qui apportait de la motivation à chaque soldat, à chaque personne essayant de survivre. Au-delà de ce que l’on peut croire, les gens sont « conçus » pour faire usage de leur sens de l’humour même dans les circonstances les plus compliquées.

 

Un exemple, dans une étude menée par le Dr Anne Ghilmette de l’Université Brock au Canada, a montré comment le rire, les blagues et l’humour véhiculés à la télévision, sur les réseaux sociaux ou entre amis agissent comme un mécanisme d’adaptation. Le stress, l’anxiété et la peur se réduisent au minimum, agissant comme une ressource non seulement appropriée mais nécessaire dans des scénarios d’adversité comme celui que nous vivons actuellement.

Les mèmes sur le coronavirus s'inspirent de diverses sources, dont le film Je Suis Une Légende

Les mèmes et le coronavirus, quand l’ingéniosité agit comme un bien commun

Le phénomène des mèmes et des coronavirus présente plus d’avantages que le simple (et nécessaire) fait de nous faire rire. L’une des raisons pour lesquelles ils nous font du bien est que, d’une certaine manière, nous nous identifions tous dans ces images, dans ces phrases.

Les mèmes ont un pouvoir car ils captent notre attention en quelques secondes et nous les interprétons en beaucoup moins de temps. Ce qu’ils nous disent et transmettent est proche de nous parce que nous nous voyons représentés.

Ainsi, le fait de découvrir que nous vivons tous la même chose génère un soulagement et un bien-être. Nous avons tous vu des gens porter des tours de papier toilette dans les supermarchés. Nous sortons tous pour faire nos courses avec un sens de l’héroïsme et des responsabilités peu commun.

 

Egalement, nous avons tous plus ou moins peur d’être infectés. Les masques sont désormais un objet de valeur et de désir, l’accessoire de mode que nous n’aurions jamais voulu inclure dans notre vie quotidienne.

Dans les moments désespérés, l’humour nous recentre et nous unit aussi. Par conséquent, tant que ces mèmes sont respectueux et n’apportent pas d’informations fausses ou offensantes, ils sont les bienvenus. Ce sont des traits d’esprit et de santé qui méritent qu’on les partage.

  • Guilmette, A. M. (2008). Review of The psychology of humor: An integrative approach. Canadian Psychology/Psychologie Canadienne49(3), 267–268. https://doi.org/10.1037/a0012776