Les émotions sociales : quelles sont-elles ?

06 février, 2021
L'amour est l'une des émotions sociales les plus puissantes et distinctives. Cette expérience agit comme un ciment social qui nous permet de construire des liens entre nous et prendre soin de ceux que nous aimons le plus.

Les émotions sociales sont ces états qui ne surgissent que lorsque nous sommes en compagnie de personnes. Un exemple d’émotion sociale serait la honte, une sensation qui fait son apparition en plaçant dans les yeux des autres notre propre évaluation.

Il peut s’agir d’expériences aussi positives que négatives, qui orchestrent nos relations et même la façon dont nous nous voyons. Il existe d’ailleurs un fait très intéressant dans ce domaine. Chaque langue dispose de la définition d’états émotionnels concrets qui ne surgissent qu’au sein de groupes sociaux.

C’est par exemple le cas du terme allemand Schadenfreude. Ce mot peut se traduire en tant que plaisir d’observer le malheur d’autrui, ou se réjouir du malheur de l’autre.

En français, nous avons une expression beaucoup plus enrichissante : retrouvailles. Ce terme symbolise cette joie que nous ne ressentons que lorsque nous tombons sur quelqu’un que nous apprécions et que nous n’avons pas vu depuis longtemps.

Ainsi, comme nous pouvons le voir, nous pouvons ressentir beaucoup de sensations, de sentiments et de réactions quand nous faisons partie de la société. C’est pour cela que les experts ont tendance à différencier les émotions individuelles des émotions sociales.

Ces dernières sont peut-être plus intéressantes parce qu’elles se transfèrent, se transmettent, nous permettent de créer des liens entre nous, même si elles peuvent parfois représenter des motifs de problèmes et de désaccords. Analysons cela dès maintenant.

Deux amis qui discutent.

Les émotions sociales : quelles sont-elles ?

Le rôle que jouent les émotions dans chaque partie de notre vie est déterminant. Et, curieusement, nous n’en sommes pas toujours conscients. En général, nous comprenons ces états psychophysiologiques comme des états internes qui nous préparent à développer des comportements pour réagir face aux exigences de notre environnement.

Mais réfléchissons-y : une grande partie de ces défis sont liés aux groupes de personnes qui nous entourent. Le stress au travail, les complexités des relations affectives et familiales, l’amitié… Nous sommes des êtres sociaux et, par conséquent, il est habituel de voir éclater ces états auxquels nous donnons le nom d’émotions sociales.

Certaines études, comme celle de l’Université d’Amsterdam (Pays-Bas), signalent une chose intéressante à ce sujet. L’être humain se définit par une série d’émotions basiques, telles que la joie, la peur, la tristesse, le dégoût, la surprise…

Si nous ne vivions pas dans des groupes sociaux, nous ne ressentirions probablement pas toute une série d’états qui ne surgissent que lorsque nous partageons des espaces avec d’autres personnes.

Si nous laissions un enfant abandonné à son sort sur une île désert, il ne développerait sûrement jamais un bon nombre de ces émotions, celles qui ne se développent que dans un contexte social, pour le meilleur ou pour le pire. Analysons-les.

L’envie et la jalousie, des émotions sociales

Même si elles ne renvoient pas à la même chose, nous pouvons les placer presque dans la même sphère. La jalousie et l’envie sont deux des émotions sociales les plus classiques.

Elles ne surgissent que dans nos relations avec nos pairs. Le désir d’avoir ce que l’autre a et la peur de perdre l’affection de quelqu’un au profit de tierces personnes sont des états que nous ne connaîtrions pas si nous étions seuls.

L’admiration

Cette dimension est comme une poupée russe : quand on en ouvre une, il y en a beaucoup d’autres derrière. L’admiration est un mélange d’affection, de pincées de surprise, d’attirance et même de joie.

Ce sont des états que nous projetons vers une ou plusieurs personnes. Et ce, parce qu’il y a quelque chose, en elles, qui nous plaît, nous inspire et nous tient particulièrement à cœur.

La compassion et le sentiment de solidarité, d’autres émotions sociales

Il est vrai que la compassion pourrait aussi être considérée comme une émotion individuelle. En fin de compte, il est possible et assez habituel de ressentir de la compassion pour soi-même. Néanmoins, elle acquiert son véritable sens quand nous la relions à d’autres personnes.

La compassion et le sentiment de solidarité sont deux émotions sociales de grande valeur. Grâce à elles, nous aidons les autres, nous nous mobilisons et nous donnons un sens à cet aspect social de l’être humain.

L’amour

L’amour est cet exercice qui oxygène et donne vie aux émotions sociales. Aimer sous toutes ses formes, que ce soit notre conjoint-e, nos enfants, nos proches ou nos amis est ce tendon psychologique qui nous donne de la force, un sens et un but. Peu d’émotions sociales sont aussi transcendantes.

Un couple amoureux.

La honte

Nous en parlions au tout début. La honte se mêle à la peur parce qu’elle nous empêche de montrer aux autres qui nous sommes.

Cette crainte se nourrit de l’angoisse du discrédit d’autrui, du jugement que d’autres personnes feront de nous-mêmes. Ce manque d’acceptation, de valorisation et de tolérance vis-à-vis de nous-mêmes n’apparaît que dans des sphères sociales et crée un état qui sape clairement l’identité et l’estime de soi.

La culpabilité et le remord

La culpabilité et le remord sont deux des émotions sociales les plus habituelles. Se sentir mal pour avoir fait du mal à quelqu’un avec notre comportement, nos mots ou nos attitudes est un phénomène récurrent depuis la nuit des temps.

Percevoir que nous n’avons pas agi d’une bonne façon avec quelqu’un et souffrir à cause de cela nous aide à apprendre de notre comportement. Cela nous pousse aussi à vouloir être meilleurs.

Le but de tous ces états, expériences internes et sensations donne lieu à un tissu psychologique unique et transcendant qui ne se développe que dans des groupes de personnes. Le comprendre, connaître le but de ces émotions et nous réguler facilitera la cohabitation et le bien-être.

  • Aronson, E. (2000). El animal social. Madrid: Alianza Editorial.
  • Bericat, E. (2016). The sociology of emotions: Four decades of progress. Current Sociology64(3), 491–513. https://doi.org/10.1177/0011392115588355
  • Van Kleef, G. A., Cheshin, A., Fischer, A. H., & Schneider, I. K. (2016, June 14). Editorial: The social nature of emotions. Frontiers in Psychology. Frontiers Research Foundation. https://doi.org/10.3389/fpsyg.2016.00896