Les 7 péchés de la mémoire selon Daniel Schacter

· 4 janvier 2019
Avez-vous déjà entendu parler de ce concept ?

Daniel Schacter est un chercheur dans le domaine de la mémoire, psychologue cognitif et professeur de psychologie à l’Université d’Harvard. Ses recherches nous montrent que notre mémoire a tendance à faire sept fautes qui, de par leur fonctionnement, se retrouvent chez tous les êtres humains. On appelle ces sept erreurs les sept péchés de la mémoire.

Schacter explique que les recherches ont révélé que le processus consistant à se souvenir et à retrouver la mémoire est une activité constructive. Il signale aussi que le système de mémoire humaine n’est pas parfait. Ce dernier a en effet des déficiences et nous sommes tous affectés par ces failles de la mémoire dans notre vie quotidienne.

Dans son livre Les sept péchés de la mémoire, Schacter classe systématiquement plusieurs distorsions de la mémoire dans sept catégories de base. Selon lui, ces sept catégories de distorsion de la mémoire sont : la fugacité, l’absence, le blocage, la méprise, la suggestibilité, le biais et la persistance.

Cependant, Schacter dit que « ces distorsions de mémoire ne doivent pas être vues comme des failles dans la création du système; elles peuvent être conceptualisées en tant que sous-produits de caractéristiques désirables de la mémoire humaine ».

Il souligne ainsi qu’il existe une preuve que la mémoire satisfait les besoins du présent et que le passé se remodèle avec la connaissance, les croyances et les émotions actuelles. Les erreurs de la mémoire sont aussi fascinantes qu’importantes selon Schacter. Ces péchés de la mémoire se produisent fréquemment dans la vie quotidienne et ne sont pas, en soi, un signe de pathologie. Le problème est que les conséquences qui dérivent habituellement de ce péché mnésique ne sont pas désirées.

péchés de la mémoire

 

Les sept péchés de la mémoire

Daniel Schacter affirme que le mauvais fonctionnement de la mémoire peut se diviser en sept transgressions fondamentales ou péchés. D’un côté, nous retrouvons les péchés d’omission, qui sont le résultat d’un échec au moment de se souvenir d’une idée, d’un fait ou d’un événement (récupération du souvenir). Il s’agit de la fugacité ou caractère transitoire (perte de rétention avec le temps), du manque d’attention ou distension mentale (problèmes d’attention qui entraînent une perte de mémoire) et du blocage (incapacité à récupérer des informations qui sont disponibles dans la mémoire).

De l’autre côté, nous avons les péchés de délégation, qui impliquent différents types de distorsions. Il s’agit de cas où le souvenir est récupéré mais où il y a un problème au niveau de ce souvenir, que ce soit parce qu’il a été mal codifié ou parce qu’on l’a modifié par la suite sans nous en rendre compte.

Dans cette catégorie, nous retrouvons l’absence, la suggestibilité (mémoires qui viennent de suggestions ou d’informations trompeuses) et le biais (effets biaisés de la connaissance actuelle, des croyances et des sentiments dans la mémoire).

Schacter propose un péché final, la persistance, qui est liée aux souvenirs intrusifs ou indésirables que nous ne pouvons pas oublier.

Fugacité ou caractère transitoire

La fugacité ou caractère transitoire fait référence à un affaiblissement, à une détérioration ou à une perte de mémoire avec le temps. En d’autres termes, la détérioration des souvenirs avec le temps. En fait, on peut beaucoup mieux se souvenir des événements récents que de ceux qui sont plus éloignés dans le temps. C’est une caractéristique de base de la mémoire, qui est responsable de beaucoup de problèmes de mémoire.

Le caractère transitoire est causé par l’interférence. Il existe deux types d’interférence: l’interférence proactive, où l’ancienne information inhibe la capacité à se souvenir d’une nouvelle information; et l’interférence rétroactive, où la nouvelle information inhibe la capacité à se souvenir d’une vieille information.

Manque d’attention ou distension mentale

La distension mentale ou manque d’attention implique une rupture dans l’interface entre l’attention et la mémoire. Elle suppose un problème au niveau du point où l’attention et la mémoire interagissent.

Les erreurs de mémoire causés par un manque d’attention (perdre ses clés ou oublier un rendez-vous, par exemple) se produisent souvent quand nous sommes préoccupés par des points qui nous distraient. Nous ne nous focalisons pas sur ce que nous avons besoin de nous rappeler. Au moment de la codification, nous ne prêtons pas une attention suffisante à ce dont nous devrions nous souvenir plus tard.

 

Blocage

Le blocage suppose une recherche frustrée d’informations que nous essayons désespérément de récupérer. Il se produit quand le cerveau essaye de récupérer ou de codifier des informations. Or, à ce moment, une autre mémoire interfère avec lui.

Cette expérience frustrante a lieu même si nous sommes attentifs à la tâche en question et même si le souvenir que l’on veut évoquer ne s’est pas évaporé. En fait, nous nous en rendons compte quand nous récupérons miraculeusement le souvenir bloqué après des heures ou des jours.

Méprise

Le péché de la méprise implique d’assigner un souvenir à la mauvaise source. Il suppose donc la récupération correcte d’information avec le souvenir incorrect de cette source d’information.

La méprise se produit quand les personnes considèrent un élément qu’elles ont déjà vu comme un élément nouveau. Pour elles, ces deux éléments sont cependant similaires sur le plan perceptuel et conceptuel.

Il est important de prendre en compte que la méprise est beaucoup plus habituelle que ce que l’on pourrait penser. Elle a des implications particulièrement importantes dans le domaine légal.

Suggestibilité

La suggestibilité ressemble à la méprise mais on y inclut une suggestion ouverte. Le péché de suggestibilité fait référence aux souvenirs qui s’implantent à la suite de questions, de commentaires ou de suggestions importantes quand une personne essaye de se souvenir d’une expérience passée.

En d’autres termes, la suggestibilité est l’incorporation d’informations erronées dans la mémoire, à cause de questions importantes ou de tromperies.

Biais

Les biais sont des distorsions rétrospectives produits par la connaissance et les croyances actuelles. Ce péché est similaire à celui de la suggestibilité; les sentiments et la vision du monde actuelle biaisent le souvenir d’événements passés.

Ainsi, le péché de biais reflète notre capacité à modifier significativement nos souvenirs sans nous en rendre compte. Nous éditons ou réécrivons souvent complètement nos expériences antérieures sans prendre conscience de ce que nous faisons. En fonction de ce que nous savons ou croyons au moment présent.

Le résultat peut être une représentation biaisée d’un incident spécifique ou même d’une période prolongée dans nos vies. Elle en dit plus sur la façon dont nous nous sentons maintenant que sur ce qui s’est produit dans le passé.

les biais : des péchés de la mémoire

Persistance

La persistance est une faille du système de mémoire qui implique la récupération récurrente d’informations perturbatrices que nous voulions ignorer. Le souvenir persistant peut mener à la formation de phobies, de troubles de stress post-traumatique et même au suicide dans des cas particulièrement perturbants ou intrusifs.

En d’autres termes, la persistance fait référence à des souvenirs non-désirés que les personnes ne peuvent pas oublier. Il peut s’agir de souvenirs associés à un stress post-traumatique. Le péché de persistance implique donc le souvenir répété d’information perturbatrice que nous aimerions oublier.

Commentaires finaux

Même si les péchés de la mémoire ont souvent l’air d’être nos ennemis, ils sont en réalité une conséquence logique de la façon dont fonctionne notre esprit. Ils sont en effet liés aux caractéristiques de la mémoire qui mènent à son bon fonctionnement.

Par conséquent, comme l’affirme Schacter, les péchés ne sont pas de simples éléments gênants que nous devons minimiser ou éviter. On doit les considérer positivement.

Grâce à lui, nous en savons plus sur la façon dont la mémoire a recours au passé pour informer le présent. Sur la façon dont elle préserve les éléments de l’expérience présente pour de futures références. Etc. Et également sur la façon dont elle nous permet de revoir notre passé à volonté. Nous pourrions donc considérer ces péchés de la mémoire comme des qualités, comme des éléments d’un pont qui nous permet de lier l’esprit au monde.