Leonard Cohen, ou quand la poésie devient musique

· 5 mars 2017

À 82 ans et avec une longue vie derrière lui, Leonard Cohen nous a quitté-e-s. Il savait que son cœur cesserait bientôt de battre ; dans l’une de ses dernières interviews au journal The New Yorker, il avait affirmé qu’il était prêt à mourir et que la seule chose qu’il demandait était d’avoir suffisamment de temps pour achever le travail qu’il avait commencé.

Il y a à peine quelques jours, nous apprenions que l’académie suédoise donnait le prix Nobel de littérature à Bob Dylan et certain-e-s affirmaient, non sans raison, que si quelqu’un avait fondé la poésie et la musique, c’était bien Leonard Cohen. Que si quelqu’un méritait un prix de cette envergure pour ses écrits, sans rabaisser Dylan, c’était Leonard. Aujourd’hui, alors que son cœur ne bat plus, nous qui avons eu la chance de profiter de son art pensons que cela aurait été un bel hommage, et mérité.

Depuis ce petit espace, aujourd’hui plus triste en raison de son départ, nous voulions lui rendre hommage en étant auprès de vous.


« L’amour n’a pas de remède, mais c’est le seul remède à tous les maux. »

-Leonard Cohen-


Toute une vie dédiée à la musique et aux lettres

Canadien de naissance et admirateur de Lorca par choix, il parlait dans ses paroles de thèmes comme la sexualité, la religion, la politique ou l’isolement, mais ses messages parlaient surtout d’amour. Un sentiment qui, à travers ses mots, apparaît comme sensuel, érotique et posé sur le corps nu de la femme. Dans l’amour de ses paroles, il n’y a pas de douleur en raison de la perte, il s’agit d’un amour qui, au contraire, soigne et guérit.

Bien que ses premiers pas aient été avec la guitare acoustique, sa rencontre avec un guitariste espagnol l’a fait tomber amoureux des accords qui pouvaient jaillir d’une guitare classique. Une autre de ses références fut Layton, dont il a dit « je lui ai appris comment s’habiller, il m’a enseigné à vivre pour toujours ».

Après avoir laissé derrière lui une expérience universitaire à New York dont il n’a rien tiré d’intéressant et qu’il a décrit lui-même comme une « passion sans chair, un amour sans orgasme », il est rentré au Canada, et plus particulièrement à Montréal, où il a écrit de la poésie en s’attelant à d’autres occupations qui, économiquement, à ce moment de sa vie, lui ont permis de vivre.

Voyageur infatigable, il a fait la connaissance de celle qui serait l’amour de sa vie à Hydra, au cœur de la mer Égée. Marianne Ihlen venait alors de se séparer du norvégien Axel Jensen, avec lequel elle avait eu un enfant. Elle raconte qu’elle était en train de pleurer dans une épicerie du port d’Hydra quand un inconnu eut pitié d’elle et l’invita à rejoindre son groupe d’ami-e-s. C’était Leonard Cohen, et une idylle passionnée s’est engagée. Elle durera, avec des hauts et des bas, sept ans.

En fait, So long, Marianne, portait à l’origine le titre de Come on, Marianne, et prétendait être une invitation du chanteur pour leur redonner une chance. Un amour qui ne se terminerait plus, aussi profond que celui qu’il ressentait pour les mots, que ce soit en littérature, en poésie ou en musique

Marianne est morte en juillet, victime d’une leucémie, et a laissé un vide chez Leonard qu’il n’a pu ni ne voulu combler. « Je voudrais que tu saches que je suis si près de toi que si tu tendais ta main, je crois que tu toucherais la mienne », écrivit Leonard dans une lettre dédiée à la femme de sa vie.

Le Prix Prince des Asturies et sa vision de la poésie

Lorsqu’on lui a remis le Prix Prince des Asturies (2011), son discours est resté gravé dans le cœur des personnes aimant la poésie. Cohen, avec son costume élégant et son sourire en coin, sur le ton tranquille de celui qui égrène la vie, a dit que les prix qu’il avait reçus pour son travail en tant que poète lui apparaissaient comme étant quelque peu erronés.

Pourquoi ? Il pensait que c’était la poésie qui faisait appel à lui et que, par conséquent, il s’agissait de quelque chose qu’il ne dominait pas. En ce sens, il a affirmé avec son ironie particulière que s’il savait où elle se trouvait, il irait chercher sa compagnie beaucoup plus souvent. Ainsi, il se sentait un peu comme un charlatan du fait d’obtenir un prix pour une chose dans laquelle il ne voyait que du naturel et non pas du mérite.

Mérite ou non, il est clair que son oeuvre est incontestable et que sa qualité en tant qu’auteur a été un cadeau que nous avons reçu. Dans ce bref discours, il disait aussi qu’il avait une guitare espagnole depuis 40 ans et qu’il avait eu l’envie de la sentir avant de partir pour l’Espagne. Il racontait comment, en la sentant, il avait eu la sensation que le bois ne mourait jamais.

Leonard, avec son oeuvre et son génie, s’est assuré d’être du bois pour nos cœurs dans lesquels il ne mourra jamais.