Le sophisme de l’épouvantail

· 7 octobre 2018

Certaines discussions peuvent être désespérantes. Parfois, au lieu d’utiliser des arguments rationnels ou de s’en tenir aux faits, nos « adversaires verbaux » se servent d’arguments peu honnêtes ou font appel aux émotions au lieu de se baser sur la raison. L’un des plus communs est le sophisme de l’épouvantail.

Les sophismes sont formés d’arguments qui, malgré une apparence de vérité, sont complètement faux. Ce sont des lignes de raisonnement tronquées; cependant, il n’est pas rare de les retrouver lorsque l’on soutient différentes postures. Les conclusions qui en dérivent sont erronées ou, plus exactement, ne sont pas nécessairement vraies.

Le sophisme de l’épouvantail se produit quand une personne prend un argument de son opposant et le tergiverse pour qu’il ait l’air moins crédible. Aujourd’hui, c’est l’une des formes de manipulation les plus utilisées. Nous allons maintenant voir en quoi elle consiste et citerons plusieurs exemples.

Les sophismes, qu’est-ce que c’est ?

L’étude des sophismes fait partie de disciplines comme la philosophie et la psychologie. Depuis des siècles, on a essayé d’identifier différentes formes d’arguments erronés qui avaient l’air justes.

conversation sur le sophisme de l'épouvantail

Pendant très longtemps, on a pensé que les êtres humains avaient la capacité de penser rationnellement. Cependant, lors de ces dernières décennies, les recherches ont signalé que la rationalité était plutôt une exception. Contrairement à ce que l’on avait cru jusque là, les hommes ont tendance à se laisser emporter par des biais inconscients.

Ainsi, lorsqu’on nous présente un raisonnement, il nous est souvent difficile de savoir si la logique utilisée est valide ou non. Quand un argument semble rationnel mais ne l’est pas réellement, nous sommes face à un sophisme. Il en existe différentes sortes mais l’un des plus habituels est celui de l’épouvantail.

Qu’est-ce que le sophisme de l’épouvantail ?

Le sophisme de l’épouvantail consiste à modifier un argument valide de notre rival par un autre qui y ressemble mais qui est faux. De cette façon, il est plus simple de le réfuter et de faire perdre de la crédibilité à l’autre personne. En général, on l’utilise pour défendre des idéologies politiques, religieuses et sociales.

On retrouve habituellement le sophisme de l’épouvantail avec des sujets comme l’avortement ou l’immigration. Nous pouvons aussi le croiser dans des débats politiques, dans les médias ou dans des communiqués officiels. L’intention et l’objectif sont simples: ne pas avoir à faire face aux arguments des autres. Car grâce au sophisme de l’épouvantail, les arguments de l’adversaires sont remplacés par des arguments absurdes.

La structure du sophisme est la suivante :

  • Une personne énonce un argument « A ».
  • Son interlocuteur le transforme et le substitue par un argument « B ». Celui-ci ressemble au premier mais est faux.
  • La seconde personne réfute l’argument « B ».
  • Etant donné que les arguments ont été comparés, on a l’impression que « A » a aussi été réfuté.

Exemples

Voici quelques exemples pour illustrer en quoi consiste ce sophisme.

1. Lois sur l’alcool

Imaginons un débat sur le changement de l’âge légal pour boire de la bière. La discussion, si nous suivons le sophisme de l’épouvantail, pourrait prendre cette tournure:

  • Personne A. Nous devrions songer à faire descendre l’âge légal pour boire de la bière à 16 ans. À cet âge, le corps humain est déjà préparé pour supporter les effets des boissons alcoolisées.
  • Personne B. C’est de la folie. Si nous commençons à laisser boire les enfants, la société connaîtra de nombreux problèmes.

Comme nous pouvons le voir, la personne B n’a pas répondu à l’argument énoncé par la personne A. Bien au contraire: elle a poussé à l’extrême l’argument que ce dernier évoquait (en comparant les jeunes de 16 ans à des enfants). De cette façon, elle évite une discussion sur le plan rationnel.

conversation entre amis

2. L’évolution humaine

  • Personne A. Les humains ont des ancêtres communs avec les primates. Nous avons beaucoup de preuves à ce sujet.
  • Personne B. Si nous descendons du singe, pourquoi y a-t-il encore des chimpanzés?

Dans ce cas, la personne B ne comprend pas bien comment l’évolution fonctionne. Au lieu d’utiliser la logique, elle se sert d’un sophisme qui ne répond pas à ce que la personne A a dit. On pourrait d’ailleurs considérer ce raisonnement fallacieux comme un raisonnement par l’absurde.

Le sophisme de l’épouvantail est l’un des plus communs. Il est donc fondamental de l’identifier et d’être capable de débattre en nous appuyant sur la logique et la rationalité.