Qu’est-ce qui motive l’existence de la religion ?

· 8 octobre 2017

À l’heure actuelle, et si nous nous prenons comme cadre uniquement celui de de la culture occidentale, nous pouvons observer la manière dont la religion est considérée comme privée. Il s’agit de quelque chose que chacun-e doit garder pour lui/elle-même, de sorte que l’externalisation de certains symboles a progressivement perdu sa signification. Cela a été qualifié de laïcité. Les individus doivent être religieux, mais sans extérioriser leurs croyances.

Il ne s’agit toutefois que de théorie dans la mesure où les cultes religieux majoritaires disposent toujours de relations avantageuses avec les États. Bien que la pratique des religions minoritaires soit interdite pour cause de laïcité, celles qui son majoritaires maintiennent un niveau de représentation plus important lors des actions collectives.

Cependant, indépendamment des normes sociales ou juridiques qui entravent les pratiques religieuses, chaque personne vit la religion d’une manière différente. Indépendamment de la religion suivie, les personnes peuvent vivre cette dernière de trois manières différentes.

Religion versus religiosité

Avant de parler d’orientation religieuse, il est essentiel de faire une distinction entre religion et religiosité. Les religions, par définition, sont intemporelles et universelles (elles ne changent pas avec le temps ou dans l’espace), tandis que la religiosité est la façon dont les croyants vivent la religion. La religiosité est une expérience subjective qui dépend de chaque religion et, dans bien des cas, de chaque croyant-e : de sa manière de la vivre et de la représenter.

De cette façon, nous comprenons que la manière dont les personnes vivent la religion (orientation religieuse ou religiosité) ne doit pas nécessairement correspondre aux préceptes de la religion. Parmi toutes les formes de religiosité que nous avons pu observer à travers le monde, la psychologie sociale distingue quatre types d’orientations religieuses . Il s’agit de : l’orientation extrinsèque, l’orientation intrinsèque, l’orientation de recherche et l’intégrisme religieux.

homme religieux

La motivation religieuse extrinsèque et intrinsèque

Initialement, deux catégories ont été proposées : l’orientation extrinsèque et l’orientation intrinsèque. Celles-ci devaient servir à différencier les personnes qui considèrent leurs pratiques religieuses de manière instrumentale – dans le but d’atteindre des fins personnelles ou sociales (par exemple, l’acceptation du groupe) – de celles qui l’interprètent comme une fin en soi (par exemple, en priant en privé). En d’autres termes, les personnes ayant une orientation extrinsèque utilisent la religion alors que celles ayant une orientation intrinsèque considèrent que leur vie comme est motivée par la religion.

Par conséquent, les personnes auraient une orientation intrinsèque lorsque la religion constituerait pour elles une fin en soi, un motif fondamental de la vie, un axe et un critère absolu dans leurs décisions. D’autre part, celles présentant une orientation extrinsèque considèrent la religion comme utilitaire et instrumentale, comme un simple moyen de servir leurs propres intérêts et leurs fins personnelles (sécurité, statut social, divertissement, auto-justification, soutien au style de vie personnel, etc). Comme cela est le cas dans d’autres domaines, beaucoup de personnes présentent ces deux types de motivations.

prière

L’orientation de recherche

Par la suite, aux orientations intrinsèques et extrinsèques a été ajoutée une nouvelle : l’orientation de recherche. Cette dernière se caractérise par la question fondamentale relative à l’existence dans sa globalité. Les personnes ayant cette orientation perçoivent et vivent les doutes religieux comme positifs et restent ouvertes aux possibles changements relatifs aux questions religieuses.

L’orientation de recherche, en ce qui concerne la religion, stimule et favorise un dialogue ouvert et dynamique sur les grandes questions existentielles qui surgissent dans les contradictions et les tragédies de la vie. L’orientation de recherche est une orientation cognitivement ouverte, critique et flexible. Il pourrait même s’agir d’une expression d’attitude caractérisée par le doute et la recherche de l’identité personnelle.

enfants bouddhistes

L’intégrisme religieux

L’intégrisme religieux est défini comme la conviction qu’il existe un ensemble d’enseignements religieux qui façonnent la vérité fondamentale sur l’humanité et la divinité. Cette vérité essentielle s’oppose aux forces du mal qu’il faut combattre. Cette vérité doit être suivie aujourd’hui conformément aux pratiques fondamentales et immuables du passé.

Les personnes présentant une orientation intégriste prétendent avoir une relation spéciale avec Dieu. Elles ont tendance à croire que leur groupe a toujours raison, et que tout les autres ont tort ; ceci les amène à cultiver et à maintenir des préjugés (ce qui les éloigne des autres groupes et, par conséquent, ne leur permet pas de les connaître en profondeur, de sorte que l’expérience leur permet seulement de réaffirmer le stéréotype). Les intégristes ont souvent une orientation extrinsèque, alors que l’orientation intrinsèque et l’orientation de recherche s’y opposent.

Nous pouvons trouver dans l’intégrisme une autre orientation religieuse intégriste. Il s’agit de l’intégrisme intra-textuel. Les personnes ayant cette orientation croient surtout dans la véracité des textes sacrés. Ces personnes sont celles qui suivent le mieux les sacrements de leur religion et leur interprétation de cette dernière est très littérale.

personnes croyantes

La religiosité

Les manières de vivre la religion sont multiples, individualisés par chaque groupe et au sein desdits groupes par chaque personne. De sorte que la religion et le contexte influenceront la façon dont chaque personne vit la religion, faisant que la personne s’adaptera différemment. Nous ne devons pas oublier qu’aucune manière de vivre la religion n’est meilleure ou pire qu’une autre. Même une orientation religieuse intégriste n’est pas obligatoirement mauvaise ou pire que les autres.

Le problème apparaît lorsque nous essayons d’imposer aux autres une manière de vivre la religion. S’adapter à une autre forme de religiosité s’avère compliqué et prend du temps. Tant que nous respectons les autres, la coexistence pourrait et devrait être pacifique. Dans le même ordre d’idées, les États ne devraient également pas imposer une manière de vivre la religion ou les stimuler sans réfléchir aux conséquences.