Le pot fêlé, une histoire hindoue pour apprendre à nous regarder

· 17 mars 2018

Voici l’histoire d’un paysan qui, pour vivre, vendait de l’eau au marché. Il avait environ dix jarres. Tous les jours et très tôt le matin, il posait une perche sur son dos. À chaque extrémité était suspendue une jarre; il les portait jusqu’au puits et, ensuite, au centre du village. Cependant, au milieu de tous ces récipients se trouvait un pot fêlé.

Curieusement, cet homme travailleur prenait toujours le pot fêlé pour effectuer son premier voyage du jour. Il le portait, avec une jarre en parfait état, jusqu’au puits dans lequel se trouvait l’eau. Il recueillait ensuite patiemment le liquide et le transportait sur plus de deux kilomètres.

« Ce qui est utile est ce qui nous procure du bonheur. »

-Auguste Rodin-

Bien évidemment, lorsqu’il arrivait au marché, le pot fêlé avait perdu une grande quantité de l’eau qu’il transportait. Par conséquent, le paysan ne pouvait que toucher la moitié de ce qui était convenu. En revanche, la jarre en bon état fonctionnait à merveille et lui permettait de gagner tout l’argent qui était prévu.

Le sentiment de honte du pot fêlé

Rapidement, les autres pots commencèrent à parler de la situation entre eux. Ils ne comprenaient pas pourquoi l’homme conservait encore ce pot fêlé car il lui faisait perdre de l’argent tous les jours. Ils ne comprenaient pas non plus pourquoi il le prenait toujours pour son premier voyage quotidien.

pot fêlé

Par ailleurs, le pot fêlé commença à ressentir de la honteIl avait accompagné le paysan pendant ces dix dernières années et il l’appréciait beaucoup. Il se sentait mal de lui servir de fardeau. Il ne comprenait pas non plus pourquoi cet homme ne l’avait pas jeté à la poubelle.

Il se souvenait de l’époque où il avait été un pot merveilleux, très utile à son propriétaire. Il n’avait pas un seul défaut. C’était l’un des plus forts dans ce trajet quotidien. Cependant, un jour, le paysan avait trébuché. C’est à ce moment qu’il avait presque été brisé et qu’il avait perdu de son utilité. Cela faisait longtemps et l’homme ne s’était encore pas défait de lui.

Le chemin de l’eau

Le paysan avait l’habitude de faire quelque chose qui éveillait la curiosité du pot fêlé et des autres jarres. Parfois, sur son chemin quotidien en direction du puits, avec les récipients vides, l’homme mettait sa main dans sa poche et répandait quelque chose sur le chemin. Aucune jarre ne savait de quoi il s’agissait.

Puis, au bout d’un moment, le paysan cessait de mettre ce quelque chose dans sa poche et de le jeter sur le bord du chemin. Il recommençait un peu plus tard mais, cette fois, du côté opposé. Cela intriguait tous les pots mais, étant donné qu’il ne le faisait pas tout le temps, ils finissaient par oublier cette histoire et leur curiosité disparaissait.

goutte d'eau

Les conversations entre les nouveaux pots tourmentaient le pot fêlé. En réalité, il regrettait d’être si peu utile et de causer du tort à quelqu’un qui l’avait acheté et avait pris soin de lui pendant si longtemps. Par conséquent, il décida de ne pas y réfléchir davantage et de parler au paysan pour qu’il le jette.

Une belle morale

Une nuit, alors que le paysan se préparait à aller se reposer, le pot fêlé l’appela et lui dit qu’il avait besoin de parler avec lui. L’homme l’écouta alors, très attentif à ce que le pot voulait lui dire. Ce dernier, sans préambule, lui dit ce qu’il avait dans la tête. Il savait qu’il l’appréciait mais il n’était pas habitué à n’être qu’un pot sans utilité. Il ne voulait pas que le paysan le conserve par compassion. Il devait le jeter à la poubelle et en finir une bonne fois pour toutes.

Le paysan sourit en l’écoutant. Il lui dit qu’il n’avait jamais songé à le jeter parce que, en réalité, il lui était très utile. « Utile? », demanda le pot. Comment pouvait-il lui être utile s’il ne faisait que lui faire perdre de l’argent tous les jours? L’homme lui demanda de garder son calme. Le lendemain, il lui montrerait pourquoi il avait autant de valeur. Le pot fêlé fut incapable de dormir.

champ

Le lendemain, comme promis, le paysan lui dit: « Je te demande, s’il te plaît, d’observer tout ce qui se trouve de chaque côté du chemin qui mène au puits ». Le pot fut donc extrêmement attentif. Il regardait des deux côtés mais ne voyait qu’un joli chemin plein de fleurs en bourgeons. Lorsqu’ils arrivèrent au puits, il dit au paysan qu’il n’avait pas trouvé de réponse sur ce chemin.

L’homme le regarda avec tendresse et lui dit : « Depuis que tu t’es fêlé, j’ai réfléchi à la meilleure manière de continuer à tirer le meilleur parti de toi. J’ai donc décidé, de temps en temps, de répandre des graines sur le chemin. Grâce à toi, j’ai pu les arroser tous les jours. Et, grâce à toi, une fois que tout a fleuri, je peux cueillir quelques plantes et les vendre sur le marché, à un prix supérieur à celui de l’eau ». Le pot fêlé, très ému, comprit donc quelle avait été sa précieuse mission.