Le dessin infantile et ses étapes

· 4 février 2018

Le dessin infantile, en plus d’être une activité récréative, est l’une des façons qu’ont les enfants pour reproduire la réalité sur une feuille ou tout autre support, que ce soit celle sortant de leur imagination ou la vision particulière qu’ils ont du monde qui les entoure : leurs constructions personnelles du monde.

La relation existant entre les images mentales de l’enfant et ses dessins est très étroite. Tandis que les images mentales sont des imitations intériorisées, le dessin est une imitation extériorisée. Ainsi, dans de nombreux cas, étudier le développement qualitatif du dessin infantile nous permet de comprendre, dans une certaine mesure, la capacité symbolique de l’enfant.

Étapes du dessin infantile

Dans cet article, nous allons parler des différentes études de Luquet sur les étapes du dessin infantile. Dans ces dernières, il commençait par établir que la caractéristique principal du dessin infantile est qu’il est réaliste, étant donné que les enfants se concentrent davantage pour dessiner les caractéristiques de la réalité que les aspects relatifs à la beauté artistique. Les étapes d’évolution du dessin infantile sont: (a) réalisme fortuit, (b) réalisme frustré, (c) réalisme intellectuel et (d) réalisme visuel.

Réalisme fortuit

Le dessin commence par être une prolongation de l’activité motrice qui est reproduite sur un support. Les premières productions de l’enfant vont par conséquent être ce que nous connaissons comme des gribouillages. Ce sont donc les traces laissées par l’enfant après ses premières recherches sur les mouvements. Il s’agit de la base pour les étapes suivantes.

gribouillage

Les enfants commencent rapidement à trouver des similitudes entre leurs dessins et la réalité ou essayent même de la reproduire, même s’ils n’ont pas les habiletés suffisantes pour le faire. Si on leur demande ce qu’ils dessinent, il est possible qu’ils répondent d’abord « rien » mais dès qu’ils trouveront une certaine analogie entre leur dessin et la réalité, ils le considéreront comme une représentation de cette dernière.

Cette étape s’appelle réalisme fortuit car la représentation de la réalité surgit après ou pendant la réalisation du dessin. Il n’y a pas de volonté intentionnelle de dessiner un aspect concret de la réalité. La ressemblance est fortuite ou due au hasard mais l’enfant l’accepte avec enthousiasme et, parfois, essaye même de l’améliorer une fois qu’il a repéré l’analogie.

Réalisme frustré

L’enfant essaye de dessiner quelque chose de précis mais son intention est frustrée à cause de certains obstacles et il ne parvient pas au résultat recherché. Le principal obstacle est le contrôle moteur: l’enfant n’a pas encore développé la précision suffisante pour l’exigence de ses dessins. Un autre problème est le caractère discontinu et limité de l’attention infantile: étant donné qu’il ne prête pas suffisamment d’attention à ce qui l’entoure, il oublie certains détails qui doivent entrer dans le dessin.

Selon Luquet, l’aspect le plus important de cette étape est « l’incapacité synthétique ». Il s’agit de la difficulté de l’enfant à organiser, disposer et orienter les différents éléments du dessin. Au moment de dessiner, la relation existant entre les éléments est très importante car leur organisation est ce qui configure le dessin. Cependant, les problèmes ont des problèmes avec cela au cours de cette étape. Par exemple, lorsqu’ils dessinent un visage, la bouche peut se retrouver au-dessus des yeux.

Réalisme intellectuel

Une fois les obstacles de l’étape antérieure et l’incapacité synthétique franchis, rien n’empêche au dessin infantile d’être complètement réaliste. Or, on retrouve un aspect très curieux: le réalisme infantile n’a rien à voir avec le réalisme de l’adulte. L’enfant ne reproduit pas la réalité telle qu’il la voit : il la reproduit de la façon dont il sait qu’elle est. Nous sommes face à un réalisme intellectuel.

C’est probablement l’étape qui représente le mieux le dessin infantile et la plus intéressante à étudier. Tout au long de cette étape, nous allons voir deux caractéristiques essentielles que présentent les dessins de l’enfant : la « transparence » et le « rabattement ».

dessin du petit prince

Quand nous parlons de « transparence », nous faisons référence à l’enfant lorsqu’il dessine ces choses qui sont cachées, rendant transparent ce qui les éclipse. Par exemple, dessiner un poussin dans un œuf ou des pieds dans des chaussures. L’autre processus, le « rabattement », consiste en la projection de l’objet sur le sol, en ignorant la perspective; un exemple consiste à dessiner la façade d’une maison à la verticale et l’intérieur des chambres vu d’au-dessus.

Ces deux caractéristiques nous montrent à quel point les facteurs visuels ne sont pas importants au moment d’exprimer la réalité en dessin. En revanche, l’enfant se concentre sur sa représentation mentale et essaye de reproduire ce qu’il sait en dessin. C’est pour cela que des « erreurs » apparaissent, comme la transparence de choses opaques ou le peu d’importance accordée à la perspective.

Réalisme visuel

À partir de huit ou neuf ans, on voit apparaître un dessin qui se rapproche de celui de l’adulteoù l’enfant dessine la réalité telle qu’il la voit. Pour faire cela, l’enfant se tient à deux règles: la perspective et le respect du modèle visuel. Les caractéristiques propres au réalisme intellectuel disparaissent complètement, en éliminant les objets non visibles, en adoptant une perspective unique et en maintenant la proportion des dimensions. En d’autres termes, l’enfant adopte un réalisme visuel.

En raison de ce processus, les dessins infantiles perdent cette caractéristique propre qui les définissait. Qui plus est, beaucoup d’enfants commencent à se désintéresser des dessins parce qu’ils ont la sensation que leur habileté ne leur permet pas de faire des dessins qui se rapprochent de la réalité.

Pour conclure, il est intéressant de mentionner que malgré l’établissement d’un développement du dessin en plusieurs étapes, il faut être prudent. Ce développement n’est pas si linéaire que nous pouvons l’imaginer et nous pourrons donc faire face à des progrès ou des retards au cours des différentes phases. Ainsi, face à une tâche plus difficile, il se peut que l’enfant adopte la stratégie d’une étape antérieure.