Le désordre à l'adolescence : un combat perdu d'avance ?

05 janvier, 2021
Le désordre à l'adolescence est une ombre qui peut étendre ses frontières au-delà de l'espace de la chambre. Est-ce seulement une question de paresse ou est-ce plus que cela ? Comment le combattre sans créer de drame à la maison ?

Le désordre à l’adolescence est un motif de disputes à la maison. On l’attribue souvent à la paresse, à la négligence et même au manque d’hygiène.Il peut même faire douter les parents, qui se demandent s’ils ont réellement montré l’exemple, s’ils ont donné une bonne éducation et s’il est possible de le corriger, d’une façon ou d’une autre.

L’univers adolescent est une grande boîte pleine de surprises et d’incertitudes. C’est un peu comme ouvrir un paquet qui contient plusieurs petites boîtes s’emboîtant l’une dans l’autre, sans savoir ce que contient la dernière. Surtout au niveau des comportements des adolescents, car il n’est pas toujours possible de les prévenir ou même de les anticiper.

Ainsi, beaucoup de parents sont désorientés par l’irruption d’une période merveilleuse, mais trop controversée. Pendant qu’un adolescent cherche à se faire une place dans le monde adulte, ses parents essaient de l’aider, même s’ils ne vont pas toujours dans la même direction. Voyons ce qu’il se produit lorsque l’on aborde le désordre à l’adolescence.

La chambre d'un adolescent en désordre.

La fainéantise, le désordre et les odeurs : une constante

Pendant l’adolescence, plusieurs aspects du comportement des jeunes mènent à des critiques et à des disputes familiales. Cela concerne par exemple le fait de ne pas ranger et nettoyer leur chambre, le désordre qu’ils laissent tout le temps derrière eux, le fait de se lever trop tard et de ne pas aider leurs parents avec les tâches ménagères ou toute autre activité.

Le fait de se lever tard est en tête de liste des conflits dans la relation avec les parents. Du point de vue des adultes, il s’agit d’un signe de « fainéantise », et presque d’un cri de guerre. Les parents essaient alors de se battre contre cette supposée « fainéantise » et « négligence », sans comprendre qu’ils portent atteinte à un phénomène biologique et non à une attitude.

La testostérone et les œstrogènes influencent le rythme circadien de l’adolescent et cela le pousse à se lever tard. Ce n’est pas un acte de rébellion prémédité. Bien entendu, cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas d’enfants paresseux ou peu responsables. Néanmoins, la base de la transformation du sommeil à l’adolescence se doit à cette turgescence hormonale.

Le désordre dans la chambre est un autre point que les parents combattent activement. En général, un adolescent peut passer des mois sans ramasser ou jeter une boule de papier, un verre utilisé, un pot de yaourt à moitié fini ou un paquet de chips, des vêtements sales, une pile de papiers du lycée qui ne sert plus à rien, des chaussettes qui semblent orphelines, entre autres choses.

Ce désordre va aussi au-delà des limites de leur vie privée : les vêtements jetés partout, les assiettes sales, le fait de ne pas collaborer pour mettre ou débarrasser la table, ne pas aider en ce qui concerne les courses au supermarché, expriment non seulement la célébrissime « rébellion adolescente » mais aussi le désordre et la saleté.

Dans une tentative de mettre fin à la fainéantise, au désordre, aux mauvaises odeurs et à la saleté, les parents entrent dans la chambre pour ranger, nettoyer et essayer de faire en sorte que leurs enfants acquièrent l’habituded’être propres et ordonnés, au moins dans cette pièce. Or, ils le font souvent de manière intrusive, ce qui finit par déclencher la colère de l’adolescent.

Ménage et espace personnel : accès limité

Au-delà des questions relatives à l’hygiène et au ménage, la gestion de la propriété d’espaces personnels fait aussi partie des changements à l’adolescence. Et, d’une façon ou d’une autre, de la dynamique familiale.

Avant, l’enfant permettait l’accès à sa chambre. Ses parents, grands-parents, oncles/tantes, amis, ne devaient payer aucun ticket de péage pour y entrer et partager un moment avec lui. L’enfant offrait ses jouets, ses consoles, ses peintures, ses crayons, etc.

Or, une fois que l’adolescence commence, les règles du jeu changent. Le jeune commence à avoir un sens de la propriété par rapport à ses objets et espaces, principalement dans sa chambre.

Il fixe donc des limites. Il peut par exemple placer un panneau sur sa porte disant « frappez avant d’entrer » et se fâcher lorsque quelqu’un décide d’entrer sans autorisation, même si ce n’est que pour un instant.

En même temps, étant donné que l’ordre et le soin ne sont pas évidents dans le royaume de l’adolescent, l’intromission des parents se renforce, dans leur soif de ranger et de nettoyer l’espace. Cela débouche sur des disputes et des conflits en permanence.

La turgescence hormonale : marque des frontières et fixe des limites

Tous ces changements sont dus, en partie, à la turgescence hormonale. Chez l’adolescent, la hausse de testostérone, associée à l’hormone de la vasopressine qui agit en tant qu’hormone de la séduction et de la défense du territoire, font qu’il commence à délimiter ses propres espaces et transforme sa chambre en épicentre. C’est son domaine, sa propriété.

La vasopressine pousse le jeune à développer des comportements qui le mènent à défendre farouchement son fief. Elle surgit dans le flux sanguin et s’exprime à travers des actions telles que : ne pas laisser entrer n’importe qui dans sa chambre, défendre sa famille, son groupe d’amis ou son équipe préférée.

Au-delà de la défense territoriale, la quête d’espaces intimes implique que l’adolescent commence à se différencier du clan familial. Il commence à écouter sa propre musique, à regarder ses programmes de télévision, à lire ses livres, etc. Cela implique aussi qu’il commence à avoir besoin d’espace pour fantasmer sexuellement et chercher du plaisir en se masturbant.

Hormones, odeurs… et la douche ?

La douche n’est pas toujours la meilleure alliée de l’adolescent. Il est vrai que certains jeunes n’ont pas de problème avec cela mais, pour d’autres, c’est tout le contraire. Par ailleurs, certains adolescents contrôlent parfaitement leur odeur corporelle, alors que d’autres non.

Les hormones, en plus de jouer avec le rythme circadien et le comportement des adolescents, influent aussi sur les questions d’odeurs corporelles et de relation d’amour-haine avec la douche (ou tout le rituel d’hygiène personnelle). Suite à l’activité des androgènes et des œstrogènes, les odeurs s’exacerbent.

En même temps, les glandes sébacées opèrent à 100 %. Ainsi, le visage et d’autres parties du corps, cheveux inclus, deviennent plus gras que d’habitude. La transpiration acquiert une odeur acide et profondes dans plusieurs zones du corps, pieds inclus.

De façon abrupte, le corps de l’adolescent a abandonné son odeur de bébé. Il a multiplié les odeurs et la séborrhée, raison pour laquelle la douche devient un besoin impérieux, qu’ils le veuillent – et le comprennent – ou non. Avant, au moment de l’enfance, on pouvait sauter la douche ; à l’adolescence, ce n’est absolument pas recommandé.

Même si on pourrait en déduire qu’une grande partie du primitivisme des odeurs est lié à ce moment d’éveil sexuel adolescent, le résultat de cette révolution hormonale est la production d’odeurs qui identifient le mâle et la femelle.

C’est une chose très caractéristique des espèces animales. Ces derniers identifient la présence d’animaux du sexe opposé en fonction des odeurs corporelles.

La tolérance, la clé contre le désordre de l’adolescent

S’il faut bien prendre en compte l’influence de la turgescence hormonale dans de nombreux domaines de la vie de l’adolescent, cela ne veut pas dire que les parents ne doivent pas fixer de limites. Ces limites permettront à leurs enfants d’être plus ordonnés, propres et de vivre davantage au jour le jour.

Les parents doivent maintenir une certaine tolérance lorsqu’ils apprennent à leurs enfants à être propres et ordonnés. Et ce, en sachant qu’ils font face à des composantes de nature comportementale et biologique.

En général, les jeunes croient tout savoir et tout contrôler. C’est pour cela qu’ils chutent avec fracas quand ils échouent lors d’une expérience. Néanmoins, ils ne le reconnaîtront jamais devant leurs parents. Car s’il y a bien une chose qui fait partie du tableau de la rébellion adolescente, c’est l’obstination au moment de reconnaître ses erreurs.

Dans les jeux d’interaction, les triangulations sont à l’ordre du jour dans le monde adolescent. Or, comme nous le savons, les triangles sont des jeux extrêmement conflictuels dans les relations humaines.

Ces triangles consistent en l’alliance de deux membres qui s’allient contre un troisième. Ce deux contre un mène inévitablement à la dispute. Ou, du moins, à la disqualification de l’un des intégrants du triangle (le troisième exclus). Les situations et les endroits changent, mais les jeux de communication se répètent.

Pour résumer, le plus important est que les jeunes puissent apprendre de l’adolescence. Pour cela, l’essentiel est que les parents soient des maîtres clairs, patients, tolérants et sensibles, en dépit des panneaux « frappez avant d’entrer », du désordre sur leur passage, des hauts et des bas, des conflits lorsqu’il s’agit de parvenir à un accord… Car tout cela fait partie du processus.