Le cortex entorhinal, la zone où la mémoire est consolidée

16 novembre 2019
Au cours des dernières années, de nombreux progrès ont été réalisés dans la compréhension du cortex entorhinal. On a découvert, par exemple, que la stimulation de cette zone favorise la neurogenèse et l'amélioration de la mémoire spatiale.

On sait depuis longtemps que les premiers signes de la maladie d’Alzheimer proviennent du cortex entorhinal. Une zone qui se connecte directement à l’hippocampe et qui est la clé de tous les processus liés à la mémoire épisodique, autobiographique et spatiale. C’est aussi cette structure qui protège notre identité et notre capacité d’adaptation à l’environnement.

Ces dernières années, les progrès des neurosciences sont encourageants. On comprend déjà comment la protéine TAU s’accumule de façon remarquable dans cette région de notre cerveau. Et comment elle favorise ainsi une lente neurodégénérescence. Cependant, des études comme celle publiée en 2011 dans le Journal of Neuroscience, par exemple, nous fournissent des données vraiment positives.

Il y est constaté que l’application d’une stimulation électrique dans le cortex entorhinal favorise la production de cellules granulaires dentées, qui sont progressivement intégrées dans les réseaux hippocampiques. En d’autres termes, la neurogenèse est produite, ce qui tend à améliorer légèrement les processus cognitifs liés à la mémoire chez ces patients.

Il ne fait aucun doute qu’il s’agit là de petites avancées. Cependant, à l’heure actuelle, les stratégies basées sur la stimulation cérébrale non invasive donnent des résultats intéressants. En savoir plus sur le cortex entorhinal.

« Les neurosciences sont de loin la branche la plus passionnante de la science, car le cerveau est l’objet le plus fascinant de l’univers. Chaque cerveau humain est différent, le cerveau rend chaque être humain unique et définit qui il est. »

-Stanley B. Prusiner-

Une illustration du cerveau et du cortex entorhinal

Fonctions du cortex entorhinal

Le cortex entorhinal est une région du cerveau située dans le lobe temporal médial. Il est souvent défini comme cette zone « d’interface » qui travaille en communication constante avec l’hippocampe et le néocortex. Il convient également de noter qu’il est divisé en deux régions : médiane et latérale.

Le cortex entorhinal est également une structure avec de multiples connexions aux différentes zones du cerveau. Le cortex entorhinal agit, par exemple, en conjonction avec les voies olfactives et visuelles. Il est également liée aux lobes temporal, pariétal et frontal. Cependant, comme nous l’avons déjà souligné, sa tâche principale est d’agir comme un pont direct avec l’hippocampe.

Il est également important de savoir que l’intérêt pour le cortex entorhinal est apparu à la fin du XIXe siècle avec Santiago Ramón y Cajal. C’est au milieu de ses études qu’il a compris les fonctions du système nerveux lorsqu’il a découvert une partie particulière du cortex temporal postérieur qui a incroyablement attiré son attention.

Il a trouvé fascinant le grand nombre de connexions qu’il avait avec l’ensemble du cerveau. Jetons donc un coup d’œil à ses fonctions.

Mémoire déclarative et spatiale

Le cortex entorhinal est essentiel à l’établissement de deux types de mémoire : déclarative et spatiale. Cela signifie que cette connexion constante avec l’hippocampe nous permet, entre autres, d’intégrer les événements qui composent notre mémoire déclarative, épisodique et sémantique. C’est dans cette région que notre identité, notre récit interne, notre histoire personnelle sont pour ainsi dire sculptés.

En même temps, il nous aide aussi à nous orienter dans l’espace qui nous entoure, à nous situer dans tout scénario.

Une femme à la croisée des chemins

Mémoire émotionnelle

Comme nous l’avons souligné, le cortex entorhinal envoie et reçoit des informations à l’hippocampe, la structure la plus pertinente du système limbique. Nous ne pouvons pas oublier que cette zone est également liée à l’amygdale, il est donc inévitable que chaque mémoire ait aussi une composante émotionnelle.

Tous ces processus sont intégrés et stockés dans cette petite structure pertinente.

Centre olfactif

Le cortex entorhinal intègre différentes parties du cortex olfactif. Dans le règne animal, et surtout chez les prédateurs, il en couvre une plus grande partie, mais chez l’homme et les primates, le bulbe olfactif ne relie que 10% de sa structure avec le cortex entorhinal.

Cependant, il est généralement interprété que, dans notre cas, ce lien facilite avant tout cette mémoire olfactive ; un lieu où l’on crée souvent des ancres avec certains faits du passé et leurs odeurs particulières.

 

Cortex entorhinal et pathologies

Les altérations du cortex entorhinal sont associées à divers troubles. La plus connue est la maladie d’Alzheimer. Ainsi, l’accumulation de la protéine TAU (mutée) avec les enchevêtrements neurofibrillaires qu’elle génère apparaît généralement surtout dans cette zone.

Des études telles que celle menée au Centre médical de l’Université Columbia, qui utilise l’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle, indiquent que cet endroit est la porte d’entrée de cette maladie dévastatrice. De même, il a été possible de vérifier comment la détérioration entorhinale conduit à des déficits cognitifs qui, peu à peu, précèdent la réduction du volume de l’hippocampe. C’est très classique chez les patients atteints de démence de type Alzheimer.

D’autre part, il existe une autre maladie liée au cortex entorhinal : la schizophrénie. Ainsi, des études telles que celle menée à l’Université d’Udine, en Italie, ont permis d’observer une nette réduction dans ce domaine chez tous les patients atteints de ce trouble. Elle apparaît surtout dans la zone droite, formant une asymétrie structurelle très frappante.

Pour conclure. Les progrès réalisés dans la meilleure compréhension de notre architecture cérébrale et de sa fonctionnalité sont sans aucun doute un fait positif. Savoir, par exemple, comment ces maladies dramatiques sont liées à des zones telles que le cortex entorhinal nous permet d’élaborer plus facilement des stratégies adéquates pour arrêter leur progression ou améliorer la qualité de vie de ces patients dans un avenir pas trop lointain (nous l’espérons).

 

  • Chadwick, M.J,; Jolly, A.E.; Amos, D.P.; Hassabis, D. & Spiers, H.J. (2015). A Goal Direction Signal In the Human Entorhinal/Subicular Region. Current Biology, 25: 87-92.
  • Khan, U.A.; Liu, L.; Provenzano, F.A.; Berman, D.E.; Profaci, C.P.; Sloan, R.; Mayeux, R.; Duff, K.E. & Small, S.A. (2014). Molecular drivers and cortical spread of lateral entorhinal cortex dysfunction in preclinical Alzheimer’s disease. Nature Neuroscience, 17: 304–311.