L'attention : une faculté mentale décisive, selon plusieurs penseurs

26 avril, 2020
La profondeur et l'intensité avec laquelle nous vivons, dépend en grande partie de l'attention que nous prêtons à chaque expérience. Il existe aujourd'hui tant de stimuli que nous perdons l'attention et que nous finissons par fragmenter notre conscience.
 

L’attention est une faculté humaine essentielle, non seulement pour l’apprentissage mais également pour la vie en soi. Aujourd’hui, tout semble fait pour nous empêcher d’être attentifs. Nous recevons beaucoup de stimuli en simultané. Cela fait que notre conscience se fragmente. Ainsi, nous concentrer sur quelque chose devient parfois un travail de titan.

Presque toutes les activités que nous réalisons se voient interrompues en permanence. Si nous prenons le temps d’y penser, nous nous rendrons compte qu’il est très rare que nous réalisions une séquence complète d’actions, d’une manière continue. Nous commençons une tâche. Peu de temps après, une alarme du téléphone ou un bruit quelconque détourne notre attention. La distraction est sur la table à tout moment.

L’exemple le plus clair du manque d’attention est notre téléphone que nous vérifions souvent même si nous n’y sommes pas obligés. Mais cette relation nerveuse avec le téléphone n’est rien d’autre que la pointe de l’iceberg des problèmes que nous avons pour être pleinement attentifs sur quelque chose. Nous sommes aujourd’hui structurellement programmés pour nous distraire facilement. La plupart de notre temps, notre raisonnement et nos sentiments sont erratiques.

 

William James

William James a été l’un des pionniers de la psychologie et l’un des chercheurs qui s’est le plus penché sur le sujet de l’attention. Contrairement à ce que pensaient beaucoup de ses contemporains, James a indiqué qu’une expérience n’en devient une que si elle est arbitrée par l’attention. Quand quelqu’un n’est pas attentif à ce qu’il vit, c’est comme s’il ne l’avait pas vécu.

Il indique que ce que nous appelons le « réel » n’est autre que ce à quoi nous faisons attention. Si quelque chose est important pour nous, c’est parce que nous y faisons attention. Dans le cas contraire, c’est comme si cela n’avait jamais existé. Par conséquent, la réalité que nous percevons est toujours une réalité délimitée par nous-mêmes. Nous décidons de nous concentrer sur certains aspects et d’en ignorer d’autres. En ce sens, l’attention définit intégralement notre conscience.

William James a étudié l'attention
 

Pour William James, ce qui caractérise un génie, c’est la capacité à maintenir une attention soutenueIl souligne que quiconque qui soit capable de se concentrer résolument sur un sujet, devient quelqu’un avec la maîtrise suffisante pour se démarquer du reste. Que ce soit le produit de la force de volonté ou d’un intérêt spontané, il est vrai que suivre constamment le fil d’un sujet conduit à sa connaissance profonde et à la naissance de la création, l’invention ou la découverte.

L’attention monétisée

Aujourd’hui, l’attention des personnes est un bien qui génère de l’argentCela fait longtemps que nous ne sommes plus des personnes, des individus ou des sujets, nous sommes désormais des « utilisateurs » de quelque chose. Et l’attention des utilisateurs est un facteur qui se capitalise. Le like, la consultation d’un contenu déterminé ou l’audience est quelque chose que quelqu’un facture au bout du compte. Le marché se dispute notre attention.

C’est précisément le marché, la première source de bombardements de stimuli. Toute l’économie digitale a pour principal pilier la capture de l’attention des gens. Malheureusement, nous tombons facilement dans ces filets. Si quelque chose disperse aujourd’hui l’attention, c’est tout ce monde digital, avec ses nouvelles virales, ses réseaux sociaux et toute la communication frénétique qui existe dans cet environnement.

 

Le résultat final de tout cela est l’attention dispersée. Et l’attention dispersée est une expérience dispersée. Nous passons par des milliers d’expériences quotidiennes. Et, en fin de compte, aucune d’entre elles n’arrive à se convertir en une expérience pleine. Nous passons au-dessus de tout sans nous arrêter sur un élément ou un aspect spécifique. Comme regarder et ne pas regarder, ou écouter sans entendre.

L'attention dispersée d'une femme sur trois écrans

L’attention, un objectif

Oui, il est possible de cultiver et d’éduquer l’attention. Ce n’est pas une question de volonté ni d’avoir recours à la force. Toutes les philosophies orientales évoquent l’importance de la pleine conscience et promeuvent des méthodes pour la développer. L’une d’entre elles est la méditation.

 

Les enfants, quand ils découvrent le monde, se montrent plus attentifs à ce qui les entourent. Ils peuvent passer beaucoup de temps à examiner un jouet ou à observer le comportement de quelqu’un. Faire attention est un exercice de contemplation. Cela va de pair avec la capacité de surprise et l’intérêt de découvrir.

Outre la méditation, le meilleur moyen de développer l’attention est de réduire le nombre de stimuli de manière consciente. Autrement dit, travailler pour désactiver cette tendance à accumuler des informations, des amis, des connaissances, etc. Moins de quantité et plus de qualité. Mons de bruit et plus de silence. Moins de petites expériences et plus d’expériences pleines.

 

 
  • Estévez-González, A., García-Sánchez, C., & Junqué, C. (1997). La atención: una compleja función cerebral. Revista de neurología, 25(148), 1989-1997.