L'akinétopsie, ou la cécité du mouvement

27 février, 2020
L'akinétopsie consiste en l'incapacité à percevoir le mouvement. Une personne présentant cette pathologie aurait de grandes difficultés pour faire une chose aussi simple que traverser la rue. Découvrez avec nous les caractéristiques de ce trouble, ainsi qu'à quoi ressemble la vie des patients qui en souffrent.
 

Qu’est-ce que l’akinétopsie ? Imaginez que, un jour, vous vous leviez le matin, que vous ouvriez le réfrigérateur, que vous preniez le lait pour vous préparer un café et que vous le versiez dans une tasse. Une fois que vous auriez la quantité de lait suffisante, nous relèveriez la bouteille. Jusqu’ici, rien de bien particulier.

Maintenant, changeons de situation : vous commencez à verser le lait, mais rien ne sort de la bouteille. Vous essayez encore, mais toujours pas de lait… Jusqu’à ce que, soudain, la tasse soit remplie à raz-bord et qu’il y ait du lait partout. Comment est-ce possible ? Que s’est-il passé ? Il s’agit là d’un cas d’akinétopsie.

L’akinétopsie consiste en l’incapacité à percevoir des objets en mouvement. Il s’agit d’une agnosie visuelle. Comme le décrient Arnedo, Bembibre et Triviño (2012), une agnosie visuelle est « une altération dans la reconnaissance visuelle des objets (ou des caractéristiques concrètes de stimuli comme la couleur ou le mouvement), avec préservation d’autres capacités visuelles comme l’acuité, le fait de scruter ou encre celui de différencier figure et fond, ainsi que des autres fonctions supérieures ».

Les personnes touchées par l’akinétopsie voient le monde en photogrammes. Elles ont donc de grandes difficultés à mener à bien des activités aussi simples que le fait de traverser une rue. Parce qu’elles voient le monde en photogrammes, elles sont incapables d’apercevoir une voiture en mouvement.

 

Elles la voient là, puis là ; ainsi, dans le meilleur des cas, elles peuvent deviner la transition (vitesse). Par conséquent, étant donné qu’elles manquent de la perception du mouvement et qu’elles ne savent pas à quel niveau se trouve une voiture à un moment donné, elles peuvent facilement se faire renverser.

Dans l’exemple de la tasse du lait, l’astuce consiste à introduire un doigt au bord de la tasse et, ainsi, à noter au travers du toucher à quel moment la tasse est pleine. Cependant, dans d’aires situations, ce n’est pas si facile.

Conduire, par exemple, est une activité interdite aux personnes touchées par l’akinétopsie. Il nous faut également mentionner que si vous connaissez quelqu’un qui présente ce type d’agnosie, il est préférable de ne rien lui lancer à attraper au vol ; sûrement l’objet que vous lui enverrez atterrira-t-il alors en plein dans son visage ou sur elle. Mieux vaut lui passer l’objet en question directement dans sa main.

Les personnes touchées par l’akinétopsie manquent de l’habileté d’unir les images de manière fluide.

Les personnes touchées par l'akinétopsie voient en photogrammes

Les différents types d’akinétopsie

 

L’akinétopsie fine ou discrète

Il s’agit d’un type le plus fréquent d’akinétopsie. Le mouvement est perçu comme une exposition de photographies continues (avec une mise à jour fréquente, si bien que la personne pourra reconstruire le mouvement avec suffisamment de précision). Dans l’exemple de la tasse, au lieu de la voir vide puis pleine d’un coup, les personnes touchées par ce type d’akinétopsie verraient à quelle vitesse la tasse se remplit au travers d’images statiques. Par conséquent, l’akinétopsie fine ou discrète est plus gênante qu’handicapante.

L’akinétopsie macroscopique

Il s’agit là du type d’akinétopsie ayant la moindre incidence, mais aussi la plus sévère. La cécité au mouvement est totale. Les patients affectés par cette pathologie voient l’image d’une voiture au loin, et directement après l’image de la même voiture tout proche d’elles. Elles perdent donc l’information du mouvement entre une image et une autre. Par conséquent, elles sont incapables de prédire le mouvement d’un objet externe à elles. Elles peuvent même parfois être témoins « d’apparitions étranges ».

Imaginez qu’une personne touchée par l’akinétopsie macroscopique soit dans son salon, et qu’une autre personne entre discrètement dans la pièce. Il est fort probable que le sujet souffrant de la pathologie se trouve alors, soudain, face à quelqu’un.

D’où vient le problème ?

L’information visuelle circule vers l’avant (feedforward), autrement dit, depuis la rétine au thalamus, et du thalamus au cortex occipital. A mesure que le récepteur s’éloigne, cette information acquiert une plus grande complexité informatique. Or, cette information est aussi traitée vers l’arrière (feedback).

 

Ce traitement vers l’arrière, comme le signale Javier Cudeiro (2008) de l’Université de La Corogne, « s’établit via les connexions de retour au travers desquelles une zone déterminée peut influencer (ou moduler) l’activité des zones précédant le système visuel ».

« Notre sens de la vue est comme une caméra. Il capte un grand nombre d’images qui, lorsqu’elles sont reproduites à une vitesse continue, génèrent une sensation de continuité et de mouvement. Chez les patients touchés par l’akinétopsie, cette sensation n’existe pas. Ils voient donc uniquement les images séparément les unes des autres. »

Cudeiro affirme qu’il s’agit d’une découverte de grande importance, et pour cela, il signale pour exemple le lobe temporal. Cette zone semble être essentielle à la perception du mouvement et sa direction. Ainsi, les lésions du lobe temporal ou la micro-stimulation électrique ont permis de vérifier l’apparition de graves déficits tels que l’akinétopsie.

Álvarez et Masjuan (2015) affirment que « l’akinétopsie donne lieu à 3 lésions occipito-pariétales bilatérales (il y a des cas décrits de lésion unilatérale), généralement de cause ischémique ou traumatique. »

A quel problème cérébral est due l'akinétopsie ?
 

Remarques finales

Sans aucun doute, nous parlons là d’une agnosie en pleine phase d’étude ; il nous reste encore bien des choses à découvrir à son sujet. Chaque progrès opéré revêt alors une grande importance en raison de l’apport précieux qu’il peut supposer pour améliorer la qualité de vie des patients, patients dont la vie reste altérée au quotidien.

Álvarez et Mascujan signalent que « ces patients ont la sensation que les objets changent de place plutôt que d’avoir un mouvement continu et fluide, apparaissant et disparaissant à des positions différentes ». A quoi cela doit-il ressembler que d’être pendant une journée dans la peau d’une personne présentant cette agnosie ?

Ces auteurs signalent également que le fait de percevoir ainsi leur environnement provoque chez les patients une grande difficulté à savoir si un objet s’éloigne ou se rapproche. Comment savoir alors si une voiture se rapproche ou s’éloigne ? Comment se déplacer dans un monde en mouvement constant ?