La violence subie dans l'enfance laisse des traces dans le cerveau

12 mars, 2020
La violence dans l'enfance est le moyen le plus évident et le plus déterminant de priver une personne d'une grande partie de sa santé psychologique pour le reste de sa vie.

Des psychologues, des neurologues et des psychiatres se sont exprimés sur la question de savoir si la violence subie dans l’enfance laisse des traces dans le cerveau. De nombreux psychologues affirment que le traitement psychologique devrait ignorer les données des différentes disciplines qui défendent les étiologies organiques des trouble. Selon eux, les aspects organiques ne sont pas le souci des psychologues en traitement.

Cependant, il est de notre devoir de disposer d’autant d’informations précieuses que possible. Par exemple, si de nombreuses études montrent que les personnes qui ont subi des violences dans leur enfance peuvent voir leurs capacités motrices altérées, ces informations peuvent nous être très utiles pour comprendre certains comportements dans certains cas.

Il est possible que le chemin vers une vie autonome nécessite un parcours différent pour les personnes présentant certaines altérations organiques ou neurochimiques. Par exemple, nous savons que différentes études appuient par des données l’hypothèse selon laquelle les personnes qui ont été maltraitées et abusées dans leur enfance voient leur développement cérébral altéré.

Un enfant sur une balançoire vu de dos

Études sur la violence subie pendant l’enfance : traces dans l’ADN et dans le cerveau

Différentes études menées au cours de la dernière décennie à ce sujet. Elles ont montré les effets de la maltraitance des enfants sur l’ADN et le cerveau des victimes. Elles ne sont pas définitives concernant l’irréversibilité de ces empreintes. Cette conclusion relève davantage d’une intervention ultérieure.

Nous allons d’abord passer en revue les recherches les plus remarquables de la dernière décennie. Puis, nous allons découvrir ensemble une dernière étude, publiée en 2019. Elle montre l’intégration de toutes les données collectées jusqu’à présent sur ce sujet.

Une recherche menée en 2009 au Canada

En mars 2009, une équipe de l’Université McGill à Montréal a publié un article dans la revue Science et Vie sur les conséquences génétiques des abus sexuels sur les enfants. Les chercheurs y affirment que les abus sexuels sur les enfants sont associés à un risque accru de dépression à l’âge adulte.

Loin d’être seulement psychologique, cette fragilité est aussi génétique, plus précisément épigénétique. C’est ce qu’a découvert une équipe de l’Université McGill après avoir étudié le cerveau de 24 victimes de suicide. 12 d’entre elles ont été abusées sexuellement dans leur enfance.

Ces dernières ont montré une baisse de l’expression du gène NR3C1, qui est impliqué dans la réponse au stress. Une anomalie qui explique la vulnérabilité et la tendance accrue au suicide.

Nous savions que l’environnement pouvait influencer nos gènes. Toutefois, cette étude surprenante montre que les traumatismes peuvent aussi altérer notre identité génétique en modifiant directement l’ADN.

Une recherche menée en 2012 en Suisse

En 2012, le professeur Alain Malafosse du Département de psychiatrie de la Faculté de médecine de l’Université de Genève, a démontré que les abus sur les enfants peuvent laisser des traces dans l’ADN.

Les études ont révélé que le stress généré par la maltraitance des enfants induit une méthylation génétique (modification épigénétique) au niveau du promoteur du gène du récepteur des glucocorticoïdes (NR3C1), qui agit sur l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien.

Cet axe est impliqué dans le processus de gestion du stress. Lorsqu’il est modifié, il interrompt la gestion du stress à l’âge adulte. Cela peut conduire au développement de psychopathologies, comme le trouble de la personnalité limite.

Les mécanismes de régulation du stress cérébral peuvent être modifiés de façon permanente en cas d’abus répétés dans l’enfance. Le traumatisme fait donc partie du génome de toutes nos cellules.

Une recherche menée en 2012 en Allemagne et au Canada

En 2013, un groupe de scientifiques dirigé par le professeur Christine Heim, directrice de l’Institut de psychologie médicale de l’hôpital universitaire de la Charité de Berlin, et le professeur Jens Pruessner, directeur du Centre d’études sur le vieillissement de l’université a présenté une recherche intéressante.

L’étude a utilisé l’imagerie par résonance magnétique pour examiner 51 femmes adultes. Toutes ont été victimes de diverses formes de violence lorsqu’elles étaient enfants. Les scientifiques ont mesuré l’épaisseur de leur cortex cérébral, la structure responsable du traitement de toutes les sensations.

Les résultats ont montré qu’il existe une corrélation entre certaines formes d’abus et l’amincissement du cortex. Il se produit précisément dans les régions du cerveau impliquées dans la perception des abus.

Recherches actuelles sur la relation entre la violence subie pendant l’enfance et la consommation de drogue

Le Dr Martin Teicher et ses collègues ont obtenu l’imagerie par résonance magnétique (IRM) de 265 adultes âgés de 18 à 25 ans. Ils se sont appuyés sur les réponses des jeunes à une série d’instruments d’enquête tels que l’interview TAI et le questionnaire CTQ sur les traumatismes de l’enfance. Les chercheurs ont constaté que 123 d’entre eux avaient été victimes d’abus physiques, émotionnels ou sexuels.

Les chercheurs ont comparé les IRM des participants victimes d’abus avec celles des 142 participants qui n’avaient pas subi d’abus.

L’analyse a montré que l’abus était lié à des altérations de l’architecture du réseau cortical. Principalement, le cortex cingulaire antérieur gauche (chargé de la régulation des émotions et des impulsions), le cortex insulaire antérieur droit (la perception subjective des émotions) et le précuneus droit (la pensée égocentrique).

L’activation accrue du cortex insulaire antérieur suggère également qu’un désir quelque peu irrationnel et incontrôlable de consommer des drogues sans penser aux conséquences est généré chez la personne.

Une femme pleurant car elle a subi la violence dans son enfance

Autres conséquences de la violence subie par les enfants

Elle affecte également la mémoire, l’attention et la capacité à se connaître soi-même. En d’autres termes, puisque la région du gyrus frontal médial est touchée, les personnes qui ont vécu ou vu de la violence peuvent :

  • Avoir de petites pertes de mémoire de périodes de leur vie
  • Mélanger les pensées, les intentions ou les croyances. Mais aussi subir des altérations cognitives et perceptives qui les amènent à réagir émotionnellement de manière disproportionnée
  • Souffrir de petites défaillances dans la coordination motrice et les perceptions sensorielles. Ces dernières font paraître la personne comme maladroite ou malhabile avec son corps

Les régions impliquées dans la surveillance de la conscience interne des émotions deviennent des noyaux d’activité très liés et peuvent exercer une plus grande influence sur le comportement. Dans le même temps, les régions qui contrôlent les impulsions perdent leurs connexions et sont reléguées à une tâche moins centrale au sein du réseau.

Ces changements peuvent jeter les bases d’un risque accru de consommation de drogue et d’autres troubles de la santé mentale.