La peur de briller

· 3 mai 2018

Un des grands paradoxes de l’être humain, c’est celui de vouloir être spécial, mais pour autant, d’avoir peur de briller. Qui donc n’a pas envie d’être reconnu et admiré ? Nous avons tous besoin que les autres voient nos qualités, ou mieux encore, qu’ils les remarquent.

Or, beaucoup se sentent intimidés au moment de sortir du lot. Presque tout le monde, en réalité. En effet, pour sortir du lot, il faut aussi s’écarter un peu du groupe, ne pas rester dans le troupeau. En d’autres termes, se situer dans le registre de ce qui est différent. C’est de là que vient parfois cette peur de briller.

« Votre lumière n’assombrit pas les autres ; elle les fait briller davantage. »

-Amparo Millán-

C’est la raison pour laquelle la première chose à faire consiste à marquer la différence entre deux choses : être approuvé, et sortir du lot. Lorsque vous êtes approuvé, vous recevez cette petite tape dans le dos, ou cette exaltation qui atteste que vous êtes accepté et valorisé par un groupe. Au contraire, en sortant du lot, en brillant de votre propre lumière, vous n’atteignez pas nécessairement l’acceptation. Il est même possible que vous génériez un certain rejet.

Parfois, l’affaire n’est pas si extrême. La peur de briller peut procéder d’une faible estime de soi. Dans ces circonstances, la reconnaissance des autres fait peur. On veut rester dans l’anonymat, même si secrètement, on désire et on a besoin d’être reconnu et admiré.

La peur de briller et la culpabilité

Le succès de l’un, généralement, mène les autres à se sentir mal. C’est inévitable. Une victoire exceptionnelle impacte nécessairement sur les autres, et beaucoup se sentiront inférieurs, même si ce n’est pas votre intention. Une personne peu sûre d’elle considère le succès des autres comme une menace. C’est comme si cela mettait au premier plan le fait que ce n’est pas elle qui a réussi.

homme pensif ayant peur de briller

Tout cela, on le sait instinctivement. Nous pressentons que le succès donne naissance à une hostilité latente ou explicite. La crainte de ces réactions influe sur la peur de briller. On ne veut pas entrer en conflit avec les autres, surtout si ce sont des personnes importantes pour nous.

Il y a des mécanismes inconscients qui mènent souvent à punir ceux qui sortent du lot, ceux qui brillent le plus ou qui ont le plus de pouvoir.

La famille et la peur de briller

La famille est le premier noyau de socialisation et souvent, c’est là que s’installe cette peur de briller. Cela arrive principalement lorsque la famille est dysfonctionnelle ou lorsque qu’y prédominent le manque d’auto-valorisation, la jalousie ou le sentiment d’infériorité. Si l’un des membres d’une famille atteint ainsi le succès, on le voit presque comme une trahison.

Bien sûr, cela n’est pas conscient, mais filtré au travers de comportements tels que celui consistant à interdire de fanfaronner ou à obliger quelqu’un à mettre ses talents au service des autres, précisément parce qu’il « le fait mieux ». On introduit alors l’idée que sortir du lot a des conséquences négatives.

Ainsi, les parents donnent des ordres implicites à leurs enfants. Par exemple, au sein de certaines familles, on peut se sentir terriblement mal lorsqu’on atteint un succès qui nous rend très heureux, car ce même succès rend nos parents malheureux. Comment se sentir bien, en sachant que les autres souffrent ? Il s’agit là d’une source possible de la peur de briller.

Lorsque vous vous démarquez, vous vous exposez

A ce qui a été dit précédemment, on peut ajouter les cas où on ressent la peur de briller car il y a une énorme crainte d’être différent. On craint d’être remis en question ou rejeté. Se démarquer, c’est aussi s’exposer. Et s’exposer signifie faire face à l’opinion des autres, qui n’est pas toujours constructive par rapport à ce qui est nouveau ou différent.

femme n'ayant pas peur de briller

Normalement, cela arrive car on octroie trop de crédit et de valeur au regard des autres. D’où le fait qu’on accorde bien trop d’importance aux attributs qu’approuvent les autres, au lieu d’en donner à ces caractéristiques qui nous rendent uniques. C’est pourquoi, implicitement, se forgent des objectifs qui satisfont l’opinion générale et pas nécessairement ceux qui nous rendent plus heureux.

La peur de briller implique toujours une culpabilité et une crainte d’être rejeté. Nombreux sont ceux qui renoncent à se démarquer, seulement pour conserver l’affection de leur famille, de leurs amis ou de leur partenaire. Pour ne pas « trahir » les autres, ils finissent par se trahir eux-mêmes, en s’incluant dans le malheur commun et en limitant leur développement. Il s’agit là d’une grosse erreur ; en effet, lorsque nous sommes meilleurs, nous pouvons aussi aider les autres à l’être.