La misophonie, ou l’incapacité à tolérer certains sons

· 8 février 2018

Pour en apprendre davantage sur la misophonie et pour comprendre ce qu’elle implique, nous vous invitons à lire ce témoignage : « Je souffre de ce trouble depuis toujours. C’est horrible. Le fait de me retrouver dans n’importe quel moyen de transport me rend complètement folle. Si je ne porte pas de bouchons ou de casque avec de la musique, je deviens nerveuse et irascible. Entendre des personnes taper sur leur clavier d’ordinateur, mâcher leur chewing-gum, mordre leur fourchette en mangeant ou aspirer leur soupe…c’est sans fin. Je ne rêve que d’une chose : pouvoir être un jour enfin tranquille et ne pas avoir à m’isoler avec mon casque… Je ne peux pas avoir de relation de couple stable, il est normal de finir par détester une personne comme moi. »

Ce que vous venez de lire est le témoignage d’une personne qui souffre de misophonie. Mais alors, qu’est-ce que la misophonie ? A la base, la misophonie se définit comme une grande sensibilité (hypersensibilité) à un certain type de sons.

« La réaction, généralement, est la colère, pas le dégoût. L’émotion dominante est la colère. Cela semble être une réponse normale, mais ensuite, elle se produit excessivement. »

-Docteur Sukhbinder Kumar. Université de Newcastle-

Il s’agit d’une des affections qui impliquent une faible tolérance au son, avec l’hyperacousie et la phonophobie. Chez les personnes souffrant de misophonie, le corps réagit d’une certaine manière lorsqu’il est exposé à certains stimuli sonores.

Le mot « misophonie » a été inventé par les médecins Pawel Jastreboff et Margaret Jasterboff en 2000. Ce terme dérive du grec « misos », qui signifie aversion et « foné », qui signifie son. Ainsi, la misophonie peut aussi être définie comme « sensibilité sélective au son ».

femme ayant des maux de tête à cause de la misophonie

Qu’est-ce réellement que la misophonie ?

Comme nous l’avons commenté précédemment, la misophonie consiste en une diminution de la tolérance à certains sons. Quiconque en souffre ne tolère pas d’entendre certains sons. Ce qui pour la majorité des gens sont des bruits de fond, pour d’autres sont des sons profondément désagréables.

Des bruits tels que la mastication, le tintement des couverts ou le tambourinement des doigts deviennent insupportables pour les personnes souffrent de misophonie. Certains des sons qui provoquent ce mal-être ont une intensité relativement basse, de l’ordre de 40 à 50 décibels.

« La caféine et l’alcool empirent cette condition, ce suppose un désavantage pour ces patients. »

-Docteur Sukhbinder Kumar-

Cette aversion pour les sons s’amplifie si les personnes qui produisent ces sons ont des liens sentimentaux avec celles qui souffrent de misophonie. Par exemple, si elles font partie de la même famille ou s’il s’agit d’amis intimes. Meredith Rosol, une maîtresse d’école primaire à Baltimore, a été diagnostiquée de misophonie et affirme qu’elle ne mange plus avec ses parents, ou bien uniquement si elle a des bouchons d’oreilles.

Un des problèmes auxquels on doit faire face lorsque l’on souffre de ce trouble est son diagnostic difficile. Par conséquent, il est aussi compliqué de donner un traitement efficace ; jusqu’à il y a peu, la misophonie n’était pas cataloguée comme une maladie.

« Ces patients saturent lorsqu’ils entendent les sons qui déclenchent la réaction. »

-Docteur Sukhbinder Kumar-

La misophonie est-elle un trouble psychologique ?

Pour certains, la misophonie ne serait pas un trouble psychologique ni une phobie, mais une condition neurologique, un trouble probablement localisé dans certaines structures du système nerveux central.

A ce jour, on ne sait toujours pas d’où pourrait bien provenir cette réaction si « viscérale ». Peut-être cela pourrait-il être dû à des dommages causés au niveau du cortex préfrontal médial, de même que pour les acouphènes, un autre trouble auditif se caractérisant soit par un timbre fantôme, soit par un bruit persistant dans l’oreille. Il s’agit d’une perception communément causée par les cellules ciliées endommagées dans la cochlée.

femme ayant mal aux oreilles

Les symptômes de la misophonie

Les personnes qui souffrent de ce trouble ou de cette maladie ressentent du mal-être, de la colère, de la panique, de la crainte… Elles peuvent même en arriver à imaginer attaquer ce qui produit ces sons. Les sons peuvent être aussi normaux que ceux produits en mangeant, en buvant, en aspirant, en respirant, en toussant, etc.

Ces personnes peuvent aussi en arriver à se sentir gênées par un autre type de sons répétitifs, tels que le masticage du chewing-gum et ses bulles qui éclatent, le craquement des os, etc. Elles manifestent de l’anxiété et ont des comportements d’évitement face aux personnes qui produisent ces sons. Dans certains cas très graves, la personne devient tellement intolérante qu’elle peut présenter des comportements violents envers les objets, les personnes ou les animaux impliqués.

Les personnes souffrant de misophonie peuvent développer une véritable obsession par rapport à ces bruits. L’hypersensibilité s’étend et se produit alors une intolérance envers les personnes qui sont à l’origine des sons ou bien envers les situations dans le cadre desquelles ils sont produits.

« Je ressens une menace et j’ai soudain envie d’attaquer, je me mets en mode ‘combat-fuite’. »

-Mary Jefferson, personne souffrant de misophonie-

Problèmes psychologiques dérivant de la misophonie

Les personnes qui souffrent de misophonie peuvent développer de graves problèmes au niveau psychologique. Elles peuvent se montrer agressives ou prendre la décision d’éviter certaines situations qui précèdent ou motivent leur mal-être. Ainsi, elles peuvent en arriver à s’isoler et à ressentir une profonde solitude.

Puisqu’il existe peu de recours pour traiter leur maladie, leur intégration sociale n’est pas favorisée. Elles ne disposent que de la possibilité d’utiliser des bouchons d’oreilles ou des écouteurs. Autrement dit, elles sont vouées à ne pas écouter les sons à l’origine de leur mal-être, mais pas à résoudre le problème à la racine.

« A chaque fois qu’une personne mange des frites, cela me dérange. Le bruit du sac est suffisant pour déclencher une réaction en moi. Immédiatement, je me dis « Oh mon Dieu, qu’est-ce que ce bruit ? Je dois m’en aller au plus vite, ou faire en sorte que ça s’arrête. »

-Paul Clark, personne souffrant de misophonie-

Quelle est la fréquence de la misophonie ?

Nous ignorons la prévalence de la misophonie. Les personnes qui en souffrent suggèrent qu’elle est plus commune qu’on ne le croit. Chez les patients qui ont des acouphènes, on reporte une prévalence allant jusqu’à 60%.

Les problèmes d’audition sont plus communs qu’on ne le pense. Bien souvent, il existe un traitement adéquat, mais d’autres fois il est plus difficile d’établir un traitement efficace, surtout quand le problème que l’on rencontre est l’hypersensibilité à certains sons. Cela est dû au fait que les facteurs physiques et psychologiques interagissent dans ce type de problèmes.

« Il n’est pas encore clair que ce trouble est si commun, puisqu’il n’existe pas de manière claire de le diagnostiquer et qu’il a été découvert récemment. »

-Docteur Sukhbinder Kumar-

femme écoutant la musique dans un casque

Comment la misophonie se traite-t-elle ?

A ce jour, on ne connaît pas de traitement contre la misophonie. Pour certains patients, la thérapie cognitivo-comportementale s’est révélée efficace, mais pas pour d’autres. Bien des médecins ignorent l’existence de ce trouble car il a été reconnu il y a peu. Cela implique que dans bien des cas, il n’est toujours pas diagnostiqué.

« On pourrait opter pour la diffusion de faibles niveaux d’électricité au travers du crâne, ce qui, selon ce qu’on sait, aide à ajuster la fonction cérébrale. »

-Docteur Sukhbnder Kumar-

Il existe certains traitements psychologiques et hypnotiques qui eux aussi se sont révélés efficaces chez certains patients, mais en général, on ne peut pas affirmer qu’il existe un traitement pour soigner cette condition. Dans l’attente d’un traitement plus adéquat, les personnes affectées restent condamnées à vivre dans un état d’anxiété ou d’isolement si elles choisissent d’éviter les sons qu’elles ne supportent pas.