La Couleur pourpre : grandir avec la douleur dans l’âme

26 février 2020
En ces jours où il semble que la couleur de peau et la place de la femme dans la société génèrent de nouveau une certaine polémique, nous avons voulu ici reparler de ce magnifique film, qu'il convient de revoir pour rafraîchir une mémoire qui semble s'être estompée.

La Couleur pourpre est un roman écrit par l’autrice afro-américaine Alice Walker, ayant reçu un prix Pulitzer. Il a également été adapté au cinéma en 1985, par un magnifique film signé le génial Steven Spielberg. Cette oeuvre nous montre une histoire qui parle de l’identité ethnique, des rôles de genre, de la violence domestique. Mais aussi de la solidarité féminine et des traumatismes profonds.

Ce film est un chef-d’oeuvre que l’on peut analyser dans bien des domaines. Sa mise en scène, son magnifique scénario et son casting d’acteurs sont extraordinaires. Le développement hâtif de profonds traumatismes, la solidarité et le langage au travers de l’écriture sont les clés de cette histoire basée sur l’espoir et le surpassement de soi.

Alice Walker a su magistralement reproduire une horrible réalité, trop récente et trop proche, qui a affecté des millions de personnes. En ces jours où il semble que la couleur de peau et la place de la femme dans la société génèrent de nouveau une certaine polémique, nous avons voulu ici reparler de ce magnifique film, qu’il convient de revoir pour rafraîchir une mémoire qui semble s’être estompée.

L’histoire de La Couleur Pourpre

Le film a lieu au début du XXe siècle dans le sud des Etats-Unis. Il se centre sur la vie de Celie, personnage dont Whoopi Goldberg interprète magistralement le rôle. Celie est une adolescente de 14 ans qui est tombée enceinte plusieurs fois après avoir été violée par son propre père. Ses enfants ont été donnés à l’adoption et toute l’affaire est vécue comme quelque chose de tout à fait normal.

On finit par la marier à un veuf de l’âge de son père. La fonction de Celie et, finalement, celle de toutes les femmes de l’histoire, est celle d’une sorte d’animal qui s’occupe de la maison ainsi que des enfants. Et qui sert d’objet de soulagement sexuel. La seule voie que trouve Celie pour pouvoir vivre dans de telles conditions passe par l’écriture de lettres qu’elle adresse à Dieu. Mais aussi à sa soeur Netie, dont elle a été séparée de force. Ce qui se produit chez Celie, c’est une défragmentation progressive de sa personne.

Il y a principalement 5 femmes afro-américaines qui donnent vie à cette cruelle histoire de maltraitance, de désamour, de perte absolue d’identité et de lutte pour connaître et trouver leur place dans la vie.

Les femmes dans La Couleur pourpre

Grandir avec la douleur dans l’âme

Le film nous montre comment se développe littéralement un traumatisme dissociatif au travers de divers actes de violence successifs de natures physique, sexuelle et psychologique. Ce type de traumatisme est typique des cas de stress post-traumatique et de nombreux abus sexuels pouvant avoir eu lieu à tout âge. Mais plus particulièrement dans l’enfance et dans l’adolescence.

Ce trouble se présente généralement comme le symptôme d’une paralysie émotionnelle. Il s’agit d’une manière d’isoler les émotions négatives que produisent les souvenirs d’un événement traumatique. Quand l’événement est récurrent et qu’il se répète constamment dans le temps, les conséquences peuvent être dévastatrices. La dissociation est un mécanisme de défense qui a des effets paralysants bloquant la mémoire et transférant le traumatisme à la partie physique. Elle s’exprime au travers des émotions, des pulsions de perte de contrôle et de la parole ou sous de nombreuses autres formes dans le langage corporel.

La fragmentation surgit suite à une expérience traumatique et se produit lorsque le traumatisme détruit complètement le système d’auto-protection. On observe alors une rupture dans la connexion avec l’entourage et avec l’attachement. Cela donne lieu à de considérables dégâts dans la perception de sécurité de l’individu et de son estime de lui-même.

Celie dans La Couleur pourpre

Le traumatisme de groupe est celui qui donne lieu à l’espoir

La Couleur pourpre montre une réalité vécue par des millions de femmes dans le monde entier. A savoir, des situations d’abus sexuel et de violence physique ainsi que psychologique dès le plus jeune âge. Dans bien des cas, il s’agit d’un traumatisme spécifique de groupe. Les femmes dont les droits ont été bafoués, et qui ont donc du adopter une stratégie mentale de survie.

Les traumatismes spécifiques de groupe, tout particulièrement chez les femmes, se lient à la chosification. Ce processus les déshumanise et les relègue au rang d’objets non-pensants que l’on peut exploiter, exposer et utiliser à l’envi.

La personne qui souffre de ce type d’abus peut décider, de manière inconsciente, de se séparer mentalement de ce MOI qui souffre. Elle trouve alors là comme un moyen de conserver une part d’elle-même. Lorsqu’on la maintient dans le temps, cette stratégie cause généralement de profonds dégâts ; d’un autre côté, cet abîme qui s’ouvre ensuite n’est pas facile à refermer en une seule intervention. Il s’agit juste là d’une raison de plus pour laquelle les mesures de prévention sont importantes.