Ingmar Bergman, une vie de cinéma

30 août, 2020
Qui était Ingmar Bergman et à quoi ressemblait sa vie ?
 

Ingmar Bergman a été l’un des cinéastes qui a le plus exploré l’âme humaine au fil de sa carrière. Il était également écrivain, réalisateur et producteur de théâtre, de cinéma, de radio et de télévision.

Aussi bien ses personnages que ses ressources cinématographiques étaient très complexes et pleins de nuances. De sorte qu’il est rapidement devenu une icône de son temps, au cinéma comme au théâtre.

Il était presque autant aimé que détesté. Son style, caractérisé par des cadrages audacieux et des thèmes dévastateurs, ne laisse personne indifférent. Le tragique était prédominant dans son discours, de sorte que son œuvre a été perçue comme différente, comme quelque chose qui rompait avec le cinéma de son époque.

La vision qu’il a su capter à travers son œuvre nous rapproche de l’incapacité manifeste des hommes et des femmes à communiquer efficacement. Il a également abordé les grands thèmes de la vie et de l’existence humaine : l’existence de Dieu, la peur de la mort, l’inconstance de l’amour, la consummation de la vie par la superstition, la culpabilité et le repentir.

Ingmar Bergman en plein tournage.

L’enfance qui marquerait sa vie

 

Ingmar est né le 14 juillet 1918 à Upsala, en Suède. Il était le second de trois enfants d’une famille aisée. Nous savons que le garçon a été malade une grande partie de son enfance. Ses parents étaient Karin Åkerblom, une bourgeoisie capricieuse, et Erik Bergman, un pasteur protestant puritain.

Nous savons grâce à ses mémoires qu’il a reçu une éducation reposant sur les préceptes luthériens de culpabilité. A savoir le péché, la confession, la punition, le pardon et la rédemption.

La sévérité de l’environnement dans lequel il a grandi a fait que nombre de ses personnages et œuvres se situaient dans cet univers. Surgissent donc des situations punitives telles que les gifles et les fessées, mais également des formes de violence psychologiques beaucoup plus élaborées.

Il s’est faufilé dans la morgue de l’hôpital Sophia de Stockholm alors qu’il était encore enfant. Son père, un pasteur luthérien strict, y officiait en tant qu’aumônier. Cette expérience marquera à jamais le jeune Bergman.

Dans l’un de ses films, Fanny et Alexandre, le protagoniste de 10 ans traverse des vicissitudes très similaires à celles que le réalisateur primé a dû endurer lors de son enfance. Comme il le disait lui-même, Bergman a appris à faire face à la forte répression qu’il subissait grâce à une imagination débordante.

Ingmar Bergman avait déjà créé un petit théâtre à l’âge de 10 ansIl a lui-même élaboré chacun de ses personnages.

Le réalisateur a déclaré s’être détaché à l’âge adulte des valeurs parentales. L‘artiste maintiendra toutefois d’importantes références aux circonstances de son enfance tout au long de sa vie. Sa filmographie est en effet un clair témoignage des images et des valeurs familiales qui l’ont marqué à jamais.

 

Premiers pas au cinéma

Il a étudié à l’Université de Stockholm, où il a obtenu son diplôme de lettres et histoire de l’art avec une thèse sur le dramaturge August Strindberg. Il a dirigé le théâtre universitaire jusqu’en 1942. Sa carrière a débuté comme assistant de production au Grand Théâtre Dramatique de Stockholm.

Suite à la production de sa pièce de théâtre La Mort de Gaspar (1942), la société de production Svensk Filmindustri (SF) l’a engagé en 1943 pour travailler dans son département des scripts.

Il a ainsi travaillé comme directeur artistique du Théâtre municipal d’Helsingborg entre 1944 et 1952. Ses premiers films, tels que notamment Crise (1946) ou La prison (1948) ont été réalisés pour la société de production SF. La reconnaissance internationale viendra néanmoins avec le film Sourires d’une nuit d’été, largement applaudi au Festival de Cannes de 1956.

L’œuvre d’Ingmar Bergman

Ingmar Bergman a écrit, produit et réalisé des films de genres distincts. En effet, il a aussi bien travaillé sur de la comédie légère que sur du drame psychologique.

Ses films ont toujours été fortement imprégnés par ses dilemmes moraux et métaphysiques. C’est ainsi que Le septième Sceau (1956) est devenu son film le plus emblématique. Il y a en effet étudié la relation de l’Homme avec Dieu et la mort. Les ressources narratives qu’il utilise dans ce film ont laissé une empreinte indélébile dans l’histoire du cinéma.

Le réalisateur recrée sa propre enfance dans Les fraises sauvages (1957). Il impose en revanche ses symétries compositionnelles dans Persona (1966). La maîtrise des gros plans inspirerait par ailleurs de nombreux autres cinéastes. L’utilisation évocatrice du son et de la musique dans ses films est en outre emblématique.

 

La célébrité et le succès deviendront une constante de sa vie dans les années soixante-dix. Nombre de ses films ont été récompensés dans de grands festivals comme le Festival international de Cannes.

Fuyant ses problèmes fiscaux, il a quitté la Suède en 1976 et s’est installé à Munich, en Allemagne. Il y a alors fondé sa propre société de production. Fanny et Alexandre (1982) constitue un film charmant et vivant dans lequel le réalisateur, rompant avec le tragique, reconnaît la joie qu’il portait en lui.

Une scène tirée du Septième Sceau d'Ingmar Bergman.

 

À l’intérieur des personnages du réalisateur

Il existe un thème transversal dans l’œuvre de cet artiste : ses personnages portent un lourd fardeau dans leur esprit et dans leur cœur. Leurs voyages les plongent constamment dans des itinéraires qui les empêchent d’avancer. Le parcours des personnages d’Ingmar est cyclique, c’est-à-dire qu’il les redirige vers eux-mêmes.

Dans ses films, les personnages voyagent au plus profond de leur âme, de leur conscience. Le personnage termine parfois son voyage pour cause de folie ou de mort. Il acquiert en d’autre occasions un état d’illumination et de sagesse lui permettant de comprendre la vie.

 

Mais le voyage vers la conscience ne se produit pas seulement à l’écran. Il attire, transporte et change le spectateur. Il soumet ce dernier à une expérience personnelle, intime et profondément troublante.

Le plus grand succès de Bergman est sa maîtrise de la transmission du conflit intérieur à son public. Le réalisateur réussit en effet à partager avec le public, à travers l’écran, l’état d’angoisse et de tourment de ses personnages. 

L’héritage d’Ingmar Bergman

L‘influence formelle de l’expressionnisme dans son travail cinématographique est largement reconnue. Ressortent en effet particulièrement la sensibilité plastique de l’artiste ainsi que la netteté des images dans une approche picturale. Il en va de même de l’utilisation judicieuse qu’il fait du noir et blanc, dont l’influence lui vient de Victor Sjöström.

Le thème de son œuvre a pour sommet les préoccupations existentialistes et religieuses de l’auteur. Son travail de dramaturge se révèle dans la densité de ses dialogues.

Ses films présentent une narration visuelle lente : la séquence délibérément lente des plans donne au spectateur le temps de réflexion dont il a besoin. Une œuvre qui pourrait être monotone passe à l’immortalité grâce à l’extraordinaire jeu d’acteur et à la richesse du message.

Dans sa vision tourmentée et désespérée, Ingmar Bergman reconnaît l’influence de deux auteurs dramatiques : August Strindberg et Frank Nicholas Petrosinov. Ces auteurs l’accompagneront spirituellement tout au long de sa carrière.

 

Bergman est ainsi devenu un modèle à suivre pour de nombreux jeunes cinéastes. En effet, il était l’exemple parfait du cinéaste qui luttait pour mettre en œuvre le cinéma qu’il voulait vraiment réaliser, celui dont il avait envie à un moment donné et qui naissait au fond de lui.

Coureur de jupons invétéré, le réalisateur est mort le 30 juillet 2007 à l’âge de 89 ans sur l’île de Fårö. Il nous a laissé un héritage incontestable à travers plus de 40 films et pas moins de 100 pièces de théâtre.

La grande audace de cet immense artiste ressort de sa filmographie. Il est en outre parvenu à exorciser ses démons grâce à son travail. De sorte qu’il a établi un style personnel qui allait influencer de nombreux créateurs qui lui ont succédé.