Ma famille ne connaît pas Noam Chomsky

· 7 septembre 2017

 

L’autre jour, en regardant un film, j’ai vu une scène qui a attiré mon attention. Une famille, peu orthodoxe, célébrait l’anniversaire de Noam Chomsky. L’un des enfants, très en colère, se disputait avec son père qui souhaitait célébrer cette date. Son argument reposait sur le fait qu’il désirait fêter Noël comme le font les autres enfants. La réponse du père fut vigoureuse : que préfères-tu ? Rendre hommage à un elfe magique fictif ou célébrer l’anniversaire d’un homme qui lutte pour les droits de l’homme et pour la compréhension ?

Face à un tel argument, le pauvre enfant ne put trouver les mots pour réaffirmer son désir de fêter Noël. Sans chercher à remettre en cause les croyances de millions de personnes, cette scène a attiré mon attention car aucune des personnes qui se trouvaient avec moi ne connaissaient Noam Chomsky. L’une d’entre elles demanda, qui est Noam Chomsky ?

graffiti de Noam Chomsky

 

Contributions à la linguistique

Noam Chomsky est un éminent linguiste, philosophe, activiste et analyste politique, s’apparentant aux courants les plus radicaux et critiques de la pensée politique de son pays. L’une de ses facettes les plus connues est certainement la linguistique. Chomsky a développé une théorie, laquelle fut l’objet de multiples écrits, relative à l’acquisition du langage.

Chomsky a émis l’idée selon laquelle nous disposons à la naissance d’un dispositif cérébral inné nous permettant d’apprendre et d’utiliser le langage de manière quasi instinctive. Son idée, toujours en vigueur actuellement, est venue rompre avec les théories antérieures soutenant que le langage résulte uniquement de l’apprentissage.

Sa théorie supposait qu’il existe des principes grammaticaux universels à toutes les langues. Cette théorie expliquait la rapidité avec laquelle les enfants apprennent à parler. Elle explique également pourquoi les enfants suivent les mêmes étapes lors de l’apprentissage du langage et commettent presque les mêmes erreurs lors du processus.


Cas après cas, nous voyons que le conformisme est un moyen facile, et le chemin vers le privilège et le prestige; la dissidence engendre des coûts personnels

-Noam Chomsky-


Activiste politique

Certaines personnes considèrent Noam Chomsky comme l’intellectuel le plus important de notre époque. Cela est dû, en partie, à sa facette d’activiste. Chomsky se considère anarchiste, plus précisément, de tradition anarcho-syndicaliste, et est un grand défenseur de la désobéissance civile. L’un des exemples auquel Chomsky a recours pour expliquer son penchant pour l’activisme est le suivant:

Imaginez que vous marchez de nuit. Soudain, vous voyez que de l’autre côté de la rue une personne en bat une autre. Sans réfléchir, vous vous dirigez vers le passage protégé pour traverser la rue et apporter votre aide à la victime. Le feu de signalisation pour les piétons est rouge. Que faites-vous ?

Traverser la rue alors que le feu de signalisation est de couleur rouge est illégal. Par conséquent, si vous traversez vous enfreignez la loi. D’autre part, si vous ne traversez pas et attendez que le signal passe au vert vous prnnez le risque que cela soit trop tard pour la victime de l’agression. Si vous attendez, vous n’aurez pas le temps de venir en aide à la personne qui est agressée.

A partir de cette histoire nous pouvons constater que le fait de ne pas respecter les lois peut parfois s’avérer bénéfique. Le non-respect de la législation peut s’avérer utile s’il est conditionné par un intérêt moral supérieur. Dans le cas que nous venons d’exposer, le but est d’aider une autre personne. Pour Chomsky, l’illégalité définie par l’État ne coïncide pas toujours avec ce que les gens considèrent comme illégal et, dans ces cas, devrait être légal.

Pepe Mujica et Noam Chomsky

 

Défenseur des droits de l’homme

C’est à l’occasion de la guerre du Vietnam que Chomsky a débuté sa carrière de critique contre l’absence de démocratie inhérente à certains pays tels que les États Unis. Il a systématiquement lutté contre le manque de cohérence entre l’opinion publique et les décisions politiques. Comme nous avons pu le noter lors de l’histoire antérieure, il est partisan du fait que les mobilisations populaires contraignent les autorités publiques à procéder à de réels changements.

Chomsky, bien que se définissant comme sioniste, a largement critiqué l’État d’Israël même s’il considère la vie dans les kibboutz comme une alternative sociale. Il fut l’un des principaux défenseurs du boycott d’Israël promu par le mouvement BDS (Boycott, Désinvestissements et Sanctions). Ce mouvement tend à exercer une pression politique et économique sur Israël pour mettre un terme à l’occupation israélienne.


Nous ne devrions pas chercher des héros, nous devrions chercher de bonnes idées

-Noam Chomsky-


Il soutient que toutes les personnes devraient participer à la vie politique. Celleux qui s’y dédient, qu’iels soient journalistes, intellectuel-le-s ou politiques, ne sont pas les seul-e-s à avoir le droit de donner leur point de vue. L’une de ses contributions les plus importantes a été l’analyse des médias de communications. Voici quelques unes de ses principales conclusions :

  • Les médias détournent l’attention des problèmes importants.
  • Pour favoriser l’acceptation d’une mesure décriée, les médias l’appliquent graduellement, au compte-gouttes.
  • Pour faire accepter une mesure impopulaire, ils la présentent comme « douloureuse et nécessaire », obtenant l’acceptation publique, sur le moment, en vue d’une application future.
  • Ils font usage de l’aspect émotionnel pour provoquer un court circuit dans l’analyse rationnelle et le sens critique des individus.
  • Ils encouragent le public à croire qu’il est tendance d’être stupide, vulgaire et sans éducation.
Noam Chomsky écrivant sur un tableau

 

Si après avoir découvert un peu plus de la vie de Noam Chomsky, vous considérez que célébrer son anniversaire est important, n’oubliez pas que c’est le 7 décembre. Comme dirait Chomsky: « si vous considérez qu’il n’y a plus d’espoir, assurez-vous alors qu’il n’y en aura pas. Si vous considérez qu’il existe un instinct de liberté, il reste alors encore la possibilité de changer les choses ».