Que sont les benzodiazépines ? Usages et conséquences

· 19 juin 2017

Les benzodiazépines habitent nos tables de nuit et nos sacs à main. Ce sont des comprimés contre la douleur de la vie, la garantie que l’insomnie ne nous traquera pas, et que le monstre de l’anxiété restera endormi, tout comme la souffrance. Ces médicaments magiques et prodigieux sont pourtant très addictifs.

Dans le film « Un été à Osage County« , on dit que ce sont généralement les femmes qui résolvent leurs problèmes avec des comprimés, alors que les hommes utilisent l’alcool. Dans ce film, on peut voir Meryl Streep montrer magistralement cette dramatique réalité de la consommation régulière et incontrôlée de benzodiazépines, encouragée par des médecins qui voient dans ce médicament une ressource facile, rapide et économique pour soulager la souffrance existentielle de leurs patient-e-s.

« Nous traitons le deuil et la peur avec des comprimés, comme si c’était des maladies, alors que ce n’en sont pas. »

-Guillermo Rendueles, psychiatre-

Ce film est une preuve désincarnée, mais véridique, de ce à quoi sont confrontés aujourd’hui les spécialistes : des personnes dépendantes d’une drogue légale prescrite par les médecins, des patient-e-s qui ont besoin de doses toujours plus élevées pour se sentir bien ou même des personnes âgées qui ont consommé pendant des décennies leur « petit comprimé » pour dormir et qui voient aujourd’hui leur qualité de vie extrêmement réduite.

Il y a beaucoup de zones d’ombres dans la composition de ces hypnosédatifs qui ont pour mission de nous rendre la vie plus supportable lorsque les difficultés apparaissent, qu’elles soient réelles ou imaginaires. Personne ne doute de leur efficacité à court terme, qui est d’ailleurs très élevée. Mais, comme nous le savons, les processus d’anxiété ou de dépression peuvent être très longs et le besoin de se sentir soulagé-e trop fort. D’où le risque d’apparition de la dépendance et une symptomatologie dont il est nécessaire de parler.

Que sont les benzodiazépines ?

Il est très probable que le mot « benzodiazépines » ne vous dise rien. Cependant, si l’on vous parle d’orfidal, de tranxilium, de lorazepam, de lexatin, de valium ou de trankimazin, ce n’est plus la même histoire. Une bonne partie de la population en a un jour pris pour une raison déterminée ou vous avez sûrement un proche, un-e ami-e ou un-e collègue de travail qui en a besoin au quotidien.

Mais… que sont réellement les benzodiazépines ?

  • Les benzodiazépines agissent comme des sédatifs (ils ralentissent les fonctions du corps).
  • Ce sont aussi des médicaments psychotropes qui agissent sur le système nerveux central. C’est-à-dire que leur action ne se limite pas seulement à nous relaxer ou à nous endormir, ils sont aussi anti-convulsifs, à l’effet amnésique et myorelaxants.
  • Ils fonctionnent en augmentant l’effet d’une substance chimique cérébrale appelée GABA (acide Gamma amino-butyrique).
  • Le GABA est un inhibiteur cérébral dans les ganglions de la base et dans beaucoup d’aires de la moelle épinière. Sa fonction est de détendre et de réduire l’activité des neurones.

Il faut également dire que les benzodiazépines sont arrivés sur le marché pharmaceutique dans les années 60 pour remplacer les barbituriques. Depuis lors, et avec le lancement par la compagnie pharmaceutique ROCHE en 1963 du fameux valium (diazépam), les benzodiazépines sont devenus les « drogues » de prescription les plus consommées de toute notre histoire.

La consommation de psychotropes mineurs, comme les anxiolytiques, a augmenté de 20% cette année dans le monde entier.

Usages et types de benzodiazépines

Les benzodiazépines sont utilisés pour traiter les troubles de la panique et de l’anxiété généralisée, comme l’insomnie, l’abstinence de l’alcool, l’épilepsie, les troubles affectifs, les douleurs chirurgicales, et même pour servir de médiateur dans la désintoxication à certaines drogues.

De même, comme nous le montrent plusieurs études, dont celle menée à la Faculté de Sciences de la Santé de l’Université de San Jorge à Saragosse en Espagne, les benzodiazépines sont de plus en plus prescrits dans les maisons de retraite. Une donnée importante qui fait que les spécialistes se demandent si les bienfaits cliniques de ces médicaments compensent vraiment leurs effets indésirables.

D’autre part, il faut souligner une fois de plus qu’il s’agit de médicaments qui ne peuvent être consommés que sous prescription médicale, et que même s’ils peuvent être associés à des antidépresseurs ou des antipsychotiques, c’est un-e spécialiste qui doit les prescrire et contrôler la dose à tout moment.

Types de benzodiazépines

Les benzodiazépines sont classés selon leur durée de vie moyenne dans notre organisme. Voyons cela en détail :

Durée prolongée, entre 40 et 200 heures :

  • Clobazam
  • Clorazépate
  • Chlordiazepoxide
  • Diazepam
  • Flurazépam
  • Médazépam
  • Piracetam
  • Clotiazépam
  • Prazépam

Durée intermédiaire, entre 20 et 40 heures

  • Clonazépam
  • Bromazépam
  • Flunitrazépam
  • Nitrazépam

Durée courte, entre 5 et 20 heures

  • Alprazolam.
  • Lormétazépam.
  • Lorazépam.
  • Oxazépam.

Durée réduite, entre 1 et 5 heures

  • Brotizolam.
  • N-fidazolain.

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Effets liés aux benzodiazépines

Les benzodiazépines sont efficaces. Ils n’échouent jamais, ils nous offrent un repos sans interruption, soulagent cette souffrance désespérante après une rupture affective et même nous aident à rendre nos journées de travail plus supportables. Or, tout a un prix dans la vie, et comme des dieux malveillants, ils nous obligent à signer un pacte parfois impossible. Nous ne devrions jamais continuer le traitement au-delà de 4 ou 6 semaines. Car dans ce cas, il y a de très fortes probabilités de générer une dépendance.

La vie continue à faire du mal, les problèmes à peser, l’insomnie à nous harceler et l’anxiété à nous dévorer. Nous demandons de l’aide à notre médecin et lui, sans autres ressources et stratégies, finit par céder, donnant son accord pour cette addiction dévastatrice.

Effets secondaires courants dans l’addiction aux benzodiazépines

  • La somnolence
  • Les nausées
  • La confusion
  • La perte de l’équilibre (surtout chez les personnes âgées)
  • Les troubles de la parole
  • La fragilité musculaire
  • La constipation
  • La bouche sèche
  • La vision floue

Effets progressifs liés à la consommation de benzodiazépines sur la mémoire

Les benzodiazépines réduisent de manière notable notre capacité à accueillir des informations nouvelles. Et pire encore, la consommation prolongée de ces médicaments mène à une rigidité claire des processus cognitifs : nous avons du mal à nous concentrer, à résoudre des problèmes, à retenir des informations, à mettre des idées en lien…

Effets paradoxaux

Une réaction paradoxale à un médicament est l’apparition d’un résultat opposé à celui espéré. Les patient-e-s, au bout de plusieurs mois voire plusieurs années de traitement aux benzodiazépines, peuvent commencer à sentir un ou plusieurs de ces symptômes :

  • L’augmentation de l’anxiété
  • Les sentiments de colère ou d’énervement
  • L’agitation
  • La sensation de mélancolie
  • La dépersonnalisation (sensation d’indifférence de l’entourage)
  • La dépression
  • La déréalisation (sensation que l’entourage n’est pas réel)
  • Les hallucinations
  • Les cauchemars
  • Les changements dans la personnalité
  • La psychose
  • L’inquiétude
  • Les pensées ou les comportements suicidaires

Les benzodiazépines chez les plus de 60 ans

Les médecins de famille prescrivent souvent des benzodiazépines à durée courte pour le traitement de l’insomnie chez les personnes de plus de 60 ans. C’est un procédé courant et a pour objectif la qualité de sommeil et une meilleure qualité de vie. Cependant, les études qui nous alertent des différents risques liés à la consommation prolongée de ces médicaments à un âge avancé sont nombreuses. Voici les risques encourus :

  • Les altérations cognitives et de la mémoire.
  • L’augmentation du risque de chutes et les conséquences qui en résultent (comme la fracture du bassin).
  • Une plus grande probabilité d’accidents de voiture.
  • L’usage de benzodiazépines peut aussi être un marqueur précoce dans les cas de démences.

Tout cela mène à une conclusion très claire : l’utilisation injustifiée à long terme de ces médicaments doit être considérée comme un problème de santé publique.

Laura et l’histoire d’une addiction

Laura a 39 ans, deux enfants de 8 et 3 ans, et travaille dans une entreprise de publicité. Elle a un bon poste, avec de fortes pressions, des objectifs à atteindre et une marque à défendre sur le marché. Il y a des jours où il est compliqué de tout harmoniser : être présente en tant que mère, être une personne créative ayant du succès et être une femme qui essaie chaque jour de dompter le dragon de l’anxiété.

« La consommation régulière de benzodiazépines crée une addiction à long terme, au lieu de traiter le problème ou la maladie. »

Il y a quelques semaines, elle a du entrer à l’hôpital pour soigner un syndrome d’abstinence. Tout a commencé avec des bourdonnements dans les oreilles. Elle ne pouvait se concentrer sur rien d’autre, mis à part ces acouphènes persistants. Puis, sont arrivés les fourmillement dans les bras et les pieds, la sensation de brûlure dans la bouche et cette horrible sensibilité à la lumière.

Son humeur a changé du jour au lendemain. C’est alors que ses enfants ont commencé à avoir peur d’elle, que son monde s’est désaccordé et que la vie s’est écroulée. Rien ne s’emboîtait dans son esprit et elle ne ressentait que l’envie de se cacher dans un petit coin où disparaître, se dissiper, se dissoudre dans le rien.

Quand elle se rendit compte de son addiction aux benzodiazépines, elle n’en crut pas ses oreilles. Il est très difficile d’accepter qu’il est possible de développer une addiction à un médicament qui nous a été prescrit par les médecins. Pourtant, les processus d’anxiété et de dépression sont très longs et le temps de consultation très courts. Dans ces circonstances, il est parfois très compliqué de contrôler l’administration des comprimés.

Laura a essayé d’arrêter en découvrant rapidement que c’était impossible, car les effets sont dévastateurs. La vie n’est pas un chemin tout droit, mais une longue cote qui zigzague, et c’est pour cela que nous avons parfois besoin d’une gélule sous la langue. Des comprimés qui soulagent et qui calment. Cependant, l’addiction aux benzodiazépines est similaire à l’addiction à l’héroïne et parfois, il n’y a pas d’autre option que le centre de traitements et de cures de désintoxication.

Une ressource aussi simple que dangereuse, aussi peu chère au début que coûteuse ensuite

Nous ne pouvons pas rejeter toute la faute sur les médecins. L’organisation sociale, le système et les politiques qui forment nos environnements ne facilitent pas cette attention personnalisée, qui permettrait d’affiner le diagnostic et le traitement. De plus, des facteurs tels que le chômage, la mauvaise qualité de l’emploi, la crise, la pauvreté, le sentiment de solitude ou la mauvaise gestion de nos émotions accentuent souvent ces vides où les médicaments agissent comme des auxiliateurs, comme des dissipateurs de peines et des fournisseurs de bon sommeil.

Pour conclure, il faut savoir que les benzodiazépines sont efficaces à court terme. Au-delà de cette frontière, où la chimie agit comme un sédatif, il est nécessaire d’intégrer d’autres stratégies, d’autres approches qui permettraient de démêler le nœud de nos vies, grâce à la psychothérapie, la volonté personnelle et le soutien authentique, sensible et empathique de notre environnement social. Nous avons la possibilité de faire tout cela, et sans comprimés.

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Références bibliographiques

-Andrés-Trelles, F. (1993) Fármacos utilizados en la ansiedad: benzodiacepinas y otros ansiolíticos. (« Médicaments utilisés dans l’anxiété : benzodiazépines et autres anxiolytiques ») Madrid: MacGraw Hill Interamericana.

-Hardman J. G., Goodman L. S., Gilman A.  (1996) Las bases farmacológicas de la terapéutica. (« Les bases pharmacologiques de la thérapie ») Vol. I. Pages. 385-398. Madrid: MacGraw-Hill Interamericana.

-Robert Whitaker, (2015) Anatomía de una epidemia. (« Anatomie d’une épidémie ») Madrid: Capitán Swing

-Sophie Billioti, Yola Moride , Thierry Ducruet (9-09-2014) Benzodiazepine use and risk of Alzheimer’s disease: case-control study. British Medical Journal, 349, pages 205-206

Eugene Rubin, Charles Zorumski, (2015) How Many People Take Benzodiazepines? Psichology Today https://www.psychologytoday.com/blog/demystifying-psychiatry/201505/how-many-people-take-benzodiazepines