Andy Warhol et ses capsules temporelles

15 juillet 2019
Andy Warhol fut l'un des artistes les plus importants du mouvement artistique connu sous le nom de pop-art développé au 20ème siècle. Au cours de sa vie, il a créé plus de 600 capsules temporelles. Dans cet article, découvrez pourquoi cet artiste décida de garder des objets banals dans ses différentes capsules.

Andy Warhol était certainement l’artiste le plus populaire du pop-art au 20ème siècle. Sa popularité lui a rapidement permis de se démarquer dans le domaine artistique mondial. Il est né le 6 août 1928 à Pittsburgh en Pennsylvanie (Etats-Unis).

En plus d’être un artiste plastique, Andy Warhol a également travaillé dans le cinéma.

On le considère comme l’initiateur et le principal exposant du mouvement nommé pop-art développé dans les années 60.

Ses œuvres d’art produites en masse signalèrent la supposée banalité de la culture commerciale des Etats-Unis.

C’était un homme de talent qui faisait sa propre publicité et savait projeter une image de l’artiste impersonnelle, comme quelque chose de vide. Cependant, cet artiste est une célébrité. C’était un homme d’affaires qui sait gravir les échelons sociaux. Dans cet article, nous nous intéresserons dans la mesure du possible à son personnage et aux clés de son art.

Andy Warhol, vie et héritage

Il était le fils d’immigrants russes provenant de ce qui correspond aujourd’hui à la Slovaquie. Warhol obtint son diplôme, une licence en conception picturale, en 1949 à la faculté de technologie de Carnegie (aujourd’hui Université. de Carnegie Mellon), Pittsburgh.

Ultérieurement, il déménagea à New-York où il travailla en tant qu’illustrateur commercial pendant environ une décennie.

Warhol commença à peindre à la fin des années 50 et sa notoriété se développa soudainement en 1962. A ce moment, il exécutait des peintures sur des boîtes de soupe Campbell, des bouteilles de Coca-Cola et des répliques en bois de pot de savon Brillo.

cadre de couleurs

En 1963, il reproduisait en masse ces images banales de biens de consommation par le biais de sérigraphies photographiques. Peu après, il commença à imprimer des variations infinies de portraits de célébrités aux couleurs flashy.

La technique de la sérigraphie était idéale pour Warhol car l’image répétée se réduisait à un icône culturel et déshumanisé. Cet icône reflétait aussi bien le vide supposé de la culture matérielle américaine que la participation non-émotionnelle de l’artiste à la pratique de son art.

Considérations artistiques

Si nous passons brièvement en revue les principales théories esthétiques, nous nous rendrons compte que pendant très longtemps, l’idée de l’art a été associée à celle de la beauté. L’art embellissait le monde et il était associé à des représentations plus ou moins réalistes. On représentait ce qui était connu.

Avec le temps, ces tendances ont évolué. Cependant, il existe encore une certaine division entre ce que nous considérons comme appartenant à la basse ou à la haute culture. Qu’est-ce qui est digne d’être considéré comme de l’art ?

Les considérations ne sont pas statiques. Nous pouvons d’ailleurs observer une certaine revalorisation accordée par le passage du temps. Par exemple, ce qui est populaire est toujours resté en marge, associé à la culture basse.

Que se passe-t-il au cours du 20ème siècle ? On se rend compte du fait que les influences artistiques ne proviennent pas uniquement de la haute culture, mais également de la culture populaire ou culture de consommation. La télévision, les médias, la musique… Tous ces éléments ont laissé une trace chez les artistes.

Ainsi, dans un monde où tout est susceptible d’être acheté, où tout peut être commercialisé, et donc par conséquent, déshumanisé. Cet art déshumanisé révolutionnera le monde, revendiquera la culture populaire et la société occidentale. L’art ne doit désormais plus répondre à l’idée de la beauté. L’art, comme la société, a évolué.

Le travail de Warhol lui permit d’être considéré comme l’avant-gardiste du pop-art, mouvement émergent aux Etats-Unis. Il est mort le 22 février 1987 à New-York.

Les capsules temporelles d’Andy Warhol

A partir de 1974, Andy Warhol remplit 610 boîtes avec ses objets personnels. Ils les ferma et les envoya à l’entrepôt. En faisant cela, il créa une vaste collection de capsules temporelles.

On considère le projet comme une œuvre d’art en série. Lorsque le musée d’Andy Warhol de Pittsburgh commença à ouvrir et à cataloguer avec soin le contenu des boîtes, on découvrit que celles-ci contenaient des objets quotidiens et pour certains, éphémères.

Les capsules temporelles d’Andy Warhol contiennent des articles de journaux, des courriers, des sandwichs à moitié mangés et des rognures d’ongles de pieds. Elles contiennent également des photographies de projets, listes de courses et des œuvres d’art.

La fondation Andy Warhol embaucha une équipe d’archivistes afin de tout prendre en compte, des tickets de taxi aux courriers de fanatiques. Les archivistes devaient cataloguer méticuleusement l’ensemble des objets, photographier les objets (souvent étranges) et faire des recherches à leur sujet, avant de tout regrouper dans une base de données.

Quelle est la signification des capsules temporelles d’Andy Warhol

L’emballage d’objets extraits de la vie quotidienne est devenu la chaîne et la trame du travail créatif de l’artiste. Les capsules sont une blague visant la culture occidentale. C’est un reflet satirique de notre mode de vie.

L’artiste laissa après sa mort un message qu’il énonçait vivant : « Je peux être artiste sans faire d’art : je suis moi-même l’œuvre d’art ».  La figure de l’artiste s’est donc élevée vers un certain culte de sa propre personne. L’artiste n’est désormais plus celui qui embellit le monde mais le visionnaire et l’excentrique capable de d’identifier la beauté et l’intérêt du quotidien.

Les capsules temporelles évoquent essentiellement la mort. Warhol déclara « tout ce que je fais se réfère à la mort ». Aussi bien les portraits de Marilyn et Elvis que les capsules temporelles traitent de la mort.

Les déchets se convertissent en art, tout trouve sa place : cartes de félicitations, cartes de visite, cendrier d’un restaurant de mode, photographie d’Elvis Presley, papier cadeau et ruban de Noël, message « ne pas déranger » de l’hôtel Beverly Wilshire, etc.

travail d'Andy Warhol

A quoi correspond donc tout ce travail ? Warhol, en avance sur son temps sur plusieurs aspects, sélectionna les objets avec soin et il décida de donner à chacun 15 minutes de gloire. Il est difficile de penser à un autre artiste ayant conservé tout ses déchets et les ayant considérés comme des œuvres d’art.

Un ami de Francis Bacon conserva et vendit aux enchères les objets du peintre après sa mort. Cependant, Bacon ne considérait pas les vieux talons de chéquiers comme artistiques.

Warhol pensa que ses déchets, sur le bureau, étaient précieux et il était convaincu que si le public parvenait à les voir comme tels, ils se convertiraient en œuvre d’art. L’art n’était alors plus réellement un idéal, mais plutôt un point de vue, quelque chose de plus complexe à expérimenter. En fait, les capsules offrirent une vision enchantée de l’un des artistes les plus importants du 20ème siècle.

Le modèle Warhol

Warhol n’est pas seul à penser que les capsules ont une valeur propre. Un admirateur paya la modique somme de 30 000 dollars afin d’avoir le privilège d’ouvrir la dernière capsule.

Warhol développa une personnalité artistique complexe qui joua avec le statut de célébrité de l’artiste et avec les compétences de l’artiste en tant qu’homme d’affaires. Ce modèle a été reproduit par d’autres artistes.

D’une certaine manière, Warhol s’est converti en icône, en symbole d’un moment et d’une révolution. Cet art déshumanisé répond à de nouveaux besoins, à de nouvelles tendances de consommation et à un nouveau style de vie.

La figure de l’artiste a cessé d’être celle d’un artisan passant des heures dans son atelier et elle est devenue celle de quelqu’un reconnu par le grand public. C’est un personnage excentrique ayant une vision particulière du monde qui se convertit en art.

 

  • Ribas, J., & Warhol, A. (1990). Comprar es más americano que pensar. Ajoblanco, 21, 22-41.
  • Honnef, K. (1991). Andy Warhol, 1928-1987: el arte como negocio. Benedikt Taschen.
  • Warhol, A., & Covián, M. (1981). Mi filosofía de A a B y de B a A. Tusquets.
  • Smith, J. W. (2001). Saving Time: Andy Warhol’s Time Capsules. Art Documentation: Journal of the Art Libraries Society of North America, Volumen 20, número 8. Pp. 8-10.