American Crime Story : The Assassination of Gianni Versace, les motifs de Cunanan

27 juin, 2020
American Crime Story : The Assassination of Gianni Versace nous présente une réalité crue et tragique. Andrew Cunanan n'a pas fait qu'assassiner le mythique couturier italien, il a aussi tué 5 autres personnes. La série nous rapproche, en quelque sorte, de la figure de l'assassin.

Des mains d’American Horror Story est née une seconde anthologie criminelle : American Crime Story. Cette fois-ci, nous ne nous retrouvons plus dans un scénario surnaturel et fictif : les sources sont réelles. La seconde saison, American Crime Story : The Assassination of Gianni Versace a beaucoup fait parler d’elle. En effet, traiter un sujet aussi délicat que l’assassinat du fondateur de l’un des plus grands empires de la mode donne toujours lieu à des polémiques.

Ryan Murphy, l’un des cerveaux qui se cache derrière la série, s’est beaucoup intéressé aux anthologies et aux histoires de célébrités. Nous avons déjà pu le voir dans FEUD: Bette and Joan. Il n’a cependant pas reçu que des compliments. Il semblerait en effet que la famille du créateur italien n’ait pas trop apprécié la série. Elle l’aurait même trouvé “fictive”.

Malgré cela, la série ne cherche pas tant que cela à nous faire connaître Versace : elle s’intéresse plutôt à son assassin, Andrew Cunanan. Elle nous rappelle constamment que Gianni Versace n’a pas été sa seule victime. Il y en a eu d’autres mais, étant donné qu’elles n’étaient pas aussi célèbres que le créateur, leurs noms sont vite tombés dans l’oubli.

Lorsque nous voyons un « basé sur des faits réels », nous devons souligner le mot « basé ». Tout n’est pas réel, il y a toujours une part de fiction. Ce que nous voyons dans la série est très attrayant sur le plan visuel. Les décors sont parfaitement soignés et nous avons l’impression de revoir Gianni Versace.

Nous replongeons dans la mode des années 90, nous revoyons quelques-unes des plus célèbres créations de l’Italien. Et nous savourons pleinement les couleurs et le luxe de cette firme incomparable.

Le plus intéressant est cependant la structure de la série, ces va-et-vient dans le temps qui, progressivement, désengrènent la complexité d’Andrew Cunanan.

American Crime Story : The Assassination of Gianni Versace commence in medias res, c’est-à-dire dans le nœud de la trame, quelques heures avant la mort de Versace. On nous dévoile les assassinats dans l’ordre inverse : du plus récent au plus ancien pour, finalement, retourner à la racine du problème : l’enfance de Cunanan.

AVERTISSEMENT : cet article contient des spoilers.

“Naguère, les gens naissaient de famille royale. À présent, la royauté vient de ce que vous faites.”

–Gianni Versace–

Andrew Cunanan : victime ou bourreau ?

Nous n’allons pas nous plonger dans des questions de véracité ou de fidélité par rapport aux faits réels. La série se base sur des recherches et des événements mais, à partir de là, se transforme en une histoire tout à fait indépendante.

Nous ne pourrons jamais savoir avec exactitude ce qui a traversé l’esprit de Cunanan, mais nous pouvons établir des connexions. Nous savons certaines choses, nous en ignorons d’autres. Par conséquent, nous pouvons laisser libre cours à notre imagination.

La série nous présente un jeune Andrew Cunanan avec des problèmes économiques qu’il refuse de voir. Le personnage de Cunanan est terriblement intéressant et les informations nous sont données au compte-gouttes.

Son passé est un mystère jusqu’à la fin de la série – ou presque –, moment où nous le détestons suffisamment pour savoir qu’il est impardonnable… Ou peut-être que si ?

Nous ne remettons pas du tout en cause sa culpabilité. Nous ne cherchons pas non plus à justifier l’atrocité de ses actes. Cependant, en connaissant son passé, nous comprenons un peu mieux son futur. Le père de Cunanan était un homme ambitieux, assoiffé de pouvoir et attiré par l’argent, qui aurait fait n’importe quoi pour atteindre le rêve américain. En tant qu’immigrant, il avait connu la face la plus obscure de l’humanité. Il avait besoin de prouver au monde entier qu’il pouvait être “quelqu’un”.

Sa mère était tout le contraire, tout comme les frères d’Andrew. Son père avait placé tous ses espoirs sur son plus jeune fils. Il l’avait éduqué pour qu’il devienne un requin sans pitié, avec une ambition qui le mènerait très loin.

Il a cependant dû abandonner toute sa famille, et même son fils, car il avait escroqué des gens. Le FBI était à sa recherche. Il a donc fui aux Philippines et le jeune Andrew n’a pas pu accepter une vie pleine de difficultés. Le travail et les efforts n’étaient pas pour lui.

Cunanan avait connu le succès et l’argent et n’était pas disposé à y renoncer. Il s’est donc transformé en monstre sans âme, qui n’hésitait pas le moins du monde à mentir pour atteindre ses objectifs.

Le mensonge est devenu tellement grand qu’il s’est retrouvé dans l’obligation de tuer, d’éliminer ses rivaux et de les écraser sans le moindre remords. Les drogues, la prostitution et le luxe sont vite devenus son mode de vie.

De façon très subtile, mais très catégorique, American Crime Story : The Assassination of Gianni Versace nous dévoile une scène très perturbante au cours de laquelle le spectateur interprète que Cunanan a peut-être été victime d’abus sexuels de la part de son père.

Andrew a grandi en pensant être spécial, différent des autres. Il enviait tous ceux qui se trouvaient au-dessus de lui ou doutaient de ses « vérités ». C’est ainsi qu’il a mis fin à la vie de Jeffrey Trail, David J. Madson, Lee Miglin, William Reese et Gianni Versace.

Avec une froideur absolue, de façon préméditée et atroce, il a tué cinq personnes. Trail, Madson et Miglin avaient connu Cunanan ; il a simplement assassiné Reese pour pouvoir lui voler sa voiture ; et, finalement, Versace était l’icône gay et l’image du triomphe par excellence dans les années 90. La haine, l’envie et sa soif intarissable de reconnaissance ont donc transformé Cunanan en un assassin sans pitié.

Une scène dans American Crime Story

 

American Crime Story : The Assassination of Gianni Versace, homosexualité et pouvoir

Cunanan était homosexuel mais semblait détester – ou envier – tous les homosexuels accomplis. La différence entre ces hommes et Cunanan ne réside pas seulement dans leur célébrité, mais dans le travail et le sacrifice. Tout au long de la série, tous les personnages connaissant le succès disent à Cunanan que leur réussite vient de leurs efforts. Or, cela n’intéressait pas Andrew.

American Crime Story : The Assassination of Gianni Versace représente assez bien ce qu’était la vie d’un homosexuel dans les années 90. Cette décennie nous semble proche mais le monde a énormément changé depuis cette époque.

Le mariage entre personnes du même sexe était interdit dans la majorité des pays et, actuellement, même s’il l’est encore dans beaucoup d’endroits du monde, nous avons considérablement avancé dans ce type de politiques.

L’homophobie est encore un problème mais elle est de plus en plus critiquée et jugée. Dans les années 90, si vous n’étiez pas un homme de pouvoir comme Versace, tout était très compliqué. C’est ce que l’on voit dans la série, surtout lors de l’interrogatoire de l’un des derniers hommes ayant croisé le chemin de Cunanan.

Lors de cet interrogatoire, l’invisibilité du groupe LGTBI est mise en avant : « nous imaginions comment ce serait d’avoir de l’argent et du pouvoir, et peu importe que nous soyons gays », « les autres flics ne l’ont pas bien cherché, n’est-ce pas ? Et pourquoi ? Parce qu’il a tué des gays ? ».

Cunanan a été l’un des hommes les plus recherchés par le FBI pendant très longtemps. Ce n’est malgré tout qu’après l’assassinat de Versace que son nom s’est répandu à toute vitesse dans les médias. Cunanan, finalement, avait atteint ce qu’il désirait le plus : la célébrité, même si ce n’était pas de la façon dont il l’avait espérée.

La mort du couturier italien a ému le monde de la mode et l’opinion publique. Les autres meurtres d’Andrew Cunanan, eux, n’ont pas été aussi médiatisés.

 

American Crime Story : The Assassination of Gianni Versace se plonge dans le monde obscur de l’homosexualité, ce monde qui était exclu par la société et, par conséquent, existait dans des endroits assez troubles.

Il ne fait aucun doute que Versace a été un véritable révolutionnaire dans le monde de la mode. Mais aussi l’un des premiers à reconnaître et à vivre ouvertement son homosexualité. Malheureusement, jusqu’à il y a quelques années, être homosexuel était une étiquette qui vous empêchait de mener une vie normale, sauf si vous aviez du pouvoir.

Cette dénonciation est évidente dans la série. En plus de nous rapprocher de la figure de l’assassin, celle-ci revendique les autres morts, tout aussi douloureuses mais tristement passées sous silence. Le fait que la victime soit riche ou pauvre ne devrait pas être important. Tout comme le fait qu’elle soit célèbre ou non. Or, les inégalités se manifestent aussi à travers la mort.

American Crime Story : The Assassination of Gianni Versace s’achève avec une image de Donatella devant la luxueuse tombe de son frère. Et, simultanément, nous voyons l’image sobre et froide de la tombe de Cunanan.

Nous ne voyons pas les tombes des autres victimes. Cependant, elles ne sont sûrement pas comme celles que nous avons vues dans la scène. Elles ne seront ni mises en avant avec froideur comme celle d’un assassin, ni avec le luxe de celle de Versace.

La série a récemment obtenu deux Golden Globes. Celui de la meilleure mini-série et celui du meilleur acteur de mini-série pour Darren Criss (Andrew Cunanan). En tant que recommandation personnelle, je crois qu’il faut regarder la série en version originale. Dans le cas contraire, nous perdons une magnifique Penélope Cruz capable de transformer sa voix ainsi que des interprétations qui perdraient des nuances lors du doublage.

American Crime Story : The Assassination of Gianni Versace devrait porter un autre nom. En effet, au-delà de la mort du créateur, la série nous montre une réalité tragique où cinq personnes sont décédées. Cinq victimes, et donc cinq familles détruites.