Le vent n’emporte pas les mots

16 avril 2017 dans Psychologie 113 Partagés

Il est vrai que notre mémoire commet de erreurs, mais de là à dire qu’elle n’existe pas, il y a un long chemin ; un chemin qui n’est pas exempt d’importance et qui parfois représente un terrain fertile pour celleux qui veulent abandonner au-delà des engagements qui ont été pris. Grâce à ces opportunistes, on dit que « le vent n’emporte pas les mots« .

Cette métaphore, dans le fond, dit que ce qui est énoncé à l’oral et qui n’est pas écrit ni signé a moins de poids qu’une feuille caduque et jaunâtre, de celles qui tombent des arbres en automne. Peut-être dans le domaine du droit en est-il ainsi, mais dans le domaine personnel, les choses sont bien différentes.

La parole suffit-elle à tenir ses engagements ?

Comme nous le disions au début de cet article, nous avons une mémoire qui parfois peut patiner, mais une mémoire quoi qu’il en soit. C’est là que restent gravés les engagements personnels que l’on prend, et que les autres prennent envers nous. Quand notre soeur s’engage à prendre nos enfants chez elle aujourd’hui, elle ne signe aucun document légal pour le confirmer, mais nous dit simplement qu’elle le fera. Elle nous donne sa parole…

…et elle la tient, ce qui en théorie, dans les relations humaines, devrait peser davantage qu’un gribouillage en guise de signature. D’un autre côté, la confiance que l’on accorde à notre soeur et à sa parole dépend du nombre de fois où elle a tenu ses promesses par le passé, et plus particulièrement des promesses qui ont supposé un certain coût pour elle.

Autrement dit, si on sait que notre soeur ce soir n’avait rien de prévu et que probablement cela ne changera pas, on essaiera de trouver des situations où on a pris un engagement sur lequel on a aussi pensé que le coût était bas pour elle. Une fois localisées, on les utilisera pour estimer si l’engagement sera respecté ou non, si elle tiendra sa parole ou non.

Au contraire, si on vit loin de chez elle et que l’on sait que ce soir, elle aura une activité qu’elle aime et que donc elle pourrait finalement être disponible plus tard que prévu, on fera appel aux fois où les engagements pris envers elle représentaient un coût plus fort. Ainsi, on les utilisera aussi pour estimer l’engagement sera respecté ou pas.

Pour cette estimation, on évaluera aussi d’autres facteurs, comme les possibles motivations à respecter cet engagement. Peut-être nos enfants ont-ils envie de passer un moment chez leur tante et leurs cousin-e-s, ce qui diminuera sans doute le coût estimé. En revanche, ce coût augmentera si nos enfants ne sont pas enchanté-e-s à cette idée.

Finalement, l’augmentation du coût n’a pas nécessairement à augmenter du même coup les probabilités que quelqu’un ne tienne pas sa parole. Il y a certaines personnes qui, pour différentes raisons, comme par exemple celle de se revendiquer comme généreuses, peuvent se tenir à des engagements à haut coût et ne pas faire face à ceux qui ont un coût plus bas.

Les mots qui blessent, les mots qui renforcent

Il y a un autre type de mots que le vent peut difficilement effacer de notre mémoire, et ce sont ceux que nous ont dits les personnes que l’on apprécie et qui nous ont fait beaucoup de mal. Il se peut que l’on comprenne qu’elles les ont dits dans un moment de frustration et qu’en réalité elles ne les pensaient pas, mais ce n’est pas si facile de les effacer de notre mémoire, comme le vent peut porter la feuille qui tombe lentement d’un arbre.

Le problème, c’est que ces mots restent gravés avec une profonde trace émotionnelle, et généralement, notre mémoire n’oublie pas ce qui provoque des traces profondes. Il existe en revanche une exception : que le fait surpasse notre capacité d’assimilation émotionnelle et cache le souvenir avec une amnésie dissociative.

Cependant, même avec ce type d’amnésie, la personne pourrait avoir des sentiments de rejet envers celle qui l’a blessée même si elle ne saurait expliquer pourquoi. Ainsi, les mots que l’on prononce ne sont pas des éléments inoffensifs lancés dans l’air écrits avec des stylos difficiles à effacer. Bien au contraire, ce sont des éléments d’influence qui peuvent ne jamais s’effacer.

Finalement, les mots qui nous sont adressés laissent une trace en nous, de même que ceux que l’on dit. Les mots que les autres nous disent peuvent ancrer en nous une profonde souffrance, mais c’est également le cas de ceux que l’on prononce nous-même, qui peuvent laisser en nous des sentiments très intenses tels que la culpabilité (du point de vue négatif) ou la fierté (du point de vue positif). Par conséquent, non, le vent n’emporte pas les mots…et parfois, même un ouragan ne peut en emporter certains.


« Je veux faire avec toi ce que le printemps fait avec les cerisiers. »

– Pablo Neruda –


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