Sofia Kovalevskaïa, une mathématicienne audacieuse

30 septembre, 2020
Sofia Kovalevskaïa était une femme très particulière, à qui nous devons d'importantes contributions en mathématiques et en physique. Elle était également écrivaine et a laissé derrière elle une oeuvre autobiographique intitulée "Une nihiliste", ainsi qu'une pièce de théâtre. Une vraie pionnière...

Sofia Kovalevskaïa était une femme très remarquable, à la fois pour ce qu’elle a apporté aux mathématiques et à la physique, ainsi que pour sa ténacité impressionnante. Elle est née à une époque où la femme n’avait pas accès à l’éducation et n’avait pas le droit de voyager sans l’autorisation de son père ou de son époux.

Le plus intéressant dans la vie de Sofia Kovalevskaïa est précisément la manière dont elle a contourné les limites imposées par la société et a réalisé ses rêves et ses projets. De fait, c’est la première femme du monde à finir des études universitaires et la première enseignante universitaire connue à l’échelle planétaire.

“Il est impossible d’être mathématicien sans avoir une âme de poète […]. Le poète doit être capable de voir ce que les autres ne voient pas, il doit voir plus en profondeur que les autres. Et le mathématicien doit en faire de même”.
-Sofia Kovalevskaïa-

Sans réellement le vouloir, Sofia Kovalevskaïa est devenue une figure avant-gardiste du féminisme. Cela montre que la détermination est une force incontrôlable ; elle peut nous aider à attendre un objectif qui paraissait impossible à atteindre.

Outre son parcours impressionnant dans le domaine de la science, Sofia Kovalevskaïa s’est également consacrée à la poésie, à la vulgarisation scientifique et à l’astronomie.

Un livre ouvert sur une table.

L’enfance de Sofia Kovalevskaïa

Sofia Kovalevskaïa provenait d’une famille très particulière. Du côté de sa mère, elle descendant du roi de Hongrie, Mathias Ier de Hongrie. Néanmoins, son grand-père s’est marié avec une gitane, ce qui était contre les normes de la royauté. Par conséquent, on lui a nié le titre de prince auquel il pouvait prétendre.

Du côté paternel, parmi ses ancêtres polonais, il y avait plusieurs figures telles que le cartographe Friedrich Schubert et l’astronome Theodor von Schubert.

Sofia naît le 15 janvier 1850 à Moscou. Sa soeur aînée était la célèbre socialiste Anna Jaclard. Alors qu’elle est encore très jeune, elle déménage en Biélorussie avec sa famille, dans un environnement très influencé par la science et la connaissance. Deux de ses oncles et parfois son père lui inculquent un grand amour pour la lecture et la recherche.

Pendant le déménagement en Biélorussie, la famille trouve un mur qui n’était pas complètement tapissé dans la chambre de Sofia. Ils décident alors de résoudre le problème en collant les pages d’un livre sur les pans de murs non tapissées. Le hasard fait qu’il s’agit d’un livre de calcul différentiel que la petite fille commence à lire avec surprise et intérêt.

Une fille brillante

Son père recrute des professeurs particuliers pour qu’elle reçoive ses premiers enseignements. Néanmoins, il prend peur quand il s’aperçoit des progrès de Sofia. Il avait peur des “femmes savantes”. Il cesse aussitôt son éducation.

La jeune fille se débrouille malgré tout pour continuer à étudier seule. En autodidacte, elle arrive à apprendre et à déduire plusieurs sujets d’algèbre.

Le célèbre écrivain Fiodor Dostoïevski courtise sa sœur alors que Sofia en était follement amoureuse. Ce fut son amour impossible.

Sa sœur et elle-même sont conscientes que la seule façon d’être libres est en se mariant. À l’époque, de nombreuses femmes contractaient des mariages blancs, autrement dit des mariages de convenance : un mariage formel était organisé pour qu’ensuite les deux membres du couple puisse vivre en complète liberté chacun de son côté.

Anna, la sœur aînée, cherche à utiliser cette option avec le paléontologue Vladimir Kovalevski. Ce dernier préfère néanmoins se marier avec Sofia qui n’a que 18 ans.

Un cahier ouvert avec des notes.

Une femme unique

Conformément à ses attentes, le mariage offre de nouvelles opportunités à Sofia. Ils déménagent d’abord à Heidelberg, puis à Berlin.

Elle y fait la rencontre du célèbre mathématicien et analyste Karl Weierstrass, qui, dans un premier temps, ne croit pas en son talent. Quand il se rend compte de sa passion et de son intelligence, il demande à ce qu’elle soit acceptée à l’université. Il n’y parvient pas. Il décide alors de lui donner des cours particuliers.

Grâce au soutien de Weierstrass, Sofia réussit à décrocher son titre de docteure. Il a réussi à lui permettre de présenter sa thèse, sans avoir été présente. Elle commence alors un long pèlerinage pour obtenir un travail qui lui permettrait de développer son talent.

Dix ans environ après son diplôme, son ami Gustav Mittag-Leffler l’aide à être embauchée comme professeure à l’université de Stockholm. À ce moment, Sofia a déjà une fille et son mari s’est suicidé. Sa condition de veuve est un facteur qui a contribué à faciliter son embauche.

Tout au long de sa vie, elle a reçu plusieurs prix. Elle est également la première femme à faire partie de l’Académie des sciences de Russie. Elle décède à un âge précoce, à 41 ans, des suites d’une pneumonie. L’un des cratères de la Lune porte son nom, en hommage à ses grandes contributions.

En somme, Sofia Kovalevskaïa était une femme parmi tant d’autres que l’Histoire a prétendu cacher.

L’une de ces nombreuses femmes dont on parle à peine dans les écoles et dont la trajectoire est néanmoins tout aussi notoire, voire plus, que celle de certains contemporains que nous connaissons. L’un de ces esprits brillants qui, peu importe leur genre, fleurissent de temps en temps dans l’histoire de l’humanité.

Kovalevskaya, S. (2001). Vida y obra matemática de Sofía Kovalevskaia (Vol. 4). Anthropos Editorial.