Selon les stoïciens, tout ce qui nous arrive est parfait

04 mai, 2020
D'après le courant philosophie du stoïcisme, tout ce qui se produit doit être accepté. La vision que les stoïciens ont des choses suppose qu'il existe un ordre universel dans lequel nous n'avons qu'une faible marge de manœuvre. Tout ce qui nous arrive est une révélation et doit être considéré comme tel.

D’après les philosophes stoïciens et ceux qui s’apparentent à ce courant philosophique, il existe un ordre universel qui régit tout ce qui se produit. En d’autres termes, tous les événements qui surviennent sont parfaits. Et ce, d’une manière ou d’une autre. On peut aussi affirmer que seul ce qui doit arriver arrive et que ce qui va arriver arrivera. Parmi ceux qui ont défendu ce point de vue figurent de grands penseurs tels que Sénèque ou encore Marc Aurèle.

Mais attention ! La perfection dont parlent ces philosophes ne signifie cependant pas une absence totale d’erreurs, de lacunes ou de difficultés. Ce à quoi il est fait allusion, c’est à une forme de cohérence dans laquelle chaque élément joue un rôle spécifique. Il y aurait donc une logique interne dans les événements qui finit toujours par se manifester.

“Ma formule pour la grandeur de l’homme, c’est amor fati. Il ne faut rien demander d’autre, ni dans le passé, ni dans l’avenir, pour toute éternité. Il ne faut pas seulement supporter ce qui est nécessaire, et encore moins se le cacher –tout idéalisme est le mensonge devant la nécessité -, il faut aussi l’aimer.”

-Federich Nietzsche-

Sur ce point, les stoïciens se rapprochent des philosophies orientales et de bon nombre de religions. Tout ce qui arrive est parfait parce que cela accomplit une destinée. Pas nécessairement un destin écrit à l’avance, mais plutôt un destin façonné par une infinité de circonstances. Ces circonstances se conjuguent ensuite pour donner naissance à tout ce qui nous arrive alors.

Une femme pensant aux principes stoïciens

Ce qui se produit est parfait

Il y a toute une série de circonstances qui marquent notre destin. Et ce, dès notre naissance. Premièrement, le simple fait de naître n’est pas un choix personnel. Ensuite, la composition de notre patrimoine génétique n’est pas non plus le résultat d’un choix délibéré de celui qui le porte. Ainsi, nous naissons par exemple homme ou femme. On voit bien que tout cela constitue d’ors et déjà une vaste série de circonstances qui détermine grandement notre vie.

À cela s’ajoute le fait que nous ne choisissions pas les parents qui nous mettent au monde. Nous ne choisissons pas non plus notre nationalité, notre classe sociale, notre famille ou notre environnement immédiat. Nous n’avons pas non plus de contrôle sur la période historique à laquelle nous naissons. Ces multiples facteurs de conditionnement sont totalement hors de notre contrôle.

De plus, et comme si tout cela ne suffisait pas, notre destin est également façonné dans une large mesure par la place que nous occupons dans notre fratrie et par l’état physique et émotionnel dans lequel se trouvent nos parents au moment où nous venons au monde. Enfin, plus tard, l’éducation que nous recevrons ne dépendra pas de nous non plus. Pour les Stoïciens, tout ce qui se passe est parfait, car il en résulte un mode de vie unique et exclusif.

De l’importance de l’acceptation selon les stoïciens

De toute évidence, nombre de ces conditions initiales que nous appelons parfois le “destin” recèlent des contradictions, des difficultés et des problèmes. Cependant, elles tracent également un chemin spécifique et unique que chacun d’entre nous doit suivre, en fonction de ses propres particularités. Tout ce qui se passe est alors parfait, car tout cela développe l’essence même de ce que nous sommes.

L’erreur consiste à supposer qu’il existe des modèles ou des paradigmes universels pour tous les êtres humains. Il n’y a pas non plus de moment idéal pour naître, ni de parents idéaux. De plus, aucune des autres circonstances ne peut être exempte de contradiction. Ne pas s’en rendre compte conduit à une discordance absurde.

C’est en effet absurde car il est inutile de se révolter contre l’impossible. On peut nier beaucoup de choses, mais cela ne change rien au final. En fait, mieux nous apprenons à accepter cette réalité unique et exclusive que nous vivons, moins nous sommes exposés à la souffrance. C’est comme si une rose se rebellait contre sa nature pour la simple raison de ne pas être pas un œillet. Cela serait bien ridicule.

Une femme face au coucher de soleil

Accepter, ce n’est cependant pas se résigner

Ni Sénèque ni les autres philosophes issus du mouvement stoïciens ne pensaient que l’acceptation du destin unique qui est le nôtre correspondait à une forme de résignation. Et encore moins à une amère résignation qui conduirait alors à un sentiment d’impuissance. Ils préconisaient plutôt que nous ouvrions nos bras à tout ce qui nous arrive, en considérant que tout ce qui arrive est parfait. Et ce, pour célébrer ce mystère qui rend chacun d’entre nous totalement uniques dans ce monde.

Nous disposons cependant d’une certaine marge de manœuvre. Elle est certes réduite, mais cependant, elle existe. Elle se manifeste par la possibilité de choisir une voie ou une autre, une action ou une autre. Et ce, à différents moments de la vie.

Les stoïciens insistent sur le fait que l’acceptation de l’ordre universel se concrétise pleinement lorsque nous ne nions plus les résultats de nos actions. Au contraire, l’acceptation est totale lorsque nous considérons les conséquences de nos choix comme des révélations. Des signes que tout ce qui s’est produit était donc parfait.

Enfin, ce que nous sommes et ce que nous faisons de notre vie n’a aucun mérite si on ne regarde que nos aboutissements. Tout cela a une valeur inhérente car c’est l’expression d’un destin déjà largement pré-déterminé. Notre mission est d’essayer de comprendre ce destin. Alors seulement, nous pourrons lui donner une direction et surtout accepter avec gratitude ce qu’il a à nous offrir.

 

  • Boeri, M. D. (2007). Necesidad, lo que depende de nosotros y posibilidades alternativas en los estoicos: Réplica a Ricardo Salles. Crítica (México, DF), 39(115), 97-111.