Rollo May et l’existentialisme en psychologie

· 25 juin 2018

Rollo May est l’une de ces figures de la psychologie qui représentent une nuance intéressante de différents courants. Il fut parfois associé à la psychologie humaniste, et même à la psychanalyse. Son apport principal fut, en réalité, de jeter les bases de la psychologie existentialiste. Il s’agit d’une approche tout à fait remarquable dans laquelle la philosophie et la psychologie se combinent.

Rollo May est né dans l’Ohio (États-Unis) en 1909 et est mort à San Francisco en 1994. Sa famille était de classe moyenne. Il vivait dans un environnement qui s’auto-définissait comme anti-intellectualiste. Ils s’opposaient aux études et à la science. Ses parents se sont séparés lorsqu’il était au lycée. Sa sœur fit une dépression nerveuse et Rollo May dut interrompre ses études et retourner à la maison pour prendre soin de sa mère, de sa sœur et de son frère cadet.

« C’est une habitude ironique des êtres humains, courir plus vite lorsqu’ls ont perdu le chemin. »

-Rollo May-

Tout cela laissa une marque profonde dans la psyché de Rollo May. Il tomba à plusieurs reprises, tout au long de sa vie, dans de profondes dépressions. Il voyagea en Grèce lorsqu’il termina ses études. C’est alors qu’il se laissa imprégner par l’esprit philosophique, de sorte que la philosophie fit depuis partie de ses grandes préoccupations.

La formation académique de Rollo May

De retour de Grèce, et plongé dans l’une de ses phases dépressives, il entra au Séminaire théologique de l’Union à New York. Son but n’était pas vraiment d’être prêtre. Il a simplement considéré qu’il s’agissait d’un endroit favorable pour réfléchir aux problèmes qui le perturbaient. Notamment le suicide, le désespoir et l’anxiété. A cette époque, la psychologie ne prêtait pas beaucoup d’attention à ces problèmes.

Il y rencontra le théologien Paul Tillich, avec qui il établit une amitié qui dura toute la vie. Il a eu la malchance de contracter la tuberculose, de sorte qu’il interrompit ses études et fut transféré dans un sanatorium, où il resta plus de trois ans.

Rollo May

Il eut l’occasion, lors de sa convalescence, de lire quelques ouvrages qui le marquèrent à jamais. Le travail de Freud, tout d’abord, et surtout les livres de Soren Kierkegaard, père de l’existentialisme. Même s’il appréciait les contributions de la psychanalyse, il arriva à la conclusion que l’existentialisme exprimait mieux ce que les êtres humains en crise expérimentaient.

Une nouvelle direction

Un nouveau Rollo May émergea de cette longue convalescence due à la tuberculose. Lorsqu’il fut guéri, il quitta le sanatorium et retourna à New York pour terminer ses études de théologie, en 1938. Il décida ensuite d’étudier la psychanalyse et obtint plus tard son doctorat en psychologie à l’Université de Columbia.

Rollo May s’intéressait également aux psychologues humanistes. Il réussit à structurer , à partir de ses lectures et de ses réflexions, ce qui deviendrait la psychologie existentialiste. Elle reposait essentiellement sur quatre piliers suivants :

  • L’homme est habité par des forces antagonistes. Cela provoque l’angoisse, qui est également un moteur de sa vie.
  • Le sens que chaque personne donne à sa vie se matérialise dans la décision et l’engagement.
  • L’être humain n’a pas à être de telle ou telle manièreTout le monde est, devient et se fait.
  • Une psychothérapie aide à regarder au-delà de l’évidence, à interpréter les signes qui apparaissent dans la vie d’un individu.

La théorie de Rollo May

En tant que psychologue existentialiste, Rollo May avait comme thème central de son analyse le sens de l’existence et de la liberté. Il affirme que l’être humain est constamment confronté au dilemme d’être à la fois objet et sujet. Objet, parce que retombent sur lui les actions des autres. Sujet, car il est également un agent actif face à sa réalité.

Il considère par ailleurs que le conflit est l’essence même de la vie. Le simple fait d’exister soulève déjà une série de conflits qui ne sont jamais résolus complètement. Ces derniers ne sont pas quelque chose d’extérieur, mais sont en nous. Ils ne sont pas non plus négatifs, ils sont une condition de l’existence même.

Rollo May

La psychothérapie existentielle proposée par Rollo May est un processus dans lequel nous nous interrogeons sur l’existence de cet individu qui demande de l’aide. Les principales préoccupations qui l’affligent sont recherchées et analysées à travers le dialogue. L’objectif est donc d’identifier les préjugés et de détecter les façons de procéder qui génèrent des effets négatifs. Cette psychothérapie ne mène pas nécessairement au bien-être, mais plutôt à une manière plus rationnelle de faire face à la vie.