Le regard induit-il des états modifiés de conscience ?

· 24 avril 2017

La première fois que l’on a parlé du regard comme d’un facteur qui a une incidence sur la conscience des autres, c’était il y a deux siècles ; Franz Anton Mesmer, médecin et philosophe autrichien, a été celui qui a fondé les bases de ce que l’on appellerait la « Théorie du magnétisme animal ». Selon ses postulats, le corps humain irradierait d’énergie de même que le font d’autres corps. Cette énergie, à son tour, exercerait une influence sur d’autres corps.

Sur la base de ces considérations, James Braid, médecin écossais, a créé le terme d' »hypnose » et a indiqué que « la fixation soutenue du regard paralyse les centres nerveux des yeux et ses dépendances, ce qui, en altérant l’équilibre du système nerveux, produit le phénomène ».


« L’âme qui peut parler avec les yeux peut aussi embrasser avec le regard. »

– Gustavo Adolfo Bécquer –


Une des méthodes d’hypnose qui a été développée à partir de cette manière de comprendre l’influence a été la « technique de regard fixe ». A mi-chemin entre la croyance et le savoir, cette technique consiste à discuter avec une personne tout en la regardant fixement dans les yeux. Apparaissent des phrases qui lui plaisent, et qui la mènent donc à entrer dans cet espèce d’état intermédiaire entre l’éveil et le sommeil que l’on connaît comme l’hypnose.

Plus récemment est apparue une étude menée à bien par le chercheur Giovanni B. Caputo, de l’Université d’Urbino en Italie, où il a apparemment été vérifié que le regard induit des états modifiés de conscience. Cette information n’a pas été corroborée par d’autres études contemporaines, puisqu’elle s’expose simplement en guise d’illustration.

Les études de Caputo sur le regard

Giovanni Caputo a réunit 50 volontaires pour réaliser son expérience sur le regard. Au départ, il a formé 15 couples. Les membres de chaque couple devaient s’asseoir face à face, à moins d’un mètre de distance, et se regarder les yeux dans les yeux pendant 10 minutes.

Un autre groupe, lui, est resté dans une pièce contiguë et a réalisé le même exercice, mais cette fois, les membres de ce groupe ne devaient pas se regarder les un-e-s les autres, mais elleux-mêmes face à un miroir. Finalement, aussi bien le premier groupe que le deuxième ont répondu à un questionnaire qui avait été préparé pour l’étude.

Selon les réponses qu’a obtenu Caputo, 90% des personnes qui ont participé à cette étude ont eu des expériences hallucinatoires, et ce dans les deux groupes. Iels disaient avoir vu des visages déformés ou des figures monstrueuses. Iels ont également indiqué qu’iels avaient eu la sensation d’être « en dehors » de la réalité. Sur cette base, il a été conclu que le regard induisait des états modifiés de conscience.

Une autre expérience avec le regard

Visant cette fois un objectif complètement différent, l’organisation Amnesty International a réalisé une expérience sur le regard. Elle est partie d’une affirmation faite par le psychologue social Arthur Aron : regarder une personne pendant 4 minutes génère une proximité insoupçonnée.

Amnesty International a donc mené une petite expérience par couples formés d’un-e citoyen-ne européen-ne et d’un-e réfugié-e d’un autre pays du monde. On leur a simplement demandé de se mettre l’un-e face à l’autre et de se regarder les yeux dans les yeux pendant 4 minutes. Le but était de prouver que beaucoup de préjugés disparaissent quand vous prenez le temps de voir et de regarder l’autre, aussi différent-e puisse-t-iel être de vous.

Sans exception, tou-te-s celleux qui ont participé à l’expérience ont réussi à se sentir proches de la personne qu’iels avaient face à elleux. Sans exception également, iels ont commencé à discuter de manière affectueuse et ont développé une empathie mutuelle. Et les résultats obtenus ont été ceux qui étaient escomptés : peu importe d’où on vient, quelle langue on parle, ou quelle est la couleur de notre peau. Finalement, à la fin de la journée, il y a en nous un être humain que l’on peut reconnaître.

L’énigmatique monde du regard

Depuis toujours, le regard a été source de questions et de fascination pour l’être humain. Nombreux sont les mythes associés au pouvoir du regard. Le plus connu est celui de la « Méduse », la figure mythologique qui a transformé en pierre tout-e-s celleux qui la regardaient. Il existe aussi le mythe de Tirésias, l’aveugle qui pouvait lire l’avenir.

Le regard a tellement de pouvoir qu’il construit par lui-même des significations. Tout regard a une intention ; parfois, c’est celle de reconnaître, parfois celle d’invisibiliser. Lorsque l’on regarde et lorsque l’on ne regarde pas, il y a un effet. Les regards amoureux sont « respect » et « admiration ». Les regards envieux donnent lieu au « mauvais oeil ». Les regards de haine tuent, ou sont font l’effet d’un poignard.

Les regards créent ou modifient la conscience de la personne qui est regardée. Ils confrontent et portent quelqu’un à se considérer comme « vu » ou « ignoré ». Comme « découvert » ou passé sous silence. Les yeux, ces miroirs de l’âme, sont une fenêtre par où on s’échappe du monde des êtres humains, mais également par où on y entre.