Lorsque l’ombre du terrorisme nous conduit à l’impuissance

· 28 septembre 2017

On dit souvent qu’il n’existe pas de perte de liberté plus importante que l’insécurité que génère la peur. Le terrorisme et les dernières attaques que nous avons vécu ont non seulement des conséquences directes sur les victimes elles-mêmes, mais présentent également un impact émotionnel et psychologique associé à l’ombre de la peur planant sur nous tou-te-s.

Le terrorisme s’est pleinement installé dans nos sociétés. Les victimes que nous découvrons dans les informations télévisées ne vivent désormais plus dans les pays du Moyen-Orient où la souffrance est parfois égoïstement perçue comme « normale » aux yeux du monde occidental. À l’heure actuelle, nous personnalisons beaucoup plus l’angoisse parce que ces visages, ces vies, nous rappellent les nôtres.


« Le terrorisme est avant tout l’échec le plus absolu de l’être humain. C’est le germe de la haine, de l’incompréhension et de ce mal qui, à son tour, parvient à diviser les nations et les sociétés »

Le terrorisme représente une menace émergente et mondiale qui nous affecte tou-te-s et qui par ailleurs a de nombreuses répercutions. Parmi elles, nous trouvons le manque notable de sécurité, la peur des attaques futures et leur imprévisibilité, l’angoisse, et souvent même, le manque de confiance dans nos institutions. Nous sommes confronté-e-s à de nouvelles exigences émotionnelles et psychologiques auxquelles nous devons apprendre à faire face.

Nous vous invitons à réfléchir là-dessus.

Le terrorisme et ses implications psychologiques

 Il est souvent dit que le monde n’est plus le même suite au 11 septembre. A tel point que beaucoup osent décrire nos sociétés en crise comme des engrenages fonctionnant presque exclusivement dans l’ombre de la peur. Cette dernière génère le durcissement des mesures de contrôle, le blindage de certaines structures de pouvoir et le fait que tous travaillent dans un but très spécifique : la sécurité.

Nous devons garder à l’esprit que la sécurité est essentiellement une absence de peur, outre le fait d’être un droit consacré dans la Charte des Nations Unies qui spécifie que tout individu doit et mérite de se sentir défendu, en sécurité et protégé dans son intégrité physique et mentale. Lorsque cela n’est pas le cas, nous perdons notre sensation de contrôle et limitons par la même notre développement social et personnel.

 

terrorisme

Les effets de la terreur et l’impuissance

Selon un travail effectué à l’Université internationale de Valence, il existe deux phénomènes expliquant comment les actes terroristes peuvent nous affecter :

  • En premier lieu nous trouvons l’effet de vague, mécanisme créant plusieurs « cercles expansifs » après une attaque ou un catastrophe. Les premières vagues affectent les victimes elles-mêmes et leurs familles. Les secondes, la communauté, la ville ou tout le territoire, où l’impact émotionnel est si important que finissent par se développer la peur ou l’impuissance quant à la possibilité d’attaques futures.
  • D’autre part, l’effet de contagion qui dérive non seulement du contact avec une victime du terrorisme, mais également du fait que les médias ou d’autres institutions génèrent de la peur et amplifient davantage le sentiment d’insécurité.

Nous générons presque sans nous en apercevoir un effet domino. Nous restons choqué-e-s par les attaques. Plus tard, les télévisions, les réseaux sociaux et les conversations que nous entretenons accroissent ce sentiment d’impuissance, au point de limiter nos modes de vie ou nos comportements : arrêter de voyager, nous méfier de certains groupes culturels…

hommage aux victimes du terrorisme

Nous ne devons pas rester prisonnier-ère-s de la peur

Dans un article intéressant publié dans la revue Psychology Today, il est expliqué que le terrorisme aura triomphé dans nos sociétés lorsque chacun-e d’entre nous effectuera les quatre choses suivantes :

  • Annuler ses vacances et arrêter de voyager
  • Sentir la peur à chaque instant de la journée et craindre une attaque dans nos quartiers
  • Ne plus croire dans nos institutions
  • Ressentir le besoin de déménager avec nos familles pour des endroits plus sûrs

Dans un article publié dans le journal des études sociales, le psychologue Ordoñez Diaz nous signale que les attaques terroristes cherchent avant tout à générer un effet psychologique entraînant un impact social d’envergure, en plus d’exercer un type de pouvoir lié à la peur et à l’insécurité.

hommage aux victimes du terrorisme

Il est possible que nous ne disposions pas des moyens ou la formule pour mettre fin à ce type de catastrophes. La complexité politique et les enchevêtrements obscures qui jalonnent le théâtre de la géostratégie, de la politique et de l’armement, nous donnent la sensation d’être davantage des marionnettes que des acteur-trice-s principaux-ales.

Néanmoins, pour faire face à l’impuissance ou à l’angoisse, il est nécessaire de ne pas être prisonnier-ère-s de la peur. Quelque chose d’aussi essentiel que de nous permettre de vivre une vie normale, d’interagir les un-e-s avec les autres et de nous respecter les un-e-s les autres en exaltant les valeurs qui ennoblissent l’être humain, peut nous aider à maintenir le calme et l’équilibre.

Pour ce faire, et pour finir avec une intéressante réflexion, rappelons-nous les mots du philosophe Fernando Savater : « le plus important intellectuellement n’est pas tant de comprendre les motifs des terroristes, mais les nôtres pour y résister sans utiliser leurs propres armes » .