L'importance des rites funéraires lors du deuil

19 août, 2020
Toutes les cultures affichent des rites funéraires. Ces cérémonies, avec toutes leurs étapes, sont très importantes car elles nous permettent d'accepter la perte de l'être cher. Et ce, à différents niveaux.
 

Les humains ne sont pas les seuls à pratiquer des rites funéraires. En effet, certains animaux le font aussi. Bien sûr, il est évident que dans notre espèce, ces rites sont plus élaborés et plus variés. Cependant, ce constat assez étonnant nous laisse déjà deviner l’importance de ces rituels pour un individu.

Du point de vue de la science, la mort comporte un élément absolu et définitif. Même s’il s’agit d’un événement naturel, il ne cesse cependant d’être entouré de mystère.

De plus, tout ce qui est mystérieux révèle généralement une connotation sacrée. Et ce, dans une plus ou moins large mesure. C’est pourquoi, dans toutes les cultures et à toutes les époques, l’être humain a toujours développé des rites funéraires.

Par ailleurs, la mort ouvre la porte de l’infini. Elle représente en effet une transformation si radicale que nous ne pouvons l’accepter comme quelque chose de commun. Cependant, il s’agit pourtant de la chose la plus commune qui soit !

C’est pour cette raison que nous avons besoin de rites funéraires. Cela nous permet d’accepter la mort. Cela nous aide à faire face aux sentiments qu’elle nous impose en mettant en scène ce changement brutal.

“Un homme peut mener une vie exemplaire, être honorable, être charitable… mais en fin de compte, le nombre de personnes qui se rendent à ses funérailles dépend généralement du temps qu’il fait ce jour-là”.

-Auteur anonyme-

Une femme seule en bord de mer.
 

Les rites funéraires et l’acceptation

Les rites funéraires forment une partie très importante du processus de deuil. Ils constituent essentiellement une pause dans la routine d’un individu afin que ce dernier puisse entamer correctement le processus d’acceptation.

Il s’agit là d’une des étapes les plus difficiles et les plus déconcertantes du deuil. Ces rites permettent de manière collective et individuelle d’admettre la réalité de la perte.

Une partie de ce processus d’acceptation implique généralement d’avoir un dernier contact physique avec la personne décédée. Bien que nous sachions que la personne est morte, nous ressentons probablement le besoin de lui tendre la main pour la remercier, pour reconnaître ses bonnes actions ou encore pour la laisser partir en paix d’une manière ou d’une autre.

Dans Totem et Tabou, Sigmund Freud souligne que très souvent les morts deviennent une présence qui nous poursuivent. Ceci est certainement dû à notre inconscient infantile et à certaines croyances religieuses ou populaires.

Tout cet imaginaire nous amène à croire que les morts continuent une forme de vie sur un plan inconnu et qu’ils possèdent des pouvoirs sur le monde des vivants. Ils pourraient ainsi «revenir» pour «régler leurs comptes». Ce genre de pensées expliquent aussi pourquoi nous cherchons à être en paix avec eux.

La mort et le fantôme

D’une manière ou d’une autre, chaque personne décédée nous hante. Que nous ayons des croyance spirituelles ou non, tous les morts «reviennent» dans nos vies. Très souvent, nous éprouvons de la culpabilité lorsqu’une personne meurt. Cette culpabilité existe car il nous semble que la personne morte est plongée dans une sorte de solitude dont nous ignorons tout.

 

Nous ressentons également de la culpabilité vis-à-vis du défunt parce que “nous sommes toujours vivant”. Enfin, il y a aussi de la culpabilité en raison de ce que «nous aurions dû dire ou ne pas dire» et pour ce que «nous aurions dû faire et ne pas faire».

Nous commençons alors à faire l’inventaire de toutes les erreurs supposées que nous avons faites avec le défunt. Erreurs qu’il est maintenant impossible de réparer.

Cette faute c’est “la personne décédée qui nous montre du doigt”. Elle nous pourchasse. Les rites funéraires servent alors à modérer et à gérer ce type de sentiments de persécution qui nous envahissent lorsque quelqu’un meurt. Ces rites nous donnent l’occasion de mettre en oeuvre ce processus de recherche de la paix avec celui ou celle qui est parti mais aussi avec nous-mêmes.

Une femme en pleurs.

Les rites funéraires et l’expression

Les rites funéraires nous permettent également d’exprimer notre douleur à haute voix. Et ce, sans être jugée pour cela. Cela est en fait un élément très précieux. Au cours de ces rituels, il y a une sorte de «permission» sociale de pleurer, d’être triste et même de faire preuve d’une certaine perte de contrôle. En effet, en dehors de ces rituels, ce type de comportement deviendrait vite gênant.

 

Le fait que la douleur soit vécue collectivement apporte également du réconfort. Bien que chaque personne éprouve de la souffrance d’une manière unique, dans les rituels funéraires, la douleur est partagée et cela réconforte. L’effet produit est donc très positif.

C’est particulièrement important dans les premiers moments marqués par la surprise du décès. En effet, au tout début du deuil, la personne à tendance à nier la réalité et le support du groupe aide en cela.

La compagnie des autres facilite alors l’expression des sentiments ressentis pour la personne qui est décédée. Parler de cette personne et se partager des anecdotes sur sa mémoire permet aussi de nuancer un peu la douleur. Ainsi, cette compagnie joue un certain rôle thérapeutique qui est grandement favorable dans ce genre de situations.

En conclusion

Enfin, les rituels funéraires sont aussi une manière d’honorer la mémoire de celui qui est parti. C’est un acte de considération, de respect et d’appréciation envers la mémoire de la personne décédée.

Même si cela n’est peut-être pas d’un grand intérêt pour le défunt, cela permet cependant aux survivants de faire preuve de gestes d’affection et de les partager. Ce sont des expressions posthumes qui laissent au moins le sentiment d’avoir “aimé” la personne une dernière fois encore. Cela même donne un sens aux rituels funéraires.

 
  • Torres, D. (2006). Los rituales funerarios como estrategias simbólicas que regulan las relaciones entre las personas y las culturas. Sapiens, 7(2), 107-118.