Les personnes qui ne disent pas merci : l'origine de l'ingratitude

07 mars, 2020
Il existe des personnes qui ne disent pas merci, qui sont incapables du moindre geste de courtoisie, de gentillesse ou même de respect envers ceux qui font des efforts pour eux. De plus, il arrive même qu'elles répondent par des plaintes parce qu'elles se sentent insatisfaites.

Pourquoi certaines personnes ne disent-elles pas merci ? S’il est vrai que nous n’avons pas toujours besoin que les autres nous soient reconnaissants à tout moment, nous attendons certains gestes de courtoisie, ou du moins une attitude bienveillante à l’égard de nos efforts ou de nos concessions. Cependant, il existe des profils qui, pour diverses raisons, ne sont pas en mesure de réaliser ce type de signal social.

Nous connaissons tous un cas. De plus, il est curieux que ce type de comportement, loin d’être isolé, soit observé avec une certaine fréquence. La plupart d’entre nous ont un membre de leur famille, un collègue ou un camarade de classe, que nous avons aidé à plus d’une occasion et qui nous a répondu de manière froide, voire hostile.

Ce sont des situations qui nous laissent généralement dans une position aussi inconfortable que douloureuse. En effet, souvent, sans attendre un “merci” effusif, nous trouvons quelqu’un qui n’est pas satisfait de notre geste. En outre, ils peuvent même considérer comme acquis que vous avez fait cet effort ou ce sacrifice parce qu’on attendait de vous qu’il soit fait. C’était votre obligation.

Ce genre de dynamique dans nos relations génère souvent un sentiment de culpabilité. Nous nous posons cette question, mais pourquoi ai-je été naïf au point de faire cela pour cette personne ? Eh bien, il faut se débarrasser de ce sentiment de culpabilité pour comprendre quelque chose de très simple : le problème est en eux. L’ingratitude a des origines psychologiques très spécifiques.

“La gratitude est la mémoire du cœur.”

-Lao Tseu-

Un homme avec la tête pleine de fumée

Les personnes qui ne disent pas merci, comment sont-elles ?

Il existe des personnes qui ne remercient pas et d’autres qui remercient à chaque instant et pour presque tout. Ce sont deux positions opposées avec lesquelles nous vivons et qui souvent ne cessent d’attirer notre attention. Cependant, comme le souligne le psychologue Pinhas Berger, de l’université de Tel-Aviv, ceux qui ne sont pas capables de prononcer le mot “merci” perdent leur potentiel à créer des relations satisfaisantes et même à se réaliser en tant que personnes.

Ceux qui ne remercient pas (parce qu’ils ne veulent pas ou ne savent pas) invalident ou entravent d’une manière ou d’une autre la valeur des efforts et des gestes positifs des autres. Et quelque chose comme cela crée un impact.

Peu à peu, ils finissent par recevoir ce qu’ils projettent eux-mêmes : la méfiance et l’hostilité. Mais pourquoi le font-ils ? Qu’y a-t-il derrière les personnes qui ne disent pas merci ?

Dans une étude menée par le Dr Pinhas Berger mentionné ci-dessus, il souligne plusieurs choses intéressantes. La première est qu’il existe une possibilité d’inverser ce type de comportement. En effet, ces profils présentent de multiples déficiences (émotionnelles et celles liées aux compétences sociales) qui peuvent être traitées. Cependant, la première chose à faire est de connaître l’origine de ces dynamiques. Voici certaines des causes.

L’ingratitude “état” et l’ingratitude “trait”

Ce premier élément d’information est important. Les auteurs de cet ouvrage recommandent de faire la différence entre les personnes qui, à un moment donné, peuvent faire preuve d’une certaine ingratitude et celles qui font toujours ce type de geste.

  • Pensons, par exemple, que diverses conditions psychologiques telles que la dépression ou les troubles anxieux, peuvent nous rendre moins sensibles ou réceptifs aux actes que les autres font pour nous. Nous ne les voyons pas et ne les apprécions pas parce que nous ne sommes pas bien, à ce moment précis de notre vie
  • L’ingratitude “trait”, en revanche, désigne un comportement stable dans le temps

 

Manque de compétences interpersonnelles

Un autre facteur que nous pouvons prendre en considération est le manque d’éducation. Il y a, en effet, des personnes qui n’ont pas appris à un moment donné à être reconnaissantes pour les petites choses de la vie quotidienne. A être cordiales, aimables en faisant usage de ces comportements prosociaux si fondamentaux au quotidien.

Ainsi, bien qu’elles soient parfois conscientes qu’elles devraient peut-être faire un effort pour s’améliorer, générer un changement est un effort trop important. De plus, faire preuve d’une certaine gentillesse du jour au lendemain serait s’éloigner de leur essence, d’où le fait qu’elles ne peuvent jamais faire le pas en avant.

Parfois, cependant, ce n’est pas tant un manque d’éducation qu’un manque de compétences sociales. Ne pas savoir communiquer, ne pas faire l’effort de pratiquer la cordialité, la gentillesse et un minimum de réciprocité sont d’autres aspects à considérer.

Manque d’empathie

De nombreuses personnes qui ne disent pas merci ne le font pas parce qu’elles ne voient ou n’apprécient tout simplement pas les gestes de gentillesse.

Leurs lunettes sont très sombres, leur cœur est un peu froid et leur cerveau est très pauvre en intelligence émotionnelle. Elles ne verront pas, par exemple, que nous nous efforçons chaque jour de leur faciliter la vie.

Elles considèrent tout ce que nous faisons comme allant de soi, car c’est tout simplement ce que l’on attend de nous. Ce manque d’empathie et cette froideur émotionnelle deviennent chroniques et conduisent à des états dysfonctionnels. Elles peuvent même devenir plus exigeantes voire hostiles. Si, à un moment donné, nous refusons de faire d’autres concessions, elles peuvent réagir négativement.

Que pouvons-nous faire pour les personnes qui ne disent pas merci ?

Le Dr Pinhas Berger souligne qu’il est possible d’inverser ce comportement. Autrement dit, grâce à un programme basé sur les compétences sociales et la gestion des émotions, il serait possible d’améliorer ces comportements souvent inconfortables et peu réceptifs.

Cependant, nous savons qu’il n’est pas facile de changer du jour au lendemain quelqu’un qui est habitué à ne pas pratiquer l’art de la gentillesse. Celui qui n’apprécie même pas un verre d’eau, ou que nous ramassions quelque chose qui est tombé par terre, n’appréciera pas non plus nos sacrifices et nos concessions.

Un homme qui tend la main pour dire merci

C’est certainement une question très complexe où chaque profil est un monde. Quoiqu’il en soit, ce que nous savons, c’est que ces comportements génèrent de la discorde, de la frustration et de l’inconfort. Essayons donc de mesurer ce que nous faisons pour les personnes ingrates. Evaluons si cela en vaut la peine ou non et surtout évitons d’imiter leur comportement.

Remercier est l’acte le plus noble et le plus simple de la reconnaissance de l’autre. C’est leur donner de la visibilité, c’est remercier ce qu’ils sont et ce qu’ils font. Ne l’oublions pas et pratiquons ce bon exercice tous les jours.

 

  • Berger, P., Bachner-Melman, R., & Lev-Ari, L. (2019). Thankful for what? The efficacy of interventions targeting interpersonal versus noninterpersonal gratitude. Canadian Journal of Behavioural Science / Revue Canadienne Des Sciences Du Comportement, 51(1), 27–36. doi: 10.1037/cbs0000114