Les femmes féministes du monde arabe

· 27 août 2018

Le féminisme est l’ensemble des mouvements dont l’objectif ultime est l’égalité des droits et des chances entre hommes et femmes. De sorte que le féminisme cherche à mettre fin à la suprématie des hommes et à éliminer les rôles de genre. Le féminisme semble être un mouvement plus important dans le monde occidental.  Nous devons néanmoins mettre en évidence les différents types de féminisme qui ont émergé dans d’autres régions de la planète, parfois même avant l’Occident. Nous trouvons un exemple chez les femmes féministes du monde arabe.

Une série de mouvements visant à améliorer la situation d’infériorité des femmes ont émergé au début du 20ème siècle en Egypte, en Syrie et au Liban. Ces mouvements, encore actifs aujourd’hui, ont été marqués par des féministes aussi remarquables que Malak Hifni Nasif, Huda Shaarawi, Hind Nawfal ou Fay Afaf Kanafani. Ces noms n’ont néanmoins pas reçu l’écho qu’ils méritent en Occident. Nous remédierons à cela en nous penchant sur la biographie de certaines femmes féministes du monde arabe.

Les femmes féministes du monde arabe ont laissé une marque qui doit être prise en compte.
femmes féministes du monde arabe

Durriya Shafik (1908-1975)

Durriya était une universitaire, journaliste, enseignante et militante égyptienne. Elle étudia dans les universités du Caire et de La Sorbonne. Elle devint le chef de file de la lutte politique, souffrant même de d’assignation à domicile. Durriya défendit la laïcité et la démocratie, arguant que l’Islam parle de l’égalité des femmes et n’exige ni voile ni domesticité.

Durriya créa notamment un magazine comportant une section consacrée à la promotion des droits politiques des femmes. Elle fonda également une association féministe de classe moyenne pour promouvoir l’alphabétisation et les droits politiques des femmes. Durriya fonda en outre le parti politique La fille du Nil, qui serait dissous par les autres partis.

Son action la plus acclamée fut une grève de la faim grâce à laquelle elle réussit à ce que la constitution garantisse pleinement les droits politiques des femmes. La nouvelle constitution accorda aux femmes le droit de vote, mais seulement à celles qui le demandaient formellement. Elle réalisa plus tard une nouvelle grève de la faim pour protester contre la dictature de Nasser et l’occupation israélienne du Sinaï. Elle perdit à cette occasion le soutien dont elle bénéficiait, fut dénoncé comme un traîtresse et placée en résidence surveillée. Durriya souffrira dès lors de crises émotionnelles continues qui la mèneraient au suicide.

Zaynab al-Ghazzali (1917-2005)

L’écrivaine égyptien Zaynab al-Ghazzali défendit la création d’un État islamique régi par la charia ou la loi islamique. Elle soutenait que les femmes verraient leurs droits reconnus par cette loi. Zaynab fonda très jeune l’Association des femmes musulmanes.  Il s’agissait d’un groupe islamiste*  rejetant le nationalisme et le caractère semi-laïc.

Zaynab a maintenu des contacts avec d’autres mouvements islamistes, tels que les Frères musulmans. Zaynab était l’une des femmes qui serviraient de liaison entre les prisonniers et se charger de l’opposition islamiste lorsque certains de ses membres furent emprisonnés. Ceci l’amena à être emprisonnée et torturée par l’État .

Nawal el-Saadawi (1931)

Nawal était appelée la « Simone de Beauvoir du monde arabe ». Ce médecin spécialisé en santé mentale consacra sa carrière professionnelle à la défense des droits politiques et sexuels des femmes. Ses écrits lui  coûtèrent son poste au ministère de la Santé. Ils la conduisirent également en prison pendant deux mois, au cours desquels, à l’aide d’un rouleau de papier hygiénique et d’un eye-liner, elle écrivit « Mémoires de la prison pour femmes ».

Nawal tenta de fonder en Egypte un parti composé uniquement par des femmes et d’idéologie féministe. Une idée qui ne put être mise en oeuvre car elle cela lui fut interdit. Nawal fut également co-fondatrice de l’Association Arabe pour les Droits de l’Homme et fondatrice de l’Association de Solidarité des Femmes Arabes. Les menaces de groupes islamistes l’amenèrent finalement à vivre à l’ étranger. Elle revint cependant en Egypte en 2011 avec le début du printemps arabe.

Fatima Mernissi (1940-2015)

Fatima Mernissi fut l’une des femmes féministes les plus en vue du Maroc. Diplômée en sciences politiques et docteur en sociologie, Fatima était considérée comme une autorité mondiale dans le domaine des études coraniques. Après avoir étudié différentes versions du Coran, Fatima défendit le postulat selon lequel le prophète Mahomet était un homme féministe et progressiste pour son époque. Elle souligna en outre que ce n’était pas lui, mais d’autres hommes qui commencèrent à considérer le sexe opposé comme des êtres de seconde classe.

fatima mernissi fait partie des femmes féministes du monde arabe

Nous pouvons trouver ses théories dans le livre The Political Harem : The Prophet and Women. Livre qui fut interdit dans son pays natal, le Maroc, pour déclarer que les saintes écritures avaient été mal interprétés par des hommes autoritaires soutenant la misogynie avec des arguments religieux manipulés. L’ensemble de son oeuvre la conduira à obtenir diverses récompenses, parmi lesquelles le Prix Prince des Asturies (2003).

Nous venons de voir à travers ces quatre personnalité que les femmes féministes du monde arabe eurent et ont une forte présence. Elles luttèrent à différents moments pour les droits des femmes, malgré le coût élevé de leurs actions. Elles défendent une religion plus égalitaire, la laïcité ou la démocratie. Les femmes féministes du monde arabe laissèrent une marque que nous devons à prendre en considération.

* L’islamisme est un ensemble de mouvements qui défend l’union de la politique avec les mandats religieux de l’Islam.