Le McGill Pain Questionnaire (MPQ) ou comment verbaliser la souffrance

Pourriez-vous définir la douleur que vous ressentez ? Les gens doivent souvent recourir à des métaphores pour expliquer ce qui nous blesse. Cependant, des instruments tels que l'indice de douleur de McGill facilitent ce processus.
Le McGill Pain Questionnaire (MPQ) ou comment verbaliser la souffrance

Dernière mise à jour : 03 août, 2022

Le McGill Pain Questionnaire (MPQ – Questionnaire Douleur Saint-Antoine pour sa version française) est le questionnaire le plus courant pour évaluer cette dimension chez l’homme. Au-delà de ce que l’on peut penser, peu d’états sont plus complexes à mesurer ou même à expliquer avec des mots. Car bien que nous sachions tous ce qu’est la souffrance, il n’est pas toujours facile de définir son intensité et comment elle se manifeste.

La douleur rhumatismale n’est pas la même chose qu’une migraine, par exemple. Cependant, la plupart du temps, nous utilisons des expressions comme « ma tête va exploser » ou « j’ai l’impression d’avoir des centaines d’aiguilles plantées dans mes articulations ». Nous devons recourir à des métaphores pour expliquer à quoi ressemble notre douleur et, même ainsi, tout le monde ne nous comprend pas ou ne nous croit pas.

C’est pourquoi, en 1971, l’Université McGill de Montréal a décidé de mettre au point un instrument qui permettrait aux patients d’expliquer plus facilement à leur médecin à quoi ressemblait leur douleur. Cette ressource précise, par exemple, que la douleur émotionnelle ou affective n’est pas la même chose que la douleur sensorielle. Cela a permis de fournir de meilleurs médicaments pour traiter les maux les plus divers.

« La douleur qui n’est pas soulagée par les larmes peut faire pleurer d’autres organes »

-Francis J. Braceland-

Un homme souffrant de douleur chronique tient un verre en pensant à l'indice de la douleur de McGill

McGill Pain Questionnaire (MPQ) : comment va votre souffrance ?

La douleur ne se voit ni ne se manifeste sur une radiographie : elle est subjective. Évidemment, lorsqu’on voit une personne avec un traumatisme, on prend pour acquis l’intensité de sa souffrance. Cependant, 90 % des malaises et des douleurs chez l’homme sont vécus en silence et sont très difficiles à quantifier. C’est le problème que de nombreuses personnes constatent lorsqu’elles se rendent chez leur médecin généraliste pour lui expliquer ce qui leur arrive.

Il y a aussi un autre fait. On peut avoir deux personnes avec les mêmes pathologies, mais chacune vivra son propre mal-être. Dans le domaine de la santé, on travaille souvent avec des variables subjectives difficilement quantifiables. C’est la raison pour laquelle il a été décidé de développer le McGill Pain Questionnaire, qui cherche non seulement à définir la douleur mais aussi à la catégoriser. Lorsqu’on utilise cet instrument, on découvre que ce sont des métaphores qui servent à la catégorisation.

Le besoin de parler et de préciser ce qui nous fait mal

Définir ce qui fait mal et le niveau de douleur facilite la recherche du meilleur traitement. Une chose intéressante qui se produit lorsqu’un professionnel utilise le McGill Pain Questionnaire est qu’il établit une relation plus intime avec son patient. On vous invite en effet à décrire et à préciser en quoi cela vous fait souffrir.

En général, toute personne souffrant de maladies telles que la fibromyalgie, les douleurs musculaires ischémiques, les lombalgies, l’arthrite, les hernies discales, la névralgie du trijumeau sait à quel point il est difficile de faire comprendre à quelqu’un ce que vous ressentez. Avoir une ressource qui permet d’étiqueter, de décrire et d’exprimer facilement ce qu’on ressent et à quoi ressemble notre douleur facilite les choses à tous les niveaux.

L’étude publiée par l’Université McGill elle-même en 1975 décrivant son questionnaire expliquait également un autre de ses objectifs. En effet, ce questionnaire ne cherche pas seulement à être en mesure de fournir aux patients les meilleurs médicaments et stratégies thérapeutiques. Cette ressource nous permet d’obtenir des données statistiques sur chaque maladie et condition clinique pour mieux la comprendre.

Dans un environnement clinique, le McGill Pain Questionnaire invite le médecin et le patient à définir, à l’aide des métaphores les plus appropriées, comment est la douleur qui saisit et limite la vie de la personne.

Les trois dimensions du McGill Pain Questionnaire

Le MPQ est composé d’une série de mots qui cherchent à décrire l’expérience de la douleur de la personne. Pour ce faire, ces mots sont organisés en différentes catégories bien précises qui facilitent ce processus pour décrire ce que ressent le patient. Il s’agit des suivantes :

Description de la douleur :

  • Palpitante.
  • Lancinante.
  • Lacérante.
  • Type colique.
  • Étouffante.
  • Chaude.
  • Piquante.
  • Lourde.
  • Sensibilité.
  • Sensation de craquement
  • Épuisante.
  • Qui rend malade.
  • Angoissante.
  • Cruelle.

Dimension affective/émotionnelle

  • Épuisante.
  • Suffocante.
  • Elle me tue.
  • Aveuglante.

Évaluatif

  • De la simple gêne à la limitation totale
Médecin appliquant l'indice de douleur de McGill à son patient
L’évaluation de la douleur d’une personne doit se faire de plusieurs façons : avec des instruments tels que le McGill Pain Questionnaire, des tests cliniques et biochimiques, et l’observation des médecins eux-mêmes.

Évaluer la douleur humaine nécessite une approche holistique

Inutile de dire que rien n’est aussi décisif que d’assister et de répondre à la souffrance humaine, qu’elle soit physique et/ou émotionnelle. Cependant, un autre aspect doit être souligné. Pour évaluer la douleur, nous avons besoin d’approches holistiques, c’est-à-dire qu’il ne suffit pas de recourir à des instruments tels que le MPQ déjà analysé.

En plus de ce que le patient nous dit, nous avons besoin de tests diagnostiques et de toutes les évaluations possibles. Il est vrai que tout n’apparaît pas sur une radiographie, mais nous avons également besoin de ce type de ressources pour pouvoir faire un meilleur diagnostic. Ainsi, aux tests médicaux et aux explications de la personne, s’ajoute l’observation des professionnels.

L’expérience et la compétence de nos professionnels de la santé sont, après tout, le meilleur soutien. Seuls ces derniers nous dicteront quel est le meilleur traitement après une évaluation approfondie. Ne laissons donc pas à demain ce qui nous fait mal aujourd’hui ; chaque forme de souffrance répond à un élément déclencheur auquel nous devons prêter attention.

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