Le langage de la répression

· 21 avril 2016

La répression est un mécanisme à travers lequel une personne expulse de sa conscience les pensées, les sentiments ou les désirs qui lui semblent inadmissibles, ou du moins ceux qu’elle ne s’autorise pas à ressentir, à penser, ou à désirer.

Voici un exemple pour vous aider à mieux comprendre ce qu’est la répression.

Supposez qu’une femme qui a un partenaire stable avec lequel est heureuse, se sente soudainement attirée par un autre homme.

Se sentant menacée, elle va décider d’expulser cette idée de sa conscience en faisant semblant qu’il ne s’est jamais rien passé.

“La répression sexuelle et la culpabilité face à nos désirs sexuels font que nous poussent à nous autodénigrer, à nous haïr et à haïr les personnes plus libres et moins réprimées que nous. »
-Albert Ellis-

Jusque là, tout va bien. Le problème est qu’il existe une loi psychique : tout ce qui est réprimé ne disparaît pas, mais continue de nous tourmenter dans notre inconscient.

De fait, les contenus réprimés acquièrent une force inutilisée justement parce qu’ils sont réprimés.

Tout ce qui est réprimé refait surface tôt ou tard. Le désir ne s’élimine pas simplement en le refoulant de notre conscience.

Au contraire, il adopte différentes formes pour se manifester encore et encore. La répression possède un langage qui lui est propre. Nous allons vous présenter les principales expressions de la répression.

Les rêves, le langage de la répression

fille en noire et blanc

Lorsque nous dormons, notre conscience n’agit plus comme une sentinelle qui nous dicte sans cesse les pensées et les sentiments que nous pouvons admettre ou non.

Dans les rêves, la censure disparaît et l’inconscient s’exprime pleinement.

Parfois, les contenus réprimés sont directement exposés pendant que nous dormons. Par exemple, une personne peut rêver qu’elle n’a pas laissé passer sa chance avec quelqu’un qui lui plaisait, et qu’elle est engagée dans une relation sérieuse avec cette autre personne.

Si ce qui est réprimé revêt un degré de complexité plus élevé, ou fait référence à des contenus qui sont véritablement intolérables pour le sujet, les rêves seront alors plus énigmatiques.

Les scènes n’apparaissent pas aussi clairement, mais chaque élément se cache derrière un symbole ou est dissimulé de façon élaborée.

 Ce sont des rêves qui semblent n’avoir aucun sens. De plus, il arrive souvent que nous ne nous rappelions même plus de quoi nous avons rêvé.

Les actes manqués

femme avec des oiseaux

On les appelle des « actes manqués » alors que ce sont en fait des « actes réussis ». Ce qui est réprimé ne revient pas seulement sous la forme de rêves, mais aussi à travers d’actions concrètes que nous réalisons au quotidien « sans le vouloir ».

Pour en revenir à l’exemple que nous avons mentionné plus tôt, un acte manqué serait, par exemple, composer « sans faire exprès » le numéro de la personne qui nous attire et que nous considérons comme une menace, au lieu de composer le numéro de notre partenaire.

Tout ce que nous faisons « sans le vouloir et sans le faire exprès » correspond au concept d’acte manqué ou d’acte réussi qui est une forme de répression. 

On parle d’acte manqué, car nous n’avons pas fait ce que nous avions l’intention de faire consciemment. On parle d’acte réussi, car au fond, nous avons fait ce que nous avions envie de faire.

Les lapsus linguae o lapsus calami

Ces derniers opèrent de façon très simple, un peu comme les actes manqués, mais ils ne s’inscrivent que dans le cadre du langage.

Il s’agit « d’erreurs » involontaires au moment de parler (lapsus linguae) ou au moment d’écrire (lapsus calami). 

Par exemple, un ami qui voulait écrire à sa partenaire « Tu es belle », mais sans le vouloir, il a omis une lettre et envoyé « Tu es elle »; ou un ami qui voulait dire « c’est ton argent », mais qui s’est trompé d’une simple lettre changeant tout le sens : « c’est son argent ».

Avec cette petite subtilité, l’expression de la possession passe de la seconde à la troisième personne.

Il existe également des lapsus de la mémoire pendant lesquels nous oublions pendant quelques secondes des choses que nous ne devrions pas oublier. Par exemple, le nom de notre chef, ou même de notre enfant.

Les symptômes névrotiques

Les symptômes névrotiques sont une autre forme de répression. Il s’agit d’actions plus ou moins absurdes que nous réalisons dans notre vie quotidienne, ou de situations inexplicables qui nous arrivent sans que nous sachions pourquoi.

En fait, ces symptômes expriment un désir que nous réprimons, mais qui fait tout pour sortir de l’obscurité.

Par exemple, une personne qui a toujours la sensation qu’un incendie va se produire, vérifie cent fois si le gaz est bien éteint.

C’est aussi le cas d’un employé qui a été mal traité par son chef, mais qui n’a pas eu le courage de lui répondre. Il reste alors sans voix, et commence à ressentir des gênes dans la gorge.

Les blagues

femme avec des chevaux

Les blagues expriment ce que nous réprimons non pas sur le plan individuel, mais sur le plan social. 

Cette forme de répression révèle des sentiments refoulés, défie des tabous ou met à nu des désirs collectifs.

Il existe par exemple de nombreuses blagues xénophobes, sexistes, racistes, etc. qui permettent d’exprimer les sentiments ou les idées qui seraient autrement censurés socialement.

C’est précisément là que réside l’élément comique. Par exemple, la blague bien connue à laquelle Jacques Lacan fait allusion dans l’une de ses expositions pour exprimer son aversion pour les Anglais : « Entre le sublime et le ridicule, il n’y a qu’un pas. Ce pas s’appelle le Canal de la Manche ».