Le besoin de renforcer notre vocabulaire émotionnel

26 février 2019
Et vous, votre vocabulaire émotionnel est-il étendu ?

Le besoin de renforcer notre vocabulaire émotionnel -et de le satisfaire- est essentiel pour améliorer la qualité de nos relations. Il implique de savoir s’exprimer et se défendre, d’entrer en syntonie avec nos propres besoins et ceux des autres, en traduisant les sentiments par des mots, en générant de l’empathie et en créant des ponts basés sur le respect et l’assertivité. Peu de compétences sont aussi essentielles dans notre quotidien.

Bien souvent, quand nous parlons de cette dimension, nous focalisons notre attention sur les enfants. Actuellement, les familles, les instituteurs et les professeurs savent qu’il est important d’enseigner cette habilité le plus tôt possible. L’alphabétisation émotionnelle et sa relation avec le langage est en fait un domaine très intéressant qui aboutit à des résultats passionnants.

Ainsi, des études comme celle réalisée par les psychologues Luna Beck et Irina Kumschick de l’Université de Minessotta, aux Etats-Unis, nous démontrent comment on peut améliorer les compétences linguistiques des enfants si on leur apprend à reconnaître et à exprimer leurs émotions au cours des premières années de leur scolarité.

Par conséquent, favoriser ce type de compétences chez les plus jeunes apporte de nombreux bénéfices. Mais que se passe-t-il avec les adultes ? Que se passe-t-il, par exemple, avec ces personnes qui sont incapables d’exprimer leurs peurs, leurs besoins ou leurs frustrations à leur conjoint ?

Beaucoup d’individus qui sont désormais adultes n’ont pas eu la chance de connaître un développement socio-émotionnel efficace. Nous ne disposons pas tous de ces mécanismes régulateurs ou de cette fluidité communicative qui nous permet de traduire nos nœuds par des mots, tout comme ces labyrinthes dans lesquels les émotions se perdent souvent.

« Nous ne sommes pas responsables des émotions mais de ce que nous en faisons. »

-Jorge Bucay-

vocabulaire émotionnel

Comment pouvons-nous renforcer notre vocabulaire émotionnel ?

En renforçant notre vocabulaire émotionnel, notre vulnérabilité générale diminue également. Car mettre des mots sur une émotion signifie acquérir une visibilité. Cela veut dire que nous nous validons nous-mêmes et que nous validons les autres. Nous donnons forme aux sensations et nous les partageons. Par ailleurs, nous dénouons des nœuds internes et harmonisons le chaos à travers des mots simples pour être compris et comprendre les autres.

En fait, il y a une certaine magie dans ce processus. Par exemple, nous vivons tous au quotidien des réalités que nous ne savons pas très bien transmettre aux autres. Nous ne pouvons pas car, bien souvent, notre langue ne nous le permet pas. Dans la langue tagalog, un dialecte parlé aux Philippines, nous retrouvons un très beau mot : kilig. Il exprime cette sensation de joie que nous ressentons lorsque nous parlons avec une personne qui nous plaît.

En néerlandais, le terme uitwaaien décrit l’expérience que l’on vit lorsque l’on profite du vent et des sensations qu’il nous offre. Bénéficier de mots adéquats qui nous permettent d’intégrer ces réalités est exceptionnel, voire cathartique. Or, souvent, c’est le contraire qui se produit.

Beaucoup parmi nous ne trouvent pas les mots adéquats pour cataloguer ce qu’ils ressentent. Nous ne savons pas identifier avec exactitude ce qui nous arrive. Le manque d’alphabétisation émotionnelle nous conduit vers des états qui nous font réprimer nos sentiments parce que nous ne savons pas quoi en faire.

Voyons maintenant quelles sont les clés pour renforcer notre langage émotionnel.

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Conscience de l’émotion et reconnaissance faciale

Charles Darwin nous parlait déjà, à son époque, de « l’expression émotionnelle », en la définissant comme un état interne que l’on ressent et que l’on exprime. Par conséquent, le premier pas est la prise de conscience. Nous devons nous connecter à cet état corporel dans lequel l’émotion a laissé son empreinte, une empreinte qui généralement, n’est malheureusement pas agréable ou gratifiante. C’est le cas des émotions comme la peur, la tristesse, la rage, la désillusion…

Chaque émotion a un corrélat physiologique que nous devons d’abord accepter puis comprendre, avant de lui donner un nom (je ressens de la colère, je ressens de l’envie…). La réprimer ou la cacher ne nous servira à rien.

Par ailleurs, pour renforcer notre langage émotionnel, il est important de savoir reconnaître les besoins de l’autre. D’être réceptifs et empathiques. D’être sensibles aux émotions des personnes pour pouvoir nous ajuster à leur réalité et parvenir à mieux communiquer.

Vocabulaire émotionnel et fluidité verbale

De nombreux experts dans ce domaine recommandent de nous alphabétiser en vocabulaire émotionnel. Nous devons utiliser les « verbes émotionnels ». Il s’agit d’un mécanisme très efficace pour transmettre des sentiments, démontrer son honnêteté et son ouverture d’esprit. C’est par exemple le cas des verbes comme je ressens, je veux, j’aime beaucoup, j’ai peur, j’ai envie, je me sens mal à l’aise…

Par ailleurs, en plus de l’usage de cette stratégie, il est nécessaire d’entraîner notre fluidité verbale. Certaines personnes sont très douées pour parler et sont de grands orateurs mais manquent néanmoins de fluidité verbale sur le plan émotionnel. Qu’est-ce que cela veut dire ?

Tout simplement qu’elles ne savent pas exprimer ce qu’elles ressentent ou ce dont elles ont besoin. Elles ne sont pas non plus compétentes pour maintenir un dialogue avec d’autres personnes sur les plans sentimentaux et personnels. Ce type de fluidité est celui que nous devons travailler pour renforcer notre vocabulaire émotionnel.

 

La narration émotionnelle

Nous générons tous différents types de narrations. Aussi, nous nous parlons à nous-mêmes au fur et à mesure que nous intégrons nos expériences et notre vécu. Nous sommes tous une histoire, notre histoire. Le faire de la meilleure façon possible nous permettra de nous respecter davantage, de nous écouter, de nous valoriser.

L’intelligence émotionnelle est une façon d’y arriver. Nous connaître, nous offrir ce dont nous avons besoin, pratiquer l’auto-compassion, l’assertivité et l’empathie nous permettra de créer une narration personnelle plus respectueuse. Tout cela aura une influence sur notre concept de soi et nous permettra de mieux communiquer avec les autres.

Nous sommes tous des êtres émotionnels qui, à un moment donné, apprennent à raisonner. Mieux gérer cet univers interne nous facilitera les choses. Il est donc essentiel de renforcer notre vocabulaire émotionnel.

 

  • Beck, L., Kumschick, IR, Eid, M., y Klann-Delius, G. (2012). Relación entre competencia lingüística y competencia emocional en la infancia media. Emoción , 12 (3), 503–514. https://doi.org/10.1037/a0026320