La terreur à l’époque de la peste noire

22 juin 2019
De tous les maux qui ont dévasté l'Europe médiévale, le plus connu est la peste noire. Ce fut un drame humain sans précédent qui terrorisa ceux qui le vécurent.

Un mauvais jour, une ville portuaire d’environ 100 000 habitants et d’une grande importance reçoit un chargement intoxiqué. En moins d’un mois, 300 personnes perdent la vie chaque jour dans une épidémie mortelle, à la fin de laquelle 10 % de la population est morte.

L’origine de la pandémie de peste est inconnue, de même que les moyens de l’éviter. Hommes et femmes, enfants et personnes âgées, paysans et artisans, membres du clergé et gentilshommes, tous meurent de la même manière. L’évènement le plus démocratique de leur vie sera la fin. Il n’y a pas d’échappatoire.

C’est n’est pas l’histoire de zombis. C’est la ville de Valence, dans la couronne d’Aragon, en 1348, l’épidémie a été appelée la peste noire. Ce n’est que dans un exercice d’empathie, en nous plaçant dans la peau de ces hommes médiévaux, que nous pouvons comprendre leur attitude, leur mentalité ou les décisions qu’ils ont prises. Connaître l’ampleur et les caractéristiques de la catastrophe nous aide à nous mettre à leur place.

la peste noire

Europe malade

Valence ou l’Aragon ne furent pas des exceptions spécifiques, au milieu du XIV siècle, la peste a dévasté l’Europe, dans une des plus grandes catastrophes démographiques de l’Histoire. Bien connue des habitants de l’Ancien Monde, ils l’habitaient depuis plusieurs siècles et allaient devoir encore en souffrir pendant plusieurs siècles. Cependant, elle ne s’était pas manifestée avec une telle virulence depuis l’époque de l’empereur Justinien, au VI siècle. La peste a réussi à engendrer une plus grande peur que la reine des maux anciens, la lèpre.

Les historiens s’accordent sur le point d’entrée en Europe : Caffa, en Crimée. L’armée mongole assiégea la ville et fit entrer dans ses rangs quelque chose de plus mortel que ses aciers. On a dit que les Mongols eux-mêmes jetaient des cadavres infectés.

En réalité, il n’est pas nécessaire de faire appel à une sorte de guerre biologique primitive, aucun mur ne peut empêcher le passage des rats et des puces. Les marchands génois, alertés, s’enfuirent terrorisés vers l’Italie. Il était trop tard, la Méditerranée est passée d’un mur maritime à un pont. En un an, tout l’Occident était condamné.

Les chemins de la peste noire

En son temps, on croyait que la propagation était aérienne. Les pestilences émises par les cadavres, la tradition médicale grecque ou les superstitions astrologiques allaient en ce sens. Le plus probable était la vitesse des rats et des puces qui les accompagnaient. Jusqu’à deux semaines après la contagion, on pouvait ne pas manifester de symptômes ; puis dans les cinq jours qui suivaient, la mort était déjà certaine.

Dans chaque port ou ville infectée, un nouveau foyer de propagation s’établissait. La fuite des villes a amené la peste dans les champs, où les effets démographiques ont été encore plus catastrophiques. Les principales routes de commerce ou de pèlerinage devinrent des rivières de la mort. Après le passage de la peste noire, il restait les temples dédiés à Saint Roch, à la recherche d’une intercession divine qui n’arrivait pas toujours.

Le visage de la maladie

Aujourd’hui, nous pensons que c’était la peste bubonique, mais d’autres options, comme l’Ebola ou l’anthrax pulmonaire, ne sont pas exclues. Les symptômes ont dû être accablants. Des taches noires qui lui donnent son nom, à la toux, aux délires ou aux inflammations, ils étaient des avertissements d’une mort précoce. En plus de la contagion par voie aérienne ou animale, le sang était également très dangereux. L’attention aux malades était devenue impossible et ils étaient malheureusement abandonnés.

La faim, le fait d’être orphelin ou la perte de récoltes furent les conséquences logiques de la crise démographique. Il est difficile de distinguer les décès directs et indirects causés par ce phénomène.

la peste noire

Que faire si la peste vient frapper à votre porte ?

Les pertes humaines se sont élevées à 50 ou 60 pour cent en France, en Angleterre, en Italie ou en Espagne, avec des incidences encore plus élevées dans certaines régions. Parmi les victimes il y avait quelques illustres, comme Alphonse XI de Castille qui mourut en assiégeant Gibraltar. Les foyers sont même parvenus à une trêve pendant la guerre de Cent Ans.

Les réactions face à une telle catastrophe ont été évidemment chaotiques. Comme c’était courant à l’époque, les Juifs ont rapidement servi de bouc émissaire. Accusés d’avoir empoisonné la population, ils ont été attaqués par des foules désespérées. Face à la déstructuration sociale, les conventionnalistes n’avaient plus beaucoup de sens. En temps de peste, la prostitution et d’autres vices ont augmenté, peut-être dans un carpe diem désespéré. La piété apocalyptique se vit également augmentée, la recherche du pardon des péchés face à la mort imminente.

Une curieuse conséquence économique fut la libération de vastes étendues de terres. Beaucoup de paysans qui survécurent ont pu y avoir accès. Dans une société au bord de la subsistance, la mort du prochain apporte un cadeau empoisonné. Ce qui est certain, c’est qu’après la peste, la Renaissance viendra.

 

  • Benedictow, Ole (2011) La Peste Negra (1346-1353). La historia completa, Akal.
  • Martin, Sean (2011) The Black Death.