La post-vérité et les fake news selon Noam Chomsky

24 avril 2019
Qu'est-ce que la post-vérité ?

On appelle post-vérité la distorsion délibérée que l’on fait de la réalité dans le but de modeler la perception et l’opinion des gens. C’est un type de vision qui se diffuse principalement à travers les médias et les réseaux sociaux. Son objectif est de manipuler l’opinion publique et l’un de ses outils de base est le fake news ou fausse nouvelle.

La post-vérité dérive d’un vieux phénomène : la propagande. Celle-ci a toujours été un instrument à travers lequel on « crée des vérités » qui ne correspondent pas aux faits mais qui finissent par être acceptées par les gens à cause de leur répétition incessante ou de mécanismes similaires.

Noam Chomsky est l’un des intellectuels qui s’est intéressé à ce phénomène. En tant que spécialiste des phénomènes de communication et activiste politique qui lutte contre les excès du néolibéralisme, il voit la post-vérité comme un phénomène préoccupant. Pour lui, la société devrait y faire extrêmement attention.

Les émotions et la post-vérité

Noam Chomsky affirme que la majorité des gens ont perdu en qualité de vie lors de ces dernières décennies. Il attribue ce fait aux politiques néolibérales impulsées par les Etats-Unis et le Royaume-Uni. Il est vrai que beaucoup de personnes ressentent un mélange de colère et de peur qui finit par se transformer en méfiance et en escapisme. 

L’une des caractéristiques de la post-vérité est que les émotions y occupent une place importante. Les personnes finissent par croire ce qui satisfait le plus leurs émotions de base. Même si cela entre en contradiction avec des faits prouvés. Ainsi, plus une idée est associée aux émotions de base des êtres humains, plus elle a de pouvoir.

La frustration vis-à-vis des conditions de vie pousse les sentiments de haine, de xénophobie et de vengeance à s’exacerber très facilement. Par ailleurs, toutes les « vérités » qui nourrissent ces émotions se concrétisent encore plus. Les gens sont donc plus disposés à croire ce qui satisfait ces sentiments exacerbés, au lieu de faire confiance à des preuves.

la post-vérité et les fake news

Les médias, les réseaux et les mensonges

Depuis toujours, les préjugés ont eu beaucoup plus de force que les vérités scientifiques ou appuyées par des preuves. C’est pour cette raison que Galilée a été obligé de se rétracter, après avoir vu Copernic brûler sur le bûcher. Or, actuellement, ce fait a acquis une nouvelle dimension à cause de l’énorme pouvoir d’infiltration des médias et des réseaux sociaux.

La diffusion d’une fausse information se fait massivement et en quelques secondes. Par ailleurs, pour créer l’effet de véracité, il existe de nouveaux outils très sophistiqués qui sont quasiment à la portée de tout le monde.

Truquer une image ou un enregistrement est une chose que l’on peut maintenant faire très facilement. Il est aussi possible de faire en sorte que la fausse information surgisse de sources parallèles et simultanées. En faisant cela, on crée l’effet de « beaucoup disent la même chose, ce doit donc être vrai ».

Chomsky et la post-vérité

Pour Noam Chomsky, la post-vérité n’est pas un phénomène qui se limite à la politique. Il existe aussi tout un ensemble de réalités biaisées dans le monde de l’économie, dans la psychologique quotidienne et dans le style de vie. Par rapport à l’économie, Chomsky signale que, dans le monde actuel, les consommateurs se font systématiquement berner.

Il prend les automobiles comme exemple. Au moment de les acquérir, les consommateurs ne savent pas comment accéder aux informations nécessaires pour prendre une décision rationnelle. Quelles caractéristiques du produit les laisse-t-on connaître ? Existe-t-il des sources indépendantes qui certifient que le produit proposé possède réellement les caractéristiques qu’il affirme avoir ?

Noam Chomsky et la post-vérité

 

Chomsky affirme que, dans le monde actuel, les gens se sentent seuls et désespérés. Ceci a peut-être été exacerbé par certaines idéologies qui se sont développées dans le domaine de la psychologie, selon lesquelles chacun, de son côté, doit chercher les solutions à ses propres problèmes. Ceux-ci ne sont plus collectifs et ne peuvent pas être résolus en groupes. Ils sont maintenant considérés comme des affaires privées, que chacun doit personnellement affronter et régler.

Désormais, et plus qu’à n’importe quel autre moment de l’histoire, les mots qui illuminent sont ceux des grands philosophes et non des courants massifs qui règnent sur Internet. Chacun de nous doit apprendre à se méfier des idées qui poussent les gens à adopter des comportements viscéraux.

 

  • Fowks, J. (2018). Mecanismos de la posverdad. Fondo de Cultura Economica.