La neurobiologie de la sensibilité morale

08 février, 2020
Selon le psychologue Jonathan Haidt (2003), les émotions morales diffèrent des émotions de base (tristesse, joie, colère, peur, surprise) du fait qu'elles sont intrinsèquement liées aux intérêts sociaux de chaque société, ainsi que des individus.

Quelle est la nature de la morale ? Ce débat est au centre des discussions de plusieurs théoriciens depuis des décennies. Mais existe-t-il aussi une neurobiologie de la sensibilité morale ?

À l’heure actuelle, on considère comme centrales dans l’évolution de l’humanité certaines compétences, telles que la sensibilité sociale et la cognition. Récemment, de nouvelles propositions mettent l’accent sur le rôle des processus émotionnels et intuitifs dans la prise de décision chez l’Homme (1).

La recherche en neurobiologie a réussi à identifier certains mécanismes et structures cérébraux impliqués dans les émotions de base. Cependant, l’organisation neuronale des émotions complexes ou secondaires en tant qu’émotions “morales” est encore inconnue (1).

Le domaine des neurosciences affectives a commencé à explorer différents types d’émotions morales avec des techniques de neuroimagerie et d’électrophysiologie. Une nouvelle discipline appelée neuroscience affective a émergé. Son objectif est de subdiviser les émotions en opérations mentales élémentaires et leurs substrats neuronaux correspondants.

Ainsi, les émotions sont définies comme des phénomènes multifactoriels complexes qui exercent une puissante influence sur le comportement des personnes et permettent leur adaptation à l’environnement (2).

Un homme réfléchissant à l'importance de la sensibilité morale

Émotions morales

Selon le psychologue Jonathan Haidt (2003), les émotions morales diffèrent des émotions de base (tristesse, joie, colère, peur, surprise)du fait qu’elles sont intrinsèquement liées aux intérêts sociaux de chaque société, ainsi que des individus.

Ainsi, on pourrait dire que les émotions morales surviennent avant l’interaction entre les individus ou lorsque des violations morales sont perçues. De plus, Haidt souligne que, d’une part, les émotions de base proviennent des idées. Elles proviennent également de l’imagination, ou de la perception avec une pertinence personnelle immédiate. D’autre part, les émotions morales sont des émotions complexes qui sont liées aux intérêts ou au bien-être des sociétés, ainsi que des personnes.

De plus, les émotions morales sont évoquées dans des circonstances qui dépassent la sphère immédiate de soi. Elles sont essentielles pour la promotion de la cohésion de groupe.

La culpabilité, la gratitude et la compassion sont des exemples d’émotions morales prosociales. Cependant, les émotions morales peuvent également agir dans la dissolution et la réorganisation sociale. Ces types d’émotions peuvent être le mépris, la xénophobie ou l’indignation.

Ainsi, Haidt (2003) souligne quatre sous-types d’émotions morales :

  • Émotions concernant les autres (par exemple : mépris, colère, dégoût)
  • Conscience de soi (par exemple : honte, gêne, culpabilité)
  • Émotions concernant la souffrance d’autrui (par exemple : l’empathie)
  • Concernant la louange aux autres (par exemple : gratitude, peur, élévation)

La neurobiologie de la sensibilité morale

Au fil des siècles, les théories philosophiques ont adopté une approche logical deductive de la morale dont le but est d’identifier les principes universels qui peuvent guider le comportement humain (1).

Les changements observés dans le comportement moral des patients atteints de dysfonctionnement cérébral ont fourni des données objectives sur la cognition morale. C’est pourquoi une approche scientifique de la moralité apparaît : la neuroscience cognitive morale.

Dans ce contexte, la morale est considérée comme un ensemble de coutumes et de valeurs. Cet ensemble est adopté par un groupe culturel pour guider le comportement social. Ainsi, cette vision ne suppose pas l’existence de valeurs morales absolues (1).

Il semble que l’organisation neuronale des émotions complexes ou secondaires telles que les émotions morales soit encore inconnue. Selon la littérature, on a postulé que des phénomènes moraux émergent de l’intégration de :

  • La connaissance sociale contextuelle (représentée dans le cortex préfrontal)
  • La connaissance sémantique sociale (stockée dans la partie postérieure et antérieure du cortex temporal)
  • Les états motivationnels de base (dépendants des circuits cortico-limbiques)

Base neurale de la cognition morale

Pour déterminer la base de la cognition morale, les chercheurs utilisent des études menées chez des patients atteints de lésions acquises. Ainsi, on sait que certaines régions du cerveau peuvent être cruciales pour le comportement moral.

Les auteurs Eslinger et Damasio (1985) sont connus pour leur étude de la sensibilité morale de la neurobiologie. Ainsi, ceux-ci décrivaient certaines déficiences du comportement moral chez les patients ayant des dommages acquis à l’âge adulte dans le cortex préfrontal ventromédial.

Plus tard, il a été montré que les lésions du cortex préfrontal ventromédial acquises à un âge précoce entraînaient des dommages ou une détérioration. Cela peut se produire à la fois dans les comportements et dans le raisonnement moral. Il semble donc que le développement moral puisse être affecté par des lésions précoces du cortex préfrontal (1).

La sensibilité morale dans le cerveau

En plus du cortex préfrontal, il existe d’autres régions cérébrales impliquées dans la neurobiologie de la sensibilité morale. Certains changements structurels dans le lobe temporal antérieur (acquis et développemental) peuvent également altérer le comportement moral.

Le dysfonctionnement des circuits neuronaux de la région du sillon temporal supérieur (STS) est un domaine clé pour la perception sociale. Ainsi, il est associé à la difficulté d’attribuer l’intentionnalité vécue par ceux qui souffrent d’autisme . Cela conduit à une expression réduite de fierté et de honte.

La sensibilité morale et cognitive a été fondamentale dans l’évolution de l’être humain. Le cerveau humain dispose d’un réseau spécialisé dans le traitement moral qui n’a pas encore été entièrement découvert. Ainsi, il semble que beaucoup reste à explorer dans le domaine de la neurobiologie de la sensibilité morale.

 

  1. Solís, F. O., & García, A. E. V. (2008). Neurobiología de la sensibilidad moral. Revista Neuropsicología, Neuropsiquiatría y Neurociencias, 8(1), 115-126.
  2. Davidson, R. J. (1998). Affective style and affective disorders: Perspectives from affective neuroscience. Cognition & Emotion, 12(3), 307-330.
  3. Haidt, J. (2003). The moral emotions. Handbook of affective sciences, 11(2003), 852-870.
  4. Eslinger, P. J., & Damasio, A. R. (1985). Severe disturbance of higher cognition after bilateral frontal lobe ablation patient EVR. Neurology, 35(12), 1731-1731.