Donald Ewen Cameron : la psychiatrie comme manipulation

Donald Ewen Cameron est connu dans certains milieux comme "le père de la torture". Ses études et ses conclusions ont servi les dictatures les plus féroces du monde pour infliger des souffrances à leurs ennemis. Ses méthodes sont effrayantes, mais il semble que Cameron s'en soit sorti. Quelle était l'atrocité de Cameron ? Qu'est-il arrivé aux victimes ?
Donald Ewen Cameron : la psychiatrie comme manipulation

Dernière mise à jour : 11 mars, 2021

Il y a une grande contradiction autour du nom de Donald Ewen Cameron. D’une part, on se souvient de lui comme l’un des psychiatres les plus importants de l’histoire. Il n’était ni plus ni moins que le premier président de la World Psychiatric Association ainsi que de l’American Psychiatric Association et de la Canadian Psychiatric Association.

D’autre part, il était également le protagoniste de l’un des épisodes les plus sombres de la psychiatrie. Dans de nombreux cercles, on se souvient de lui comme du “père de la torture”. Ce surnom lui a été donné pour avoir été à l’origine de certaines des expériences de pensée les plus barbares dont on ait connaissance.

“Des atrocités ne sont pas moins des atrocités lorsqu’elles se passent dans un laboratoire et sont appelées recherche médicale.”

-George Bernard Shaw-

Un groupe de personnes au Canada encourage actuellement l’examen des événements auxquels Donald Ewen Cameron a participé. La plupart sont des proches des victimes de ce psychiatre. Ce qu’ils recherchent, c’est que ce qui s’est passé soit rendu pleinement public et, enfin, que cela soit sanctionné historiquement et moralement.

Nous vous proposons ici de passer en revue la vie de ce psychiatre. Découvrez lesquelles de ses actions ont été et continuent d’être fortement censurées.

La vie de Donald Cameron.

Qui était Donald Ewen Cameron ?

Donald Ewen Cameron est né à Bridge of Allen, une petite ville d’Écosse, le 24 décembre 1901. Il a étudié la médecine à l’Université de Glasgow et a obtenu son diplôme en 1924. Il s’est ensuite spécialisé en psychologie.

En 1926, il émigre aux États-Unis grâce à une bourse de recherche en psychiatrie offerte par la Phillips Clinic, basée à Baltimore. Plus tard, il a exercé dans diverses institutions aux États-Unis, au Canada et en Europe, devenant une figure de proue dans le domaine de la psychiatrie.

Donald Ewen Cameron a réalisé plusieurs publications au cours de ces années, toutes académiques et ne proposant aucune innovation majeure. Cependant, en 1937, il publie un article particulièrement frappant sur l’épilepsie.

À l’époque, les épileptiques étaient considérés comme des malades mentaux. Dans son texte, Cameron parle de traitements qui, selon lui, ont généré des améliorations.

Ces traitements comprenaient des pratiques visant à déshydrater complètement les patients et à les infecter par le paludisme. Et ce, en plus de l’application aveugle d’insuline, des électrochocs et des lobotomies. Cameron a alors mis de côté ses textes purement académiques pour s’engager sur un chemin plein de controverses.

Un homme de la CIA

Lors du déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, le US OSS (Office of Strategic Services) a recruté Donald Ewen Cameron. Cette organisation est le précurseur de la CIA. En 1943, Cameron s’est installé au Canada pour créer le département de psychiatrie de l’Université McGill à Montréal. Il est également devenu le directeur de l’Institut Allan Memorial.

Dans cette dernière institution, plusieurs expériences de pensée macabres ont été menées entre 1950 et 1965. Elles étaient dirigées par Donald Ewen Cameron, et la plupart de ces enquêtes ont été menées clandestinement et ont été largement financées par la CIA et le gouvernement canadien.

Cameron a mis en œuvre un traitement de “déprogrammation” du cerveau. Pour le développement, ils ont compté sur divers patients en santé mentale dont des enfants, des femmes souffrant de dépression post-partum et des schizophrènes, entre autres.

Le traitement comprenait trois phases. Dans la première, un coma était induit pendant une période allant jusqu’à trois mois ou plus. La deuxième phase consistait en l’application d’électrochocs qui ont provoqué une amnésie sévère. Enfin, au cours de la troisième phase, le patient était isolé dans une cellule où on lui administrait de fortes doses de LSD.

À ce stade, le patient était prêt à ce que son esprit soit “reprogrammé”. Beaucoup d’entre eux se sont comportés comme des bébés, au point de sucer leur pouce comme le font les jeunes enfants.

Le traitement a laissé les patients absolument sans défense et incapables de prendre des décisions. C’est pourquoi Cameron est considéré comme “le père de la torture”. Un homme sans scrupules capable de pousser ses recherches à la limite, laissant de côté toute éthique et morale.

Le crime de Donald Cameron.

Un crime contre l’humanité sans conséquences ?

On ne sait pas combien de personnes au total ont été déprogrammées. Au Canada, les victimes sont comptées à un minimum de 100, mais le nombre exact n’est pas connu. Beaucoup de patients victimes de ces harcèlements sont morts ou ne s’en sont jamais remis et sont alors complètement soumis.

On sait que le gouvernement nord-américain a indemnisé neuf patients avec des dommages permanents. Au Canada, 77 victimes ont reçu une compensation financière pour de telles tortures et au moins 12 autres patients ont reçu une compensation extrajudiciaire, mais avec des clauses de non-divulgation.

En mai 2018, pour la première fois, les familles des victimes se sont rencontrées. Ensemble, ils ont décidé de porter plainte contre le gouvernement canadien. Leur principal objectif est que l’État reconnaisse publiquement sa participation à ces événements. Qu’il s’excuse et s’engage à empêcher qu’une telle situation ne se reproduise.

Pendant ce temps, Donald Ewen Cameron est décédé en 1967, son prestige restant intact. Il est mort escaladant une montagne. À l’annonce de sa mort, sa famille a brûlé tous les dossiers que cet homme gardait en sa possession.

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  • Pavón-Cuéllar, D. (2017). Psicología y Destrucción del Psiquismo: La Utilización Profesional del Conocimiento Psicológico para la Tortura de Presos Políticos. Psicologia Ciência e Profissão, 37, 11-27.