Pourquoi le dimanche nous provoque-t-il autant d’angoisse ?

20 octobre 2017 dans Psychologie 2 Partagés
femme prenant un coussin dans les bras

Le dimanche, sans aucun doute, est un jour marqué dans la semaine pour beaucoup de personnes. Un jour destiné à être craint par beaucoup en raison des émotions qu’il génère. Pour d’autres, en revanche, le dernier jour de la semaine est un jour pour recharger les batteries et construire son aujourd’hui, son présent.

Normalement, nous rencontrons beaucoup de personnes qui vivent cette journée avec angoisse. Une journée qui nous plonge dans la nostalgie et la vérité. D’une certaine manière, c’est comme si le dimanche nous donnait une gifle invisible de réalité. « Je suis là, votre liberté est là, vous êtes là, votre existence est là ». La fin d’un cycle, celui de la semaine.

C’est comme s’il nous montrait tout ce à quoi nous évitons de penser. Comme s’il ouvrait ce tiroir qui nous fait si peur et que nous nous efforçons de garder fermé tout au long de la semaine. Mais, presque comme par magie, ce tiroir a rendez-vous avec le dimanche. Un rendez-vous où il s’ouvre et où une partie de ce que nous ne voulons pas ressentir est mise à découvert.

Par ailleurs, le dimanche est un jour paradoxal car, très souvent, au cours de cette journée, nous ressentons une immense fatigue. Nous nous demandons comment nous allons être capables de commencer une nouvelle semaine avec cette sensation, une sensation qui, selon nous, ne fera que grandir. Cependant, dites-vous bien que la fatigue du dimanche se produit normalement parce que, les fins de semaine, nous changeons nos habitudes ; le corps, par conséquent, se trouve un peu « déphasé », ou parce qu’il se repose trop, ou parce que la baisse de tension par rapport à la semaine a été trop forte.

dimanche

Après une semaine bien occupée, le dimanche émerge avec sa solitude

Le dimanche nous parle de notre existence, sans distractions ou aveuglements imposés. Voici votre vie. Vous voici vous. C’est comme s’il nous déshabillait et nous laissait sans défense face à un futur incertain. Et, le lundi, nous nous chargeons d’enfiler notre habit de travail. Au sens propre comme au sens figuré. Nous nous distrairons de cette angoisse qui apparaît le dimanche, dès que nous commencerons à travailler.

À travers nos occupations, nous trouvons du calme, un sens, une direction et une stabilité. Nous sommes quelque chose, nous fonctionnons pour quelque chose. Nous occupons une place fertile dans le monde. Notre grain de sable contribue à construire cette société. Une société pleine de personnes qui ont peur du moment où leur existence sera nue. Des personnes qui ont peur, paradoxalement, de la liberté.

Erich Fromm a déjà signalé cette situation dans son oeuvre La peur de la liberté (1941). Il nous parlait de ce curieux paradoxe qui existe entre le désir de liberté et la peur de cette dernière en raison de la responsabilité qu’elle implique. Si je suis libre, cela veut dire que je suis entièrement responsable de mon existence et de mes choix. Cet abîme dans lequel je dois me construire et m’inventer moi-même génère une angoisse atroce. Une insécurité et une inquiétude.

Parfois, nous faisons n’importe quoi pour éviter de ressentir l’angoisse du dimanche

Un vide se produit, qui se remplit d’angoisse. Une angoisse qui apparaît lors de ce dernier jour de la semaine, ce jour craint que l’on appelle dimanche. Le dimanche est une espèce de limbe entre ce que nous sommes dans cette société, notre rôle en tant que professionnel-le-s et ce que nous sommes au plus profond de notre existence. Il nous place devant notre solitude la plus primaire. Une solitude que nous avons besoin d’éloigner de nous.

Parfois, nous l’éloignons en recherchant n’importe quel type de compagnie. Tout cela pour ne pas être seul-e-s. Car quand nous sommes seul-e-s, très souvent, l’angoisse nous envahit. Et pour ne pas souffrir des effets de cet ouragan, nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir. Que ce soit dormir toute la journée ou passer du temps avec des personnes dont la compagnie ne nous plaît pas particulièrement. Ou tout simplement, rester occupé-e-s en permanence.

Beaucoup de personnes accro au travail ne supportent pas l’idée de passer une journée entière sans travailler. Le dimanche supposerait de faire face à leur vérité, à leur existence, à leur manière de se fuir elles-mêmes. L’activité frénétique nous remplit de vie parce qu’elle nous maintient occupé-e-s et nous fait nous sentir utiles. Mais elle nous éloigne aussi de l’être que nous sommes réellement. Elle nous éloigne de notre solitude, de notre angoisse.

angoisse d'un homme de dos

Le travail nous distrait du plus profond de notre être

Le travail nous aide à éviter cette angoisse et c’est pour cela que celle-ci émerge aussi violemment le dimanche. Ce que nous recouvrons avec tant d’insistance finira par éclater quand nous nous y attendrons le moins. C’est pour cette raison qu’il est important de regarder ce qu’il se passe en nous avec un regard honnête ; sans cela, nous serons incapables de tirer parti de ce reflet cristallin que nous refusons de voir.

Il est logique de se sentir ainsi le dimanche. Les retours de voyage, le jour qui précède notre routine effrénée… Cette tempête intérieure a un sens. Un sens auquel nous devons prêter attention. Il est important de vivre, dans ce monde, comme des êtres utiles qui poursuivent et croient en un sens, en une matière à construire.

En même temps, il est important de faire attention à notre nature en tant qu’êtres humains. Pour pouvoir comprendre toutes ces réactions naturelles qui émergent de façon abrupte et/ou répétitive. Ecouter, ne pas renier et accueillir notre angoisse aidera à la rendre plus légère et, sans aucun doute, plus fertile.

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