Du cynisme comme posture critique, au cynisme comme attitude insupportable

21 juillet 2017 dans Psychologie 0 Partagés

Diogène de Sinope a été le père du cynisme. Il a vécu en Grèce Antique pendant le IVe siècle avant notre ère. Les anciens partisans de cette doctrine étaient très différents des personnes cyniques d’aujourd’hui ; ils n’étaient pas en accord avec bon nombre des hypocrisies de la société et voulaient vivre d’une manière bien plus authentique.

Le mot « cynique » vient de la racine grecque « kinus » qui veut dire « chien ». Le cynisme, donc, était une doctrine associée au « canin ». Diogène vivait dans la plus grande des pauvretés, comme un chien. A son tour, il lançait des dentelures philosophiques qui ont fait de lui un des penseurs les plus acerbes de l’époque. D’où le fait qu’ils soient associés l’un à l’autre.


 « Le cynisme fonctionne comme une drogue pour prendre de la distance, un analgésique pour ne pas ressentir le danger d’exister, jusqu’à ce qu’il vous envenime. Au départ, sans aucun doute, il vous libère : vous avez pu vous moquer de vos peurs et les tourner au ridicule. Mais finalement, il vous a intoxiqué. »

– Marcela Serrano –


De nos jours, en revanche, le cynisme revêt un sens très différent. Les personnes cyniques du monde moderne sont celles qui ne croient en aucune valeur et qui se vantent de cela. Elles ne critiquent pas la société pour proposer une nouvelle manière de la regarder, mais simplement pour la dénoncer. Finalement, elles ne font rien en ce sens. Aussi, on dit que sont cyniques les personnes qui profitent ouvertement des autres, voire même qui s’en vantent.

Diogène de Sinope et le cynisme primitif

On attribue à Diogène de merveilleux épisodes, emplis d’une grandeur éthique. Il n’avait même pas de maison et vivait dans un tonneau. On le prenait pour un mendiant, car il était vêtu de haillons. Même dans de telles conditions, il a été un des hommes les plus lucides de son temps. Platon a dit de lui qu’il était « un Socrate délirant ».

On raconte qu’Alejandro Magno voulait rencontrer ce philosophe. Il est arrivé vers lui et lui a dit : « Je suis Alejandro, le grand (« magno » signifie « grand », en espagnol). Et le cynique de répondre « Et moi je suis Diogène, le chien ». Après une courte conversation, Alejandro a dit « Demande-moi ce que tu veux », ce à qui Diogène a répondu : « Décale-toi, tu me caches le soleil ».

Selon une autre anecdote, un jour, Diogène était au marché, en train de manger des légumes que d’autres avaient jeté à la poubelle. Un autre philosophe est passé devant lui et lui a dit : « Si tu travailles pour les nobles comme moi, tu n’auras pas à manger de légumes ». Diogène lui a alors répondu : « Si tu manges des légumes comme moi, tu n’auras pas à travailler pour les nobles ». Ces épisodes nous donnent une mesure de la personne qu’était ce penseur.

Le cynisme moderne

Le pouvoir et l’argent ont toujours été source de corruption, à toutes les époques et en tous lieux. Cependant, avec l’apparition du capitalisme et, plus particulièrement, avec la chute des grandes utopies, ils ont acquis leur puissance maximale. L’argent et le pouvoir ont motivé les comportements les plus exécrables des êtres humains.

Nous pourrions dire que le père du cynisme moderne est Machiavel, le grand philosophe du pouvoir. On lui attribue la célèbre phrase « La fin justifie les moyens ». Avec ce penseur a commencé un enchaînement de faits de philosophes qui exaltent le maximum de l’individualisme. Selon eux, le propre des êtres humains est l’égoïsme à outrance. Peut être valide chaque acte qui apporte des bénéfices individuels.

Bien souvent, les hommes avec beaucoup de pouvoir politique ou économique ont agi avec un grand cynisme, dans l’acception moderne, au fil de toute l’histoire. En étant des figures qui guident ou qui dirigent les sociétés, ils sont devenus des modèles pour beaucoup. Une bonne partie des gens voyaient leur comportement comme efficace. Bien plus après la chute des grandes idéologies et autres utopies. Le pouvoir de l’argent a vaincu, et c’est pourquoi la fin qui justifie les moyens est devenu une maxime valide.

Le cynisme dans les relations avec les autres

Depuis les hautes sphères du pouvoir, le cynisme s’est étendu et a infiltré les relations quotidiennes. On voit avec une clarté particulière dans ces liens où se joue aussi une certaine chance de pouvoir. Des employeur-se-s aux employé-e-s, par exemple. Ou des hommes aux femmes, aussi. Ou encore des adultes envers les enfants.

Alors que progresse un fort courant qui va à l’encontre de tout cela, le cynisme continue à occuper une place importante dans le monde actuel. Et il s’exprime parfois de manière subtile. Quand l’employeur-se, ou l’homme, ou l’adulte imposent un critère ou une norme arbitraire. Et si l’employé-e, ou la femme, ou l’enfant y résistent, alors ils répondent  « si ça ne te plaît pas, tu peux t’en aller. »

Les comportements cyniques sont pervers. Les introduire dans les relations humaines mène ces dernières à devenir malsaines. A court, moyen ou long terme, cela a également des conséquences négatives pour celleux qui tombent dans ce type de conduites. Ils falsifient les affections, promeuvent les transgressions enfouies, stimulent l’hypocrisie. Même s’ils apportent une satisfaction égoïste immédiate, ce que l’on perd est bien plus important.

Images de Kylli Sparre

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