Les baisers sont des mots silencieux

21 mai 2017 dans Psychologie 401 Partagés

Nous embrassons furtivement, lascivement, timidement, avidement et, pour certain-e-s chanceux-ses, copieusement. Nous le faisons quand le soleil chauffe l’asphalte et également quand les étoiles prennent leur place dans un film nocturne, dans lequel nous sommes les protagonistes. C’est ce que font les personnages de contes de fées pour réveiller des princesses ou pour transformer des crapauds. Il existe aussi les baisers d’engagement et même les baisers de trahisons, comme celui de Judas à Jésus.

D’une manière ou d’une autre, les baisers produisent une réaction physiologique au cours de laquelle s’englobent des centaines ou des milliers de messages neuronaux. Ils peuvent aussi provoquer des réactions d’euphorie ou d’excitation sexuelle. C’est comme une petite boîte pleine d’essences que nous ne pouvons ignorer à chaque fois qu’elle est ouverte.


« Le baiser est plus complexe que ce qu’il paraît : il transmet de puissants messages au cerveau, au corps et au couple »

-Chip Walter-


Au cours de l’enfance, les baisers renferment un paradoxe. Normalement, on demande beaucoup de baisers aux enfants chaque jour et ils sont vraiment heureux de les donner. Cependant, ils souffrent parfois aussi de la tyrannie des adultes qui ont parfois du mal à respecter qu’ils disent non, qu’ils ne veulent pas embrasser cette personne ou qu’ils n’en ont pas envie à ce moment précis. Ni les enfants, ni les adultes ne devraient être obligés d’embrasser quelqu’un car sinon le baiser perd une grande partie de son essence et peut même attaquer directement l’assertivité des petit-e-s.

Les adolescent-e-s sont peut-être celleux qui donnent le plus d’importance au baiser. Iels se demandent comment on fait, ce qu’on ressent, s’iels seront capables de le faire quand viendra le moment. Après la rencontre avec la personne qu’iels jugent adéquate, iels peuvent même y penser plusieurs nuits avant. Cela nous est arrivé à tou-te-s et nous y avons tou-te-s pensé encore et encore, comme s’il s’agissait d’une bille, jusqu’à ce que ça arrive. Avec la personne que l’on voulait ou avec une autre, au moment propice ou au moment le plus désastreux, mais on l’oublie difficilement.

Non pas parce qu’il s’agissait d’un bon ou d’un mauvais baiser -toute activité se perfectionne avec la pratique, et embrasser ne fait pas exception à la règle- mais en raison de l’anticipation chargée d’émotion. D’une manière ou d’une autre, nous ne nous fourvoyons pas tellement quand nous sommes adolescent-e-s. Selon des études récentes, un mauvais premier baiser peut être suffisant pour en finir avec une relation prometteuse.

L’origine des baisers

Certain-e-s chercheur-se-s pensent que les baisers sur les lèvres sont nés avec une utilité évolutive. Ils soulignent que ce type de baiser a énormément facilité le processus de sélection d’un compagnon/d’une compagne. Songez au fait que l’information qui est échangée au cours d’un baiser est immense, de sorte qu’elle nous permet en très peu de temps d’avoir assez de matériau pour accepter ou rejeter quelqu’un. Plusieurs choses entrent en jeu : le toucher, l’odorat et certains aspects concernant la posture comme l’inclinaison du visage que nous faisons de manière inconsciente.

Il existe une autre hypothèse au sujet de la naissance des baisers qui n’est pas si attractive. Cela aurait un lien avec l’habitude des mères primates de mastiquer la nourriture pour nourrir leurs enfants avant de leur donner. Cette hypothèse a été défendue par le zoologue Desmond Morris, entre autres chercheur-se-s.

Baisers et phéromones

Contrairement à ce qu’il se produit avec d’autres animaux, nous n’avons pas une partie spécifique de notre corps qui est faite pour détecter des phéromones. Cependant, il existe bien des indices qui montrent que nous utilisons aussi une information chimique, que nous tirerions de l’odorat. Cette hypothèse expliquerait par exemple pourquoi le cycle menstruel des colocataires se synchronise ou pourquoi l’odeur des hommes avec des systèmes immunologiques plus forts est plus attirante. Ainsi, le rapprochement qui se produit à travers le baiser constituerait un moment propice pour récolter cette information chimique.

Pourquoi les lèvres ? Deux circonstances se rassemblent pour que celles-ci constituent le choix favori des baisers passionnés : elles sont constituées d’une grande quantité de terminaisons nerveuses et la peau qui les recouvre est très fine. Pour le dire plus simplement, il s’agit de l’endroit où notre toucher est capable de nous offrir une grande quantité de sensations, sans que l’intensité du contact soit forte.

En outre, songez au fait que dans chaque baiser passionné que nous donnons, 5 paires crâniennes interviennent sur les 12 que nous avons. Qu’est-ce que cela signifie ? Que notre système nerveux est fait de telle sorte que l’information que nous recevons dans un baiser circule sur de nombreuses autoroutes nerveuses dans notre corps, jusqu’à notre « centre d’opérations ».

Comme toute information tactile, celle qui ressort d’un baiser termine dans une partie de notre cerveau que l’on appelle homonculus moteur. Dans cette partie, toute la superficie sensible au tact que nous avons se trouve représentée. Sur cette sorte de carte, les lèvres occupent un espace immense, surtout si nous les comparons avec d’autres parties de notre corps qui ont une densité de terminaisons nerveuses similaire.

Un sens différent pour les hommes et les femmes

Selon une étude réalisée par Gallup et ses collaborateurs en 2007, les hommes et les femmes interprètent différemment les baisers dans l’évolution d’une relation. Pour les hommes, un baiser prolongé et intense est le prélude d’un rapprochement intime, le « hall » des relations sexuelles. Cependant, cette avancée dans la relation de couple pour la femme se situerait à un autre endroit. De tels baisers symboliseraient et garantiraient l’idée qu’elles ont choisi un bon compagnon à long terme.

D’un autre côté, les chercheurs Hill et Wilson ont découvert que, même s’il est vrai que les baisers peuvent produire une grande excitation s’ils sont accompagnés de circonstances déterminées, il semblerait que les femmes aient besoin de plus de baisers pour arriver au même niveau d’excitation que les hommes.


Ce qu’ils ont pu vérifier aussi bien chez les hommes que chez les femmes et dans une proportion similaire est que les baisers réduisent le stress en faisant baisser les niveaux de cortisol dans l’organisme.


En outre, même si cela peut nous sembler curieux, les baisers ne sont pas un ingrédient habituel chez les couples de toutes les sociétés. Par exemple, pour une grande partie de la société chinoise, les baisers sur la bouche peuvent être un acte aussi censurable que le cannibalisme pour nous (d’Enjoy, 1897). Par ailleurs, un autre anthropologue, dans une étude beaucoup plus récente, a estimé qu’environ 10% des êtres humains sur cette Terre ne s’embrassent pas sur les lèvres.

Pour clore ce sujet, j’aimerais signaler que les baisers correspondent davantage à un héritage social qu’à un acte naturel. Ce sont nos sociétés, avec nos normes et nos conceptions, qui ont probablement produit des modifications dans notre biologie et fixé certains types de coutumes pour que les baisers deviennent une conduite fréquente chez les couples que nous connaissons.

D’une manière ou d’une autre, et même si c’est juste parce qu’ils réduisent le stress, vive les baisers !

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